D.News 03 – Baila Baila la Pampa

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Chapitre 1 : la Pampa Hùmeda

 

« Ruta 3 – St Miguel del Monte (Argentine). La peau sur le dessus de mes mains se parchemine. Le soleil du printemps européen l’a tannée, la sécheresse de nos premiers jours sur le continent sud-américain l’a un peu crevassée. L’humidité du brouillard matinal quotidien, ici dans la Pampa Hùmeda, pourrait la détendre si elle persistait plus longtemps que les quelques heures précédant le levé du soleil. Cette peau reflète-elle la vie qui est devenue la mienne ? je me vois dedans, apprenti nomade. Qu’en sera-t-il dans 6 mois ? 1 an ?Lirai-je sur le dos de ma main le chemin parcouru, les expériences accumulées, la vie écoulée, comme une diseuse de bonne aventure le ferait pour mon avenir, dans le creux de ma paume? » – D.2

 

Bonjour les 2D. Quel bon vent vous amène ?

D.2 : Un vent de nord qui nous a été favorable de Buenos Aires à Bahia Blanca. Une chance pour ce démarrage sud-américain parce que la platitude des terres de la Pampa aurait été une véritable épreuve avec un vent de face.

D.1 : L’avion nous a amené à bon port de Madrid, le trajet n’a pas été sans mal : il a fallu rejoindre le terminal T4 de l’aéroport de Madrid, et nous voici de nouveau sur la « autovia ». Boucles après boucles, on ne savait pas si on allait réussir à rejoindre ce put… d’aéroport. Il nous a bien fallu 3 heures (20 bornes en fait). C’était complètement délirant, la circulation, nous perdus au milieu, sans compter la tempête qui s’est levée. Bref, sains et saufs mais sérieusement énervés, nous avons après avoir insulté les espagnols et leurs infrastructures routières, encartonné Buzzz pendant une bonne heure (les cartons étaient bien sales et bien poussiéreux, du coup le scotch pendouillait inefficacement). Ça nous a calmés… 2 heures de retard puis 10 heures de vol et nous voici en Argentine !

 

Maintenant que vous êtes en Argentine, à quoi ressemble votre journée type ?

D.1 : Et bien les conditions sont très différentes, alors on s’adapte. Dans la Pampa Hùmeda (sud-ouest de Buenos Aires), à l’automne le soleil se lève à 7h30, et se couche à 18h30. Et les matinées sont plus que brumeuses, alors on se lève comme le soleil et on petit-déjeune pendant que la tente sèche (un maximum). Ensuite on roule et vu le dénivelé nul on atteint facile 25 km/h lancés. Midi sonne l’heure du déjeuner puis vers 15h30 on cherche de l’eau et un bivouac. Pour trouver un campement c’est loin d’être facile, il y a bien des exploitations agricoles à perte de vue mais elles sont toutes clôturées, donc impossible d’y accéder, donc les bivouacs sont le plus souvent à « l’arrache ».

D.2 : Mais l’accueil des fermiers est plutôt sympathique. Comme la réaction des routiers. Le long des routes rectilignes et plates de la Pampa, la seule distraction c’est les camions. Il y en a de toutes les couleurs, des vieux tacots fumants, interminables avec jusqu’à 4 remorques, crachant leur fumée. On s’est régalé de ses visions d’une autre époque. La plupart nous saluent amicalement. C’est rigolo.

 

Et les Argentins ?

D.2 : Formidables ! Très chaleureux, enthousiastes, admiratifs ; pleins de recommandations, de bons conseils ; et prolixes ! que de questions, surtout de la part des routiers qui semblent reconnaître en Buzzz leur pendant cycliste. On me demande la durée de vie des pneus, le poids du chargement, notre vitesse moyenne – toutes questions orientées vers le rendement du véhicule on pourrait dire. Et puis les Argentins sont très tactiles aussi : s’ils n’osent pas trop toucher le tandem, ils nous font en revanche la bise, nous tapent dans le dos, nous prennent le bras. Cette manière de serrer le bras avec force me rappelle mon grand Chef qui se reconnaîtra. Ca me fait très plaisir.

 

« Avec la traversée de l’océan Atlantique, nous avons changé de saison, et de rythme. Ici c’est le début de l’hiver – journées courtes, fraîcheur relative. La vie argentine semble une démonstration du mouvement perpétuel – mais tranquille. Tout bouge tout le temps, mais n’accélère ni ne ralenti. Les routes sont un exemple éclatant de ce que notre hôte d’un soir, Luis, fermier dans la Pampa, exprimait simplement : ‘j’aime être détendu’. Les véhiculent n’y progressent pas bien vite, ni bien lentement, mais avec une nonchalance paisible ils roulent, roulent, toujours à la même allure, ne décelèrent pas même pour éviter un chien errant ou aborder une courbe. Lesquelles sont bien rares d’ailleurs dans ce pays gigantesque traversé d’interminables lignes droites. » – D.2

 

Quel parcours avez-vous effectué jusqu’ici ?

D.1 : De Buenos Aires nous avons pris plein sud, notre objectif étant la Patagonie et si c’est possible Ushuaia. Une nuit chez Luis, D.2 vous en parlera plus tard, nous voici de nouveau en selle. Pendant 4 jours le décor varie peu mais le dépaysement est tellement net : les habitations, certaines franchement imposantes, d’autres qu’on qualifierait de baraquement de tôles, les voitures comme on n’en voit plus rouler en France : peugeot 504, Renault 7, les commerces ou plutôt échoppes… Et je commence à sentir très vite les difficultés techniques qui sont nouvelles pour nous : se réapprovisionner en eau, trouver des bivouacs hors de vue.

D.2 : On a ensuite pris le train de Las Flores à Bahia Blanca ; de nuit bien sûr, c’eut été trop facile. En effet, la Pampa – qui pourrait bien s’appeler la Plamplate – c’est d’un répétitif inimaginable ; mais bon au-delà de telles considérations, les 3 mois de résidence accordées par les autorités argentines sont bien trop courts pour pédaler le long des 3800 kilomètres de Buenos Aires à Ushuaia et remonter ensuite au Chili, donc, forts de ce prétexte diplomatique, nous avons testé les trains argentins et avalés quelques 500 kilomètres. Nous avons pu ainsi traverser de part en part cette Pampa Hùmeda, une province argentine vaste comme la France, intégralement occupée par des élevages gigantesques et des terres agricoles grandes comme des départements. Une toute autre échelle : entre 2 villes il nous faut avaler 50 ou 60 kilomètres, de ligne droite bien souvent. Si nous quittons la route pour aller demander l’hospitalité d’un fermier, nous allons parfois chercher sa demeure à plusieurs kilomètres, voir dizaines de kilomètres à l’intérieur des terres. Le climat est contrasté : tous les matins la brume envahit les terres, mais le soleil la chasse en une heure et la journée est très sèche et assez chaude, même en cette fin d’automne.

 

Bonne ou mauvaise expérience ?

D.2 : Que dire… on l’a choisi et on savait bien que se serait pour le moins… inconfortable. On a filmé d’ailleurs pour que vous vous fassiez une idée. Eh bien les trains argentins sont pourris, ils se traînent à une allure déplorable, sont bondés et en plus ils puent. Mais on ne s’attendait pas à autre chose et puis on a pu embarquer tout notre bardas et même – après 4 heures debout entre 2 wagons – dégoter 2 places assises (les fauteuils sont très confortables en revanche, en comparaison des banquettes rectilignes SNCF sur lesquelles il est impossible de fermer l’œil). Bon il ne fut pas véritablement question d’y dormir vu qu’une attention permanente est nécessaire pour ne pas se faire dérober ses affaires. D’ailleurs…

D.1 : Et bien on avait laissé la sacoche de selle (ne contentant plus que quelques vis et piles rechargeables) dans laquelle habituellement nous mettons l’appareil photo (pour dégainer plus vite)… et arrivés à Bahia Blanca, plus de sacoche… plus de fanion Lions Club non plus d’ailleurs. Moi qui suis d’un naturel confiant, ça me rend très perplexe. La sacoche je peux comprendre, encore que des cyclistes on n’en a pas croisé des masses, mais le drapeau… Je prends cela plus pour du vandalisme.

 

Des anecdotes cocasses ?

D.2 : Notre première nuit en Argentine… on s’est arrêté en suivant le flair de D.1 dans une ferme, et on a demandé si on pouvait planter la tente. En fait de plantage de tente, le fermier, Luis, nous a ouvert une de ses étables, prêté un local, avec une douche ; il nous a invité à boire le maté avec sa femme et ses 2 filles, prêté son ordinateur pour consulter nos emails (c’est toujours un bonheur de recevoir de vos nouvelles) et offert des mandarines pour 1 semaine. Et à la station de service El Cholo où nous avons passé 2 jours pour à la recherche d’un routier en partance pour le sud – même prétexte diplomatique – j’ai aidé 2 gars à pousser leur fourgonnette. Ils m’ont remercié avec 2 kilos et demi de pain, ce qui me fait remporter le concours de gagnage de pain contre Delfe qui elle ne s’est fait offrir que 4 baguettes… (800 grammes, la nulle, mais elle nous a obtenu 2 douches brûlantes gratuites après la nuit en train, ce qui est hors-concours presque).

D.1 : Comme nous ne connaissons pas la discrétion, nous nous sommes fait attrapés par l’opportuniste journaliste locale de Saint Miguel Del Monte. Nous avons donc répondu à quelques questions, déclinant sa proposition pour une interview radio, ne sachant pas que faire du tandem pendant ce temps là.

 

Comment se porte votre entente ?

D.1 : Dans ce genre d’aventures,  on apprend beaucoup sur soi et aussi sur l’autre. On peut difficilement cacher ses petits travers. Moi je me re-découvre stressée, inquiète, et par la même stressante, étourdie (enfin, j’ai quand même résolu mon problème de « je ne retrouve plus le porte-monnaie » Pierrot si tu vois ce que je veux dire), sensible et avec la fatigue, extrêmement sensible même. Damien lui réagit de manière explosive à des situations nerveusement difficiles (vent de face, piste sablonneuse défoncée, trafic routier important et la faim, je ne vous en parle même pas !) Et du coup il part en excès de colère… C’est sa soupape. Mais d’un autre côté, on se révèle aussi très solides, organisés, volontaires, la plupart du temps de bonne humeur et contents de ce voyage et de ses surprises, très patients même, doués d’initiative et petit à petit on intègre l’autre comme faisant partie de soi. Pour ma part, je remarque que je n’ai plus besoin aujourd’hui de moments de solitude comme cela a pu être le cas dans le début du parcours. Nous voici donc en quelque sorte mis à nu, l’un face à l’autre émotionnellement et psychologiquement. Et le fait que tout roule est en grande partie du au fait que nos faiblesses psychologiques ne se portent pas sur les mêmes situations, du coup dès que l’un craque un peu, l’autre est en bonne position pour l’aider et le soutenir (que ce soit par des mots rassurants ou des silences patients).

D.2 : De mon point de vue très bien. Le voyage n’est certes pas exempt de mises au point, ni de prises de bec même si elles sont rarissimes. Et ceux qui me connaissent bien savent pourtant à quel point je suis facile à vivre et adorable en toutes circonstances…Hey-hey. Bon, franchement, j’ai mes accès de rage, comme toujours, et Delfe y réagit bien – elle me laisse exploser et me décharger de mes nerfs, et moi j’essaye de mon côté d’apprendre à modérer, si ce n’est gérer, mes colères qui bien que rares sont explosives ; elle est parfois pénible parce que lorsqu’elle est fatiguée, elle fait et dit n’importe quoi – mais c’est bien naturel et je ne dois pas être le dernier à déconner par excès de fatigue. Mais je fais un bilan très positif de ce premier mois : Delfe a une capacité de bonne humeur incroyable, une résistance physique et mentale épatante, elle sait très bien réagir et/ou gérer mes humeurs et me remettre à ma place sans conséquence, donc tout roule. Et on se marre beaucoup, ce qui reste une priorité !

 

Et comment va Buzzz ?

D.2 : On a testé différentes configurations de chargement, diminué la pression des pneus avec les pistes argentines, acquis une meilleure technique en tous-terrains, et puis je surveille régulièrement, et la machine se porte très bien, merci pour elle. Les 2 moteurs aussi…

 

« … les voyages sont comme ça, tu ne sais jamais à quoi t’attendre. Aux situations merdiques, et aux sérieuses déconvenues succèdent des moments de pur réconfort et de bien-être. Tout est instable et éphémère, cela nous fait savourer d’autant plus ces petits gestes d’encouragements, ces félicitations, cette adresse dans une ville où tu n’iras probablement pas, ces sourires, ce toit, cette douche ou ce maté offerts généreusement » – D.1

 

Un petit mot sur la musique je crois ?

D.2 : Oui, comme vous le savez nos vidéos sont mises en musique grâce à plusieurs groupes que nous aimons beaucoup, et qui nous ont autorisés à utiliser leurs œuvres. Nous avons mis à jour l’album des vidéos sur http://planete.d.videos.free.fr afin de faire apparaître les crédits musicaux et ce message s’adresse donc à nos généreux donateurs musicaux : les amis, si vous avez l’occasion de visionner les vidéos qui utilisent votre musique, Delfe et moi on serait ravis d’avoir vos impressions. Un petit email planete.d@free.fr ou plus simplement un commentaire posté sur le site pour la ou les vidéos en questions. Merci. Vos œuvres nous accompagnent tout au long du voyage et il n’est pas de lieu, de paysages, de rencontres sur quoi nous n’ayons pas mis une de vos musiques ; c’est très important et très motivant pour nous.

 

 

Chapitre 2 : la Pampa Seca

 

On dirait que le vent a tourné ?

D.2 : Le vent est assez régulier en fait ; c’est nous qui tournons. On a été pris dans une vague de froid bien acéré sur la route du sud ; nous nous étions renseignés sur le climat sud-argentin, et les températures moyennes annoncées ne descendant pas sous zéro, même en Terre de Feu, nous espérions rejoindre la Patagonie. Mais après 3 nuits à -6° (dans la tente, d’après ma montre), et ce, 3000 kilomètres au nord d’Ushuaia, nous avons décidé que nous n’étions ni des Vikings, ni des gaillards comme notre copain Gaétan qui a affronté sur son vélo les -30° du nord canadien. Disons que dormir par ce froid, ça se fait bien, avec notre matériel (tente et duvets) ; mais se lever et prendre le guidon, c’est trop douloureux, au sens propre… Alors nous avons pris la route du nord argentin et changé le sens de notre boucle. Les locaux eux-mêmes sont tous saisis par ce froid prématuré (« hace frio, frio frio ! » – « ce qu’il fait froid ! ») et nous de notre côté on ne veut pas même imaginer le temps qu’il va faire dans 2 mois (le temps qu’il nous faudrait pour atteindre la Terre de Feu) à Ushuaia si déjà ici au milieu de l’Argentine il nous faut dégivrer la tente au levé. Bref, on se carapate devant la rudesse de l’hiver austral et on file vers la Bolivie. La « Tierra del Fuego » nous attendra jusqu’à son printemps.

D.1 : A la problématique du froid s’ajoute aussi celle du temps d’ensoleillement : au niveau de Bahia Blanca le soleil est présent de 7h45 à 18h30. On a déjà perdu 1h30 de temps de jour depuis Buenos Aires (environ 800 km). Si nos calculs approximatifs sont bons : à Ushuaia il doit y avoir 6h de moins, c’est-à-dire 5h par jour. Ça parait irréaliste de progresser dans de telles conditions.

D.2 : Très juste. Moralité, pour reparler de vent…

 

Oui, vous avez de nouveau lutté avec Eole ?

D.2 : C’est rien de le dire… Didier, tes propos ne sont pas restées paroles en l’air. Ah-ah. Nous remontons vers le nord donc, et nous avons choisi une route – la 33 – qui longe une Sierra réputée pour sa beauté, la Sierra Ventana (la limite entre la Pampa Hùmeda et la Pampa Seca, au sud-ouest de Buenos Aires). Là, nous attendaient quelques journées mémorables – vent de force 5-6 établi, et constant, de jour comme de nuit. Pas du thermique gentil, du vent continental, il est là tous les jours ici. Et je puis vous assurer qu’il y a pire qu’un vent de face : un vent de ¾. Car en plus de vous ralentir, pour ne pas dire vous immobiliser, il vous catapulte de côté – mon Bjanrol en sait quelque chose, avec qui j’ai dû déjà affronter les vents d’Islande. Ici c’est particulièrement pénible : on ne progresse quasiment pas (3 à 4 heures pour faire 30 kilomètres), on lutte sans cesse, et tout ceci dans des panoramas certes magnifiques mais qui restent invariables sur des distances de plusieurs centaines de kilomètres… c’est dur mentalement, plus que physiquement.

D.1 : Ma patience est nettement supérieure à celle de D.2 dans ces moments, mais il est vrai que quand la fatigue s’ajoute à la peur, ça devient très très dur nerveusement. Dans ces moments là on n’a qu’une envie c’est de s’arrêter et de se mettre dans une bulle. Une bulle 3 places avec un auvent…

 

« Chamboulement de repères. Nous avons quitté l’Europe, son printemps, ses petites routes tranquilles et ses distances raisonnables, pour ce pays aux portes de l’hiver, avec ses étendues dépassant l’imagination, ses pistes rectilignes à n’en jamais finir, battues et rebattues par les vents. Il faut réapprendre. De moins en moins de jour, de moins en moins de chaud, et toujours plus de kilomètres. Les saisons nous guident et nous poussent au nord, plus au chaud, vers la Bolivie. 3000 kilomètres à parcourir ; gageons qu’on ne fera pas que pédaler… Le soleil s’éteint sur la Pampa Seca ; le bétail s’ébroue ; sur la route, le trafic ne diminue pas. Fin de journée pourtant paisible chez les Fernandez, nos hôtes d’un soir. Ils nous offrent un café réconfortant. Nous nous félicitons d’avoir ainsi trouvé un bivouac facile ; en fait de tente, c’est une chambre au chaud qui va nous abriter, et cette famille nous accueillir comme 2 des leurs. Elila nous fait la cuisine, nous invitant à nous reposer. La petite Belen rigole avec nous d’un jeu télévisé idiot, et nous demande de lui traduire un poème français ; Oscar nous explique qu’ils habitent un relais radio « dont l’équipement est français ! » et que leur travail consiste à être là, tout simplement, au milieu de nulle part ; il y a les bêtes bien sûr… Leur hospitalité réchauffe plus que le lointain soleil hivernal, qui n’a de chaud que ses belles couleurs et teinte d’orange les champs immenses. Des fois je me demande si je suis digne de ces gens qui nous accueillent comme leurs propres enfants. » – D.2

 

L’hospitalité argentine… exemplaire ?

D.1 : Les gens sont très amusés par le tandem, très curieux et oui, très sympathiques. Comme partout dans le monde il y a des personnes très généreuses, d’autres à qui ça ne vient pas spontanément à l’esprit. On a eu la chance de tomber sur beaucoup de membres de la 1ère catégorie, ce qui nous a fait chaud au cœur. La famille Fernandez par exemple, à qui on demande de l’eau et endroit pour camper, et qui nous laisse une chambre, nous héberge en toute simplicité.

D.2 : Moi je ne sais qu’en dire… je suis bluffé. Quelle leçon ! Ce papy – Enrique – qui, passé la surprise de nous voir débouler parmi ses poules et ses chiens, nous installe à l’abri du vent pour nous servir pain, saucisson, bananes et limonade ; cet employé de station service – Fabian – qui, tout naturellement, m’emmène faire nos courses à l’autre bout de la ville et patiente gentiment ; des gens chez qui l’entraide et l’hospitalité paraissent une évidence.

 

Et la nourriture locale. Parlez-nous en !

D.2 : Ah-ah… manger… eh bien ici ce sont les rois de la charcutaille. Des saucissons en pagaille, supers bons. Pas mal de variétés de fromage également mais pas toujours discernables les unes des autres. De beaux fruits – les oranges, un délice.

D.1 : Et des biscuits secs de mille et une sortes. Plus le maté. Et le Queso… je ne désespère pas de retrouver ce petit goût de France, le pays des fromages qui puent, mais pour l’instant le goût est plus industriel que remarquable. .

D.2 : Même s’il me semble toujours qu’il n’y a pas assez à manger… nous avons convenu avec Delfe que je dois assumer 75% du budget nourriture et elle 25% ; c’est bien naturel vu ce que j’ingurgite. Dernière expérience, une soirée hamburgers maison, avec un camionneur de passage, Marcos, que j’ai croisé au sortir de la douche sur une aire de camping et de services pour routiers. Nous avons passé un après-midi avec lui à une fête locale et le soir venu on s’est fait des hamburgers sur son réchaud – j’ai rarement autant apprécié de bouffer un hamburger. D’ailleurs j’en ai mangé 4. Ou 5… je sais plus. Mais Marcos aussi a dévoré. Presque autant que moi.

 

Marcos… Un camionneur ?

D.1 : En résumé, après une première expérience à Bahia Blanca avec un Chilien qui se proposait de nous emmener en Terre de Feu, et qui après 3 jours d’attente – « los papeles, los papeles » – n’est jamais reparu, nous avons cru de nouveau en Marcos, un Argentin fort sympathique, qui parlait déjà de nous inviter chez lui pour manger la carne « asado », spécialité locale de viande grillée. On a passé un bon moment mais le lendemain matin… personne au rendez-vous. Ceci dit on le prend avec philosophie et on est pas dénué de chance non plus…

 

Mais au fait, vous êtes où, là ?

D.2 : Hey-hey… eh bien nous sommes à Pigüé et on vient de passer une après-midi un peu folle. Nous l’ignorions complètement mais cette bourgade est une ancienne colonie française, aveyronnaise pour être précis. Nous sommes arrivés ici avant-hier, après nos journées face au vent. Suite à notre (deuxième) déconvenue côté camionneurs – comme Delfe l’expliquait – on s’est dit qu’on allait mettre le paquet pour bénéficier d’un peu d’aide – on a 3000 kilomètres à faire pour passer en Bolivie et seulement 3 mois, donc tout faire en tandem n’est pas envisageable. Alors on a déambulé en ville en tandem, avec un programme en tête… d’abord la radio locale, afin de passer une annonce pour solliciter l’aide des usagers de la route pour peut-être de trouver un véhicule qui nous emmène le plus au nord possible (les bus refusent le tandem, les trains on a déjà donné). Je me suis retrouvé derrière le micro en direct, à dialoguer dans mon espagnol très libre avec l’animatrice et à raconter ma vie. Là-dessus, 2 jeunes qui écoutait l’émission dans leur pick-up ont débarqué, complètements ahuris, en nous enjoignant d’aller faire notre numéro 4 pâtés de maisons plus loin, à la télévision locale Canal 4. Aussitôt dit aussitôt fait, nous voilà interviewés et filmés dans la rue, Buzz et nous 2. Toujours en espagnol bien entendu, je n’ai aucune idée de l’effet que ça leur fait de m’entendre mais on se comprend. Pour finir, sur les recommandations de l’animatrice radio, nous avons fait un crochet par le périodique de la ville, El Reflejo ; là, pour clore en beauté notre série d’interviews, le reporter a appelé le Maire, qui est venu nous chercher pour nous emmener à notre hôtel – chambre généreusement offerte par la municipalité de Pigüé. Et je suis présentement assis sur notre lit « matrimonial », tout nu en attendant d’aller prendre un bain. Car ce soir, nous sommes invités à dîner… ah ! oui j’oubliais, la charmante Caro de l’office de tourisme, qui parle un français délicieux, nous a invités à dîner en sa demeure. Cette journée restera dans les annales… Bon je vous laisse, le bain va refroidir !

 

Quelques chiffres ?

  • 1890 kilomètres
  • 5 hamburgers – ok j’avoue
  • 2 nuits chez l’habitant
  • 2 interviews pour des journaux locaux
  • 25 kilomètres en 4 heures sur du plat – merci le vent…
  • 3 pastilles vidéo
  • 2 lapins posés par des camionneurs
  • 2 nuits à -6°
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