D.News 04 – Altos del Cóndor

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Salut DéDé, comment ça va ? où êtes-vous ?

D.2 : Super bien.

D.1 : On prend des vacances !

D.2 : Oui, à durée indéterminée…

D.1 : Il y a 2 semaines, nous quittions Tilisarao, une petite ville près de la Sierra de los Comechingones, après 3 jours de gastroentérite carabinée. Enfin Damien a plus ramassé que moi, toute une nuit et une journée à vomir derrière l’office du tourisme de Tilisarao…

D.2 : Oui, bon ça va, on va leur passer les détails, les morceaux, la bile et la couleur quand même non ?

D.1 : De toute façon, il ne reste pas de trace, les chiens ont tout mangé !

D.2 : Pas de trace de vomi, non, mais bon la gastro, ça concerne tous les orifices et pour être franc…

D.1 : Oui, donc, on faisait tellement pitié dans notre tente en plein vent, entre l’office du tourisme et la station service, que Gabriel, de la télé locale, s’est occupé de nous. Un coup de fil plus tard, la municipalité de Tilisarao nous offrait gracieusement deux nuits d’hôtel pour nous retaper.

D.2 : Dormi 15 heures d’affilée. On a quitté la chaleur de l’hôtel Hispano et de ses gérants, Juan Carlos et Suzana, à regret. Ceci dit on n’est pas bien loin. On joue la carte de la sécurité et des relations : 50 kilomètres plus loin, nous voilà à Villa Larca, où après avoir passé la nuit chez la sœur de Gabriel, Nahir (attention faut suivre) on a tout bonnement décidé de s’installer chez son petit copain David…

D.1 : Et notre nouveau chez nous se trouve au pied de la sierra Cordobesa, en pleine montagne, dans un endroit appelé « Altos del Cóndor ». David et son père Walter, accompagné de sa compagne Sylvia et de leurs 2 enfants, poursuivent un rêve excentrique et écolo : ils ont troqué leur vie confortable à Buenos Aires pour un bout de montagne – un gigantesque bout, 150 hectares qui vont des hauteurs du village aux sommets environnants, à 1800 mètres d’altitude – afin d’y recréer un écosystème autochtone naturel que l’agriculture et l’ignorance ont détruit par ailleurs. En 8 ans, au prix de sacrifices matériels conséquents (pas d’électricité, pas d’eau chaude, hors période de vacances ils n’ont pas un rond et mangent uniquement les quelques légumes du jardin…) ils sont parvenus à faire revivre un espace désertique et y proposent aujourd’hui des ballades découverte et éducatives afin de partager et transmettre leur concept et leur philosophie écologique.

D.2 : Condors et vertes pentes au rendez-vous. Mais bon il y a beaucoup à faire : aménager des petits chemins à proximité pour les familles et les enfants, des refuges dans les cimes pour les randonnées, s’occuper des bêtes. Moralité on est à adresse fixe pour un temps indéterminé car on a envie de leur prêter main-forte dans cette belle entreprise : on leur monte un petit site web sous Planète D. (à découvrir ici http://altosdelcondor.free.fr si nos transferts ftp sont passés) pour commencer, et on y dépose nos pastilles vidéos qui les concernent – mais en version espagnole (voir – en français – une première pastille sur les dieux du ciel, puis une autre sur notre campement), et puis bien sûr on participe au chantier familial, et enfin on collabore en tant que vidéastes à un projet de film de promotion du tourisme rural et écolo dans la province, car même avec toute notre bonne volonté on abat plus de travail avec une caméra et un PC qu’avec une pelle et une pioche !

D.1 : Pour nous retrouver c’est simple : aller au site « Altos del Cóndor », prendre le chemin à gauche en direction du point d’observation numéro 1, et 400 mètres plus loin vous trouverez notre campement : une tente, une « bicidoble espectacular » au milieu de la végétation, des patates douces sur le feu… Inutile de vous dire qu’on se sent très heureux dans cette ambiance nature !

 

« Guamini, par un matin brumeux et humide. La maison délabrée sent la mort, cette absence indéfinissable et pourtant saisissante qu’exhalent les lieux abandonnés soudainement. L’humidité courre comme le lierre sur les murs, les murs s’effondrent sur le sol, le sol s’affaisse… Tout semble figé. Mais les piles de livres qui partout s’amoncellent trahissent une occupation, si ce n’est physique du moins intellectuelle des lieux. Ernando vit là. N’aurait-il pas hérité cette masure en perdition de son père qu’il n’aurait certainement pas quitté sa ville – Buenos Aires – pour venir se perdre à Guamini ‘où rien ne se passe jamais’. Mais aujourd’hui il se passe quelque chose : 2 français sur un vélo de 3 mètres… Avec nervosité et maladresse, Ernando dépose devant nous café, biscuits, saucisson, renverse l’un, bouscule les autres… Nous devons être ses premiers invités depuis 10 ans qu’il a pris sa retraire ici. Il aime la solitude, le silence. Mais il ne voulait pas manquer cette occasion de faire connaissance avec des gens ‘intéressants… et fous !’.Ernando, sans famille, sans ami. Seuls les livres vivent ici avec lui. Il parle plusieurs langues, navigue parmi les encyclopédies, dévore les dictionnaires, un labyrinthe d’érudition dans lequel ce descendant d’immigrés italiens se retrouve mieux qu’au milieu de ses 4 tasses ébréchées. On passe un bon moment, à boire du café et à discuter de tout. C’est notre manière de remercier. » – D.2

 

L’Argentine vous a donc décidément conquis et adoptés ?

D.1 : Oui, et cela se passe de manière très naturelle. Le vélo attire l’attention, quelques gamins nous tombent dessus puis vont alerter leurs parents. Ensuite le reste de la famille suit et c’est l’occasion pour nous de discuter un peu… discussions qui se terminent bien souvent devant un bon « cafe con leche » ou même un asado (la grillade traditionnelle argentine – voir notre pastille vidéo à ce sujet : « La carne »).

D.2 : À Quemu-Quemu, c’est encore plus facilement que Sergio nous a invité. Il s’est arrêté, intrigué par le vélo, et au bout de 3 phrases nous a donné son adresse et conviés chez lui. Résultat, on y a passé le week-end, à refaire le monde et surtout l’Argentine, et à manger et boire !

D.1 : Toutes les personnes que l’on est amené à rencontrer se montrent extrêmement serviables et attentionnées, jusqu’aux policiers de Embajador Martini qui nous ont permis de dégoter un routier pour avancer vers le nord, soirée autour d’un maté à la clé.

D.2 : J’aimerais que toute cette solidarité et cette hospitalité (voir notre pastille vidéo : « Mi casa es tu casa ») qui illuminent notre parcours argentin soit une leçon de savoir-vivre pour ceux de nos lecteurs qui se sont laissés envahir par la défiance générale que l’on rencontre en Europe, en France, de nos jours. Chez nous et en Espagne, on ne nous a pas ouvert une porte, au contraire les gens se montraient méfiants et pas disponibles pour 2 sous. Si notre histoire pouvait servir d’exemple et vous inspirer ! je sais ça sonne pas mal « I had a dream » mais bon vous me connaissez…

D.1 : Allez donc faire un petit tour ici même : http://www.hospitalityclub.org (un cadre un peu plus formel pour accueillir des voyageurs du monde entier), et si un jour vous avez l’occasion d’aider des baroudeurs, participez à cette chaîne de solidarité humaine

D.2 : On ne rend jamais à ceux qui nous aident mais, à d’autres – on fait passer. Nous-mêmes sommes membres de Hospitality Club. On n’a pas hébergé de gens venant de Tilisarao, pourtant ce petit village de la Sierra Cordobesa vient de nous accueillir 2 nuits et 2 jours dans un hôtel après que Gabriel nous ait trouvés, campant devant la station service, assaillis par notre gastro carabinée… « On est tous humains » nous dit Gabriel, convaincu que c’est bien naturel de nous aider ainsi. Et on ne vous parle pas de la fiesta de dingues à laquelle nous a invités la famille Gomez il y a 3 jours, à l’occasion des 15 ans de leur fille… (on vous en parle pas on vous la montre : « La double vie du gaucho »).

 

Soit, mais tout n’est pas rose non plus dans cet Eldorado. Comment expliquer qu’un pays si bien loti ne soit pas plus avancé ?

D.2 : Je pourrais citer Roberto, l’oncle de notre hôte de Pigüé, Marcelo. « L’Argentine a le secret de la défaite ». Roberto pose sur son pays le regard dur d’un petit-fils d’immigrés qui a vu sa famille tout abandonner en France pour tenter de construire ici un paradis, pour le résultat que l’on sait et qu’il désigne par la « sinusoïde argentine » : les gouvernements se succèdent, plus préoccupés de prendre le contre-pied, chacun de son prédécesseur, que de faire progresser le pays, plus intéressés par leur profit personnel que par le bien de la nation, ce qui aboutit, toujours d’après Roberto, à une stagnation voyant l’Argentine passer sans cesse d’un extrême à un autre, d’une démocratie à une dictature militaire et retour, sans réelle avancée.

D.1 : En effet le pays a tant de richesses (matières premières, industrie agroalimentaire performante, eau, pétrole, patrimoine géographique complet….) Rien ne manque sauf une gestion saine et profitable à tous. On sent la frustration et la déception dans les discussions avec les Argentins. La 4ème génération est un peu amère de voir le rêve de ses aïeux en quelque sorte gâché.

D.2 : Comme dit Sergio « Falta nada sino un bueno presidente ». Mais bon, comme dit Roberto, dans son français qui roule incroyablement les ‘r’, “ça ne nous empêche pas d’être heureux de vivre, de faire la fête et de manger des grillades ! ».

 

Roberto est descendant d’immigrants français. Ce pays est un grand métissage ?

D.1 : Oui, tout le monde ici a des origines sur le vieux continent : espagnoles bien sur mais aussi italiennes, allemandes, françaises et même russes. Apparemment ce mélange est une réussite car il est impossible de parler de racisme ici.

D.2 : En tout cas pas de racisme intereuropéens. En revanche, entre la glorification de l’extermination des indiens (les statues en l’honneur de généraux militaires ayant contribué à la lutte contre les indiens te présentent le peuple indien comme l’envahisseur cruel et sanguinaire alors que bon, ils étaient chez eux…) et les commentaires sur les boliviens, ça sent le rejet de l’indigène…

 

Tiens, une question : vos séjours en famille vous permettent de regarder la télé. Ca donne quoi les médias argentins ?

D.2 : En bref, on a retenu des publicités très spirituelles et très drôles, des jeux bien débiles, et des infos sanglantes. Bien sûr du foot, du foot encore du foot. Au moment où on vous parle l’Argentine attend de pieds fermes la Hollande et nos amis ne se sentent plus ! Chaque jour de match est férié… c’est dire.

D.1 : De plus comme dit Nicolas, les médias en Argentine parlent beaucoup de ce qui se passe alentours, dans le monde entier, pour détourner l’attention de ce qui se trame dans le pays…

 

« Pigüé, ancienne colonie française. Roberto nous éclaire de ses prédictions politiques d’homme cultivé et au fait de l’actualité. ‘Si tu veux voir un pays pauvre à l’avenir noir, regarde la Bolivie. Si tu veux voir un pays pauvre qui se développe et avance vers un futur souriant, regarde le Chili’. Le feu crépite dans la cheminée. La soirée s’achève, les verres de liqueur de chocolat blanc sont vides. Des moments de bonheur comme seul le voyage, j’imagine, peut nous en offrir. J’ai fait la cuisine pendant que Cora travaillait en chantant ; les rires de ses 2 enfants, Nicolas et Fernando, qui jouaient avec leur père Marcelo, nous parvenaient de la pièce à côté. Nous avons partagé un bon repas, débattu de tout – Maradonna est meilleur que Platini, mais le fromage français surpasse le fromage argentin, pourtant côté produits laitiers l’Amérique du Sud est très créative, et Chirac et De Villepin sont finis, alors qu’au Chili… Et puis nous parlons de cette chaîne de solidarité qui nous rend le voyage si bon. Comme dit Marcelo, ce n’est jamais à celui qui t’a aidé que tu rends service en retour. Tu fais passer. » – D.2

 

Morceaux choisis

« Ils partent déjà les français ?

– Oui.

– Ah bon ? ils doivent nourrir leurs enfants ?

– Non ils n’en ont pas.

– Ah bon ? ils ne sont pas encore nés ? »

– Fernando Champredonde, 5 ans

« Vous avez une radio pour suivre le mondial ? »

« Vous êtes venus ici alors que le mondial se passe en Allemagne !? »

– Entendu tant de fois qu’on ne peut citer les sources…

« T’as vu tout le matériel qu’ils ont ? ils sont pas humains c’est pas possible… ils sont martiens ?!? »

– Tomás Algañaraz

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