[Crudivorisme végétal] La flexibilité du roseau cache une bien noble force

J’en conviens, je donne dans le titre ronflant. C’était sans doute un égarement poétique matinal alors que je me notais sur un bout de calepin d’écrire un article sur le sujet.

Mais le sujet, quel est-il donc ?

Je veux vous parler des effets comparés du rigorisme et de la flexibilité. Dans le cadre particulier, vous n’en serez pas surpris, de ma vie de crudivore végétalien* et de Papa investi et concerné.

* Attention, je n’aime pas les étiquettes ni les limites : je mange végétal et en très grande majorité cru mais je suis aucune règle stricte, je suis mon instinct, y compris s’il me souffle de gober un œuf ou de croquer des chips ; en clair, et n’en déplaise à la police du cru, je fais ce que je veux quand je veux.

J’ai commencé à migrer vers l’alimentation vivante à la naissance de mon premier enfant, Lirio.

A l’époque, je venais de rencontrer Irène Grosjean et entre nous l’amitié avait été instantanée. Et la purge à l’huile de ricin aussi.

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Cette orientation vers le cru végétal m’appelait très fort, au carrefour entre mes expériences personnelles – retour d’un tour du monde à vélo tandem de deux ans pendant lequel l’inadéquation de l’alimentation conventionnelle carnée et industrialisée avait fini par me sauter aux yeux) – et mon vœu ferme de fournir à mon premier né une alimentation irréprochable. Des lectures, comme celle du livre « Eating Animals » du brillant Jonathan  Safran Foer, avaient entériné ma conviction qu’un changement profond s’imposait. Je réalisais qu’une cogitation souterraine était à l’œuvre déjà depuis mon périple autour de la planète… ce que je mangeais n’était pas optimisé, par approprié, quelque chose clochait !

 

 

En 2010, nous sommes partis en Islande en famille, avec dans la remorque des couches lavables faites maison, de quoi faire germer des graines et plein d’idées. C’est là-bas, entre un orage, une éruption et une chute de neige, que j’ai vraiment ressenti au plus profond de moi l’adéquation entre le végétal cru et mon organisme. « Eurêka ! », semblaient dire toutes mes petites cellules, « ça marche : le plein d’énergie, sans fatigue, sans lourdeur, on se sent bien, on se sent vivant ! » Je mangeais moins et j’avais plus de vitalité… le monde à l’envers. Le monde à l’envers ? Ou étais-je au contraire en train de le remettre à l’endroit, mon monde ?

 

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Comme tout un chacun, je suis passé par les étapes naturelles de la (r)évolution : passion, enthousiasme, prosélytisme (lire : j’ai rendu mes proches dingos), sagesse, expérience, expertise… Au passage, mon couple avec la maman des filles s’est effondré et je ne peux pas affirmer que l’alimentation vivante n’y a pas joué sa part.

Je reformule.

En toute honnêteté, je reste convaincu que mon engagement pour le crudivorisme végétal à contribué à me séparer de ma compagne.

Il faut se figurer le dilemme.

Elle me demandait de revoir mes exigences à la baisse, de faire des concessions, d’émousser mon engagement, de tiédir mon ardeur – de la laisser vivre, en somme. C’est parfaitement légitime. J’entends bien ce besoin de compromis et je n’ai jamais été dans l’extrémisme ni dans le radicalisme.Je dialogue tous les jours avec mes enfants pour trouver la voie qui convient, et cela fait des années que j’explique encore et encore à mes proches les « pourquoi », les « comment », les tenants et les aboutissants, que je rassure et répète et finalement me justifie sans cesse – je l’ai bien cherché, avouons-le !

Cependant, lorsque nous étions encore une famille, je raisonnai ainsi : mes enfants et moi-même sommes confrontés, dans la vie quotidienne, tous les jours, à des situations où nous ne contrôlons pas tout à fait ce que nous mangeons comme on le souhaiterait. Il y a la cantine, les repas au travail, les invitations chez les amis, la crèche, les voisins, les goûters d’anniversaire…

De fait, cette fraction – loin d’être négligeable – de la vie constitue déjà une concession, majeure, et une souplesse somme toute imposée. Donc, si en plus de ça, à domicile, dans mon territoire personnel, là où je règne en maître – pardon là où je peux jouir de mon libre-arbitre, si là je ne pousse pas le concept qui m’a conquis le plus loin possible, ma démarche perd, je le crois, tout son sens.

J’aime la métaphore. Prenons donc une image. Le visuel. Un petit schéma vaut mieux qu’un grand discours.

Mettons que je définisse un jour que m’habiller en orange me fait le plus grand bien. Mais au travail, il faut du gris. Chez les amis, il faut du rouge. Pour emmener mes enfants à l’école, il faut du vert. Et ainsi de suite… chez moi, heureusement, je peux porter du orange. Tant que je veux. Tant que je veux ? Non, ma compagne n’aime pas trop le orange. « Voyons, tu pourrais faire un effort et mettre un peu de bleu ». Oui mais moi, je suis BIEN en orange. Et je SAIS que ça va bien à mes filles aussi. J’ai essayé, je l’ai observé, elles le disent. « Tu es un peu extrême, tu pourrais faire des concessions. Au moins n’habille pas les petites en orange à la maison… » Je ne veux pas être le père fouettard, le tyran que d’aucuns – que beaucoup ! dépeignent… avec une injustice qui n’a d’égale que leur méconnaissance du sujet.

Je cède. Je m’affadis. Et au bout d’un moment, si je fais le kaléidoscope de ma vie, je ne vois plus ma chère couleur orange, celle qui me donne joie, énergie et vitalité – je vois un fatras de noir…

 

Pourtant, je me suis (ré)freiné – vraiment ! Tant que nous étions ensemble, j’ai tempéré mon élan. Ce ne fut pas suffisant. Ni pour mon épanouissement et ma cohérence personnelle, ni pour sauver le couple…

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Aujourd’hui, mes filles vivent à cheval entre deux mondes : une moitié du temps elles sont avec moi et Sarah Jhsz (et nous sommes, de nouveau, une famille) et nous pratiquons une alimentation végétale à 98% (seule exception, des œufs de bonne qualité/provenance de temps en temps et sans doute un morceau de fromage de chèvre 1 fois l’an) qui est fondée sur une base de frugivorisme majoritaire, avec bien sûr légumes, plantes, herbes, graines germées, fruits secs et oléagineux ; une moitié du temps elles habitent chez leur maman, qui était, à l’époque de notre couple, réfractaire à mon engagement pour le végétal cru, et qui a fait machine arrière quand elle m’a quitté – moralité, chez elle, les filles ont une alimentation végétarienne large (y compris de l’industriel et du transformé, voire du carné) avec heureusement une petite conscience (la maman mange peu et végétarien, choisit des produits de qualité dans l’ensemble, et ne force pas les filles).

Et franchement, franchement, mes enfants ne sont ni perdues ni malheureuses.

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Que dis-je ! Je l’affirme : elles sont super heureuses avec moi, avec nous, elles sont en pleine forme et d’une vitalité éblouissante. Ce qui était un acte de foi il y a 8 ans est devenu une certitude que les plus fortes tempêtes ne pourront déraciner. Je ne suis pas un chêne rigide ni un cerisier friable. Je suis un roseau. Le vent peut souffler. Qu’il vienne…

 

Notre projet sur le bonheur

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Ce qui est intéressant…

Ce qui est intéressant, figure-toi, ami lecteur, c’est que cette double vie a permis à mes filles de développer un sens critique très aiguisé et ce, sans frustration : des « cochonneries », des « mauvaises gourmandises » (lire, de l’alimentation conventionnelle normale), elles en ont chez la maman et partout ailleurs, donc elles n’en réclament pas avec moi, elles sont super raisonnables, et elles observent les effets comparés des deux alimentations (lourdeurs ou énergie, vitalité ou fatigue, santé ou tracas, transit, etc.) et d’elles-mêmes elles en ont déduit que le crudivégé leur réussit mieux : d’ailleurs je confesse volontiers qu’elles sont bcp plus raisonnables que moi ! Elles s’arrêtent de manger dès qu’elles sont à satiété, y compris sur des « gourmandises » (exemple hier, frites de patates douces au four à pain, les deux gamines font halte après une petite assiette et me disent « on arrête là c’est lourd pour notre corps » alors que moi, bin par gourmandise je finis le plat…). Ma fille aînée propose spontanément de faire des journées 100% fruits quand nous avons fait ripaille chez des amis la veille. Leur consommation de bonbons est dérisoire : chez moi, il y a un « jour des bonbons » institutionnel, elles ne réclament jamais les autres jours et si on leur offre des bonbons, elles les mettent de côté jusqu’au jour J. Nous avons des conversations étonnantes au cours desquelles les filles analysent leurs sensations, leurs appétences, et même leurs selles.

« Tu reprends de la salade Luce ?

– Attends je demande à mon corps… »

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Elles préparent seules des jus verts, goûtent à absolument tout – jus de choucroute, céleri branche, ail mariné…

 

It’s a long way… but it pays off

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Oui, il faut être sacrément têtu. Il me semble évident avec le recul qu’une certaine dose d’entêtement est nécessaire quand le chemin de vie qui est le tien s’éloigne franchement des sentiers battus. Il y a une part irrationnelle, et il te faut l’assumer pour aller au bout de ta démarche. C’est dur, je le sais, je suis passé par là et cela continue d’être mon lot quotidien. Mais ma foi, quand notre petite voix intérieure nous intime d’aller dans une certaine direction, quand on le sent vraiment dans le fond de ses tripes qu’il faut y aller, ce serait de toutes manières contre-productif de se l’interdire. quitte à se planter copieusement ! Il vaut mieux, je crois, faire des erreurs et apprendre sa leçon, que se planquer dans la tiédeur sans jamais essayer de vivre sa vie.

Bien sûr, je ne suis pas dupe, j’ai aujourd’hui pour moi la force accumulée au long de plusieurs années. Au cours desquelles j’ai saisi toutes les opportunités d’expérimenter par moi-même : la réflexion, la documentation, c’est bien, mais encore faut-il tester sur soi, aller au bout de la démarche, sentir les limites. Vivre à fond, en somme ! Car si je ne suis pas radical ou extrémiste, en revanche, je crois que quitte à se lancer dans un concept ou une direction, autant en avoir le cœur net. Je parle de ce goût pour l’expérimentation, et en particulier de la pratique du sport d’endurance, dans le numéro 24 du magasine Le Chou Brave.

Et puis, cette alimentation vivante, j’y ai consacré des projets, des projets professionnels, qui sous couvert d’investiguer et de partager avec le grand public, m’ont permis moi aussi d’asseoir ma conviction et de répondre à mes doutes. Comme le film « ¡Tuani! » que je suis allé tourné au Nicaragua mais qui finalement ne parle pour ainsi dire que de notre mode alimentaire végétal et cru et de son impact, de santé, environnemental et énergétique, le tout apportant je crois une démonstration éclatante de la forme et de la vigueur qu’on a en mangenant cru et végétal, dans la joie et la bonne humeur 😉

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Plus récemment, j’ai aussi mis à profit le projet pharaonique d’amis férus de naturopathie pour asseoir encore plus mes convictions qu’une hygiène de vie naturelle est à la base, non seulement d’une vie épanouie, mais de prouesses souvent insoupçonnées. Christophe et Frédérique ne sont pas crudivores végétaliens mais appliquent de façon approfondie les principes de la naturopathie et de la médecine chinoise et leur parcours est éloquent quant aux résultats. Comme ils le disent eux-mêmes, « depuis la naturopathie, on ne met pas 90 jours à se remettre d’un marathon extrême, mais 90 heures… ». Cqfd.

Tout ça pour te dire, cher lecteur : je te livre là, tout en faisant mon auto-promotion (hey-hey) plein de supports, textuels, audiovisuels, pour renforcer ta conviction, si tant est qu’elle t’emmène sur ce même chemin. Qu’il s’agisse de tes doutes, de ceux de tes proches, sens-toi libre de puiser dans mes travaux de quoi les apaiser et surtout n’écoute que ton cœur.

« La tête pense mais le cœur sait »

proverbe tibétain

 

Alors suis ton chemin en conscience et partage avec ton enfant ou ton conjoint en toute simplicité, en expliquant sans imposer, ils feront le tri d’eux-même et choisiront la voie qui leur convient.
Et c’est très bien ainsi.
Ce n’est pas en notre pouvoir de mettre nos enfants sur des rails. Il nous faut les laisser vivre, en incarnant au mieux nos engagements et valeurs. Ils se débrouillent ensuite très bien pour se faire leur avis. Et j’observe à quel point, plus j’incarne et moins j’impose, mieux tout le monde se porte et plus mes filles épousent tout ou partie de mes préceptes spontanément, finalement, car elles se les approprient et y mettent d’autant plus de conviction et d’énergie qu’elles le sentent dans leur chair par elles-mêmes, sans coercition, sans réglementation. Juste de l’intention, beaucoup d’intention et beaucoup de communication, beaucoup de communication.

La vie, en somme !

 

 

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2 thoughts on “[Crudivorisme végétal] La flexibilité du roseau cache une bien noble force

  1. Je suis jalouse, tu sembles si parfait, tu écris si bien qu’on ne lâche jamais tes articles. Tout coule de source. Est-ce que tes filles ne sont jamais malades ? Ici, ma fille malgré un allaitement au long cours, lutte pour ne pas donner d antibiotiques à ses petits et ils ont souvent bronchites, pneunomathies, etc….. Bien sûr, le climat doit jouer, nous habitons Lille pendant l hiver

    • Ouh la ! Moi, « parfait » ? ah ah… demande à mon ex-compagne et à ma compagne actuelle et fais la moyenne ! 😉 Bon ok j’écris bien, merci ça me fait plaisir. Si mes filles sont malades, rarement et en général de façon brève et intense, des crises curatives assez fortes grâce à leur grande vitalité. Mais elles ont aussi ponctuellement reçu des traitements classiques, je ne maîtrise pas tout et dans certains cas la médecine allopathique rend bien des services quand même. Typiquement mon aînée est née par césarienne suite à un placenta praevia, et là à part une intervention et une médicamentation, je ne vois pas que faire – la naturopathie ne gère pas ces cas là. Donc je suis pour une médecine intégrative et dans des situations où mes approches naturelles/holistiques échouent je me tourne vers la médecine classique/ Moi même récemment j’ai eu une otite sévère, et après 2 semaines de purges, jeûne, acupuncture, repos, cataplasmes d’oignons… sans effet, j’ai pris des antibiotiques, à regret, mais j’en avais marre et je l’ai fait. Par contre, effectivement sur l’année, nous sommes rarement malades, mes filles sont globalement en super santé et elles, oui, elles sont pour ainsi dire parfaites 😉

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