D.News 05 – La Grenoble des Andes

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Ah, bien, des nouvelles des 2 D. Des nouvelles de quelle région d’Amérique du Sud ?

D.2 : Salta, nord de l’Argentine. Notre première grande ville dans le pays – plus d’un demi million d’habitants. Et enfin les vraies montagnes ! le début… de la Cordillère des Andes.

D.1 : Oui, les paysages recommencent à être vraiment intéressants : végétation luxuriante et une multitude de collines et montagnes (dont certaines vont pour l’instant, jusqu’à 5500 mètres, excusez du peu).

D.2 : Pour l’anecdote, cette région de l’Argentine est l’un des premiers exportateurs mondiaux de citron.

D.1 : Et si tout va bien, c’est la dernière fois qu’on vous écrit d’Argentine. D’ici une semaine, nous serons en Bolivie. On a fait une mini rétrospective de ces 3 premiers mois en vidéo : Tandemania.

D.2 : Et vous pouvez trouver notre bilan sur ce pays fascinant .

 

Comment va mademoiselle Million ?

D.1 : Bien, je souffre un peu des changements de rythme entre nos journées sur la route (levés à 7h30, couchés à 19h30) et lorsque nous nous arrêtons dans les familles où nous vivons à l’Argentine (levés 9h et pas couchés avant 23h)…

 

Y el señor Artero ?

D.2 : Bueno, le señor Artero va bien. Il en a appris sur son nom de famille… ici il signifie effectivement « rusé », dans un sens un peu calculateur, comme l’avait trouvé maman, et s’utilisait pour décrire le fait d’aller droit au but (les boules ! on dirait l’Olympique de Marseille…) mais il désigne également la capacité à orienter son discours avec tact et intelligence, pour obtenir ce que l’on veut de son orateur, ou en tout cas avoir un discours cohérent et construit… si avec ça je vais pas me la péter moi…

 

Rien à voir mais à propos de votre travail de vidéastes amateurs : vous disposez de toute une discothèque pour mettre en musique vos pastilles, et vous en parlez beaucoup. C’est si important pour vous ?

D.2 : Fondamental. J’arrête pas de le répéter – j’en discute avec Delfe, sur le vélo, pendant qu’on conçoit les pastilles à venir. Personnellement, sans ces musiques qu’on adore à disposition, je n’aurais pas vraiment envie de monter les pastilles. Je verrais ça plus comme un simple témoignage, dépourvu du côté artistique – c’est un peu pompeux, dis comme ça, mais je le ressens, parce que ces musiques sont des œuvres d’art et qu’elles nous permettent de faire de nos pastilles des œuvres d’art aussi, même si plus modestement.

D.1 : En fait, les musiques le plus souvent viennent habiller les images ; j’avoue que pour ce qui est du choix des musiques c’est D.2 le spécialiste. Il a toute notre discothèque qui tourne en boucle dans sa tête – pendant nos longues journées à pédaler – et bref les connaissant très bien il sait immédiatement lesquelles accompagneront quelles images.

D.2 : c’est un moment exaltant, une fois un montage achevé, de réfléchir à la musique avec laquelle on va habiller la pastille. Mais ça ne se passe pas toujours aussi simplement. Parfois, montage vidéo et audio sont simultanés, dans la spontanéité. Et enfin, plus rarement, une musique nous tient tellement à cœur que l’on va chercher les images pour l’illustrer…

D.1 : … il arrive en effet que le support vidéo accompagne une musique élue et non l’inverse. En tous les cas nous sommes bien conscients de la puissance du support musical, une seule inquiétude… au rythme auquel nous produisons des pastilles, il va bientôt falloir recharger notre collection, alors si des nouveaux albums sortent, amis musicos, faites nous suivre !

D.2 : Vous pouvez vous amuser à essayer de deviner dans nos pastilles lesquelles sont mises en musique (musique posée sur les images), lesquelles sont plus des clips (images posées sur la musique) ou enfin lesquelles sont entre les 2.

 

Dans la lignée des questions techniques, la mise à jour du site ne pose pas trop de problème ?

D.1 : Dans l’ensemble ça se passe bien pour le moment, on est bien soutenu par nos équipes techniques : Ivès pour les transferts vidéos vers TéléGrenoble et Tof pour… tout le reste ! Pas toujours facile pour lui de trier nos salves d’une vingtaines de mails parfois – lorsque les transferts FTP ne passent pas, car les sites Free sont inaccessibles depuis l’étranger en FTP, réponse officielle de Free – et de reconstituer les mises à jour.

D.2 : Et d’ailleurs en parlant de problèmes il y a eu un bug dans nos albums photos et vidéos, jusqu’à récemment l’envoi de commentaires ne marchait pas. On espère avoir corrigé le problème, alors n’hésitez pas à (re)poster vos avis ! Vos retours sur les vidéos sont très importants. Par exemple, on se demande : nos pastilles vidéos vous donnent-elles envie de vous procurer la musique utilisée ? Est-ce que vous vous endormez avec le soir ? vous causent-elles des allergies dermatologiques ? Vous donnent-elles envie de voyager / de pédaler / de bivouaquer ? Nous maudissez-vous pour cette foutue idée du tandem car depuis qu’elle a vu nos pastilles votre femme vous tanne pour acheter une « bici doble » et remplacer le foot dominical avec les potes par une promenade en amoureux sur les berges de l’Isère… ?

D.1 : Dams se demande aussi si une descente de police effectuée par des policiers à cheval s’appelle une « descente-montée » ou une « montée-descente » et même si ça a pas de rapport avec les vidéos répondez moi j’en peux plus…

 

Hey-hey… Bon, tout « roule » alors, et pas seulement Buzzz. C’est la famille qui doit être rassurée…

D.2 : La famille… et les amis ! dont certains semblent se soucier de notre devenir avec un instinct maternel attendrissant, tous ‘mousquetaires’ qu’ils sont. De mon côté, le manque est dur à gérer. J’y réfléchis très souvent, pendant les longues heures de pilotage/pédalage, tout particulièrement quand les conditions imposent un « replis autistique » – selon la dénomination qu’en fait Fab, mon plus vieil ami et partenaire de voyage à vélo – ces moments de lutte contre les éléments qui nous privent de communication Delfe et moi, qui nous forcent au mutisme. Chacun seul dans son corps et dans sa tête, avec son effort à gérer. La vie que j’ai laissée derrière moi ne me cause pas de peine ; ces personnes que j’aime tant, si. Quand le voyage nous remet à notre place, à travers l’inconfort, l’épuisement, les galères, ou tout simplement quand je laisse mes pensées divaguer, je revis intérieurement des instants partagés avec ma famille ou mes amis, et ça me fend le cœur. Je me suis fait la réflexion qu’il m’est arrivé dans ma courte existence d’être privé d’eux pendant de très longues périodes, comme par exemple quand je suis parti vivre en Allemagne ; mais jamais d’une manière réunissant les 2 éléments suivants : la nécessité de trouver du réconfort, que le voyage suscite souvent, comme je disais plus tôt, et surtout la conscience de la durée pendant laquelle il me faudra me passer de ces personnages qui font ma vie. Je crois que lors de mon année à Munich j’ai dû voir amis et famille 2 fois, mais au moment de la séparation et jusqu’aux retrouvailles je ne savais jamais pour combien de temps j’allais attendre ; je me disais « oui tel week-end je ferai un saut en France » et puis les circonstances en décidaient autrement. Cette fois-ci je suis parti avec la certitude de ne retrouver tous ces compagnons que dans plus d’un an, peut-être 2. Et ça change tout, dans la tête et dans le cœur.

 

Et pourtant, tu as eu le courage de partir.

D.2 : Je ne veux pas être contrariant, mais le courage n’a rien à faire là dedans. Je me souviens très bien, enfant, m’être cassé une dent le jour où ma grand-mère faisait des lasagnes ; j’ai pas pu y toucher et j’étais complètement dégoûté. Passer à côté de ce voyage m’aurait fait le même effet : tu regardes le plat, ou la planète terre en l’occurrence, en sachant pertinemment que t’y mordras pas. Alors il fallait bien le faire, c’était comme inévitable. La résolution de partir m’était chevillée au corps depuis trop longtemps. Et je n’ai aucun mérite si je suis serein, confiant, et si j’ai de la réussite. Avec la « base arrière » que constitue ma famille, qu’on ne peut imaginer plus fiable et plus aimante, ce cocon qui m’a permis de grandir entouré de tant d’amour, auquel se sont ajoutés avec les ans des amis d’une valeur inestimable, je ne peux qu’avancer l’esprit tranquille. Elle n’est pas en moi, la véritable source de réussite, c’est eux. Par exemple, toutes les Mamans du monde sont pénibles. C’est un fait, je ne le critique ni ne le remets en question, tout au contraire je l’accepte. Savoir qu’un mail de détresse suffirait à faire venir la mienne à mon secours à l’autre bout de la planète quelqu’en soit le coût, ça me rend comme invincible. Le meilleur des filets de sécurité. Je ne devrais pas raconter des trucs comme ça moi, Maman va en profiter pour être encore pire…

 

Et toi Delphine, comment tu vis tout ça ?

D.1 : Aujourd’hui je profite pleinement de ce voyage qui il y a un an en arrière, était une aventure dont je ne me sentais pas capable. Je ne pouvais pas m’imaginer lâcher tout ce que j’avais petit à petit construit. Finalement après une année bien difficile pour monter le projet (jongler entre vie professionnelle et investissement dans Planète.D) je savoure chaque instant ! C’est bien plus facile à faire quand tout va bien, que quand on est dans des galères (dans ces moments on se demande bien ce qu’on est venu chercher et « pu*a$n de me*d#* ! je serais quand même mieux chez moi dans mon canapé confortable avec un bon bouquin ! ») Pour ce qui est du manque, et bien, les amis et la famille bien entendu occupent mes pensées mais chaque jour est une nouvelle aventure et je n’ai pas le temps de m’ennuyer, ni de souffrir de ce manque véritablement. Bien sûr quand j’ai Maman en ‘chat’, j’ai un gros pincement au cœur et je ne peux m’empêcher de me dire que je ne serai pas présente pour les moments importants, comme pour accueillir les nouvelles venues qui arrivent cet été : Morganne et Alaé.

 

Mais vous estimez que le voyage vaut la peine de souffrir ce manque ?

D.2 : « Claro » ! par exemple je me revois installé dans le patio de la maison de Esther Murúa, dans la ville de Dean Fúnes, au nord de la Sierra de Cordoba – je viens de prendre une douche bien chaude et c’est au tour de Delfe. Toute la ville retentit d’une procession catholique en l’honneur de la Vierge Marie. Esther nous a ‘ramassé’ sur la place de la ville le midi même, et toute heureuse de pouvoir parler français – elle est d’origine libanaise et a appris le français – elle nous a invité chez elle à manger des « empanádas ». Au moment que je vous décris, elle est partie à la messe, et nous avons la maison pour nous : une grande maison de type moyen-oriental et colonial à la fois, toute peinte de jaune… Tout ça pour dire que l’hospitalité édifiante que nous rencontrons sur notre route nous permet en quelque sorte de substituer à notre cocon qui nous manque des moments « en famille » avec ces hôtes ponctuels. Et hormis cela, l’aventure quotidienne, les paysages exotiques, les galères, tout ce qui fait le voyage, ça vaut le coup.

 

Question saugrenue : vous avez rencontré des gens connus ?

D.1 : Des célébrités ? pas vraiment, mais on a reconnu certains d’entre vous dans la population locale. Par exemple, Diego, le sosie de Wilfried, des Marches, à Pigüé, dans la pampa ; il travaille aussi pour la télévision locale, comme quoi c’est un sosie bien réussi.

D.2 : Dans le même registre télé, le sosie de ma tata Micky, présentatrice sur le câble d’une émission entre Télé-achat et Reportages (tout un programme), et celui de feu tonton Jean qui tient le musée Rocsen au village de Nono – même charisme, même force de caractère, même tenue irréprochable, avec le petit sourire au coin de l’oeil.

D.1 : Ah oui ! et aussi celui de mon cousin Fabrice qui tient un magasin d’artisanat dans la sierra de Los Comechingones (le sosie, pas mon cousin) : même boucles brunes et même sourire enfantin. On a vu également Francis Raux dans un bouquin d’éducation civique local, une version plus vieille ceci dit, et beaucoup moins dynamique et prolixe – c’était un dessin d’un des premiers gouverneurs de Buenos Aires, la classe, Francis ! Et on a désormais un copain qui tient un bar en Argentine, Manuel, eh bien c’est Pierre « Petit Bichon » dans 15 ans !

D.2 : Et euh… ahem… comment dire… à Villa Larca, dans la province de San Luis, on a euh… hum-hum. On a trouvé le sosie de Beb,  c’était saisissant, mais euh… bon voilà : c’était un chien. Un chien tout petit, tout mignon, tout excité, avec le poil hyper court et des grands yeux bleus, un air tout gentil, enfin un truc de dingue ! je l’ai vu et je me suis dit « sang et cendres c’est Beb en chien ! ». On s’est très bien entendu. Ceci dit je caresse pas autant le véritable Beb…

D.1 : Pour le moment la collection s’arrête là mais on est à l’affût, ça nous amuse. Sur ce, les amis, rendez-vous on ne sait quand ni on ne sait où pour la D.News numéro 6. D’ici là portez-vous bien…

D.2 : … et ne tournez pas le dos aux portes !

 

Quelques chiffres en Argentine

1900 km en tandem

865 km en pick-up et camion

500 km en train

6 asados

5 kg de dulce de leche (dont 4 pour D.2)

Pneu arrière recousu 4 fois

6 heures de couture pour refaire une fermeture à la porte de la tente

5 nuits d’hôtel dont 3 offertes

1 nuit en camping

une quinzaine de nuits chez l’habitant

Budget tout compris : 18 pesos par jour pour tous les 2 (environ 5 euros)

 

Morceaux choisis

« Quand je vois Esther toute contente de vous avoir chez elle, ça me donne une idée : aller me poster à la station-service, sur la route, et attendre que passent des voyageurs à vélo, pour en avoir moi aussi à la maison ! »

Carmen, une amie d’Esther, laquelle nous a hébergé 1 semaine

 

« Mes enfants me charrient parce que je leur ai raconté votre histoire ; ils disent que je me laisse attendrir par tous les jeunes qui passent devant mon magasin [situé à la station de bus, NDDD]. C’est vrai que je vois de tout, des hippies, des punks, des drogués… mais j’ai dit à mes enfants ‘’Non ! vous verriez les 2 français comme ils sont jolis ! ils sont normaux, eux !’’ »

Myrthe, une autre amie d’Esther, par le biais indirect de qui nous nous sommes rencontrés

 

« Et tes amis français, ils sont comme toi ? ils font la vaisselle et la cuisine, ils disent ‘’s’il te plaît’’ et ‘’merci’’ ? … tu pourrais pas nous en envoyer quelques-uns ? »

Nahir, désabusée par le machisme argentin (et intéressée par les petits français)

 

Parlant du vélo « Quel équipement …. D’où venez vous ? Vous faites combien de km par jour ? Mais comment vous faites pour prendre le maté ? »

Un routier rencontré dans une station service

 

S’adressant à D.1  « Quelle belle aventure à 15 ans ! »

Une employée de station service charmante mais pas très physionomiste

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