DNews 17 – Best of Indochine, volume two

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Ho Chi Minh Ville, Viêt-Nam.

 

D.2 : (on aurait dû l’appeler « Worst of Indochine » celle-là…)

 

Qu’est-ce qu’il marmonne lui ?

D.2 : Non rien, ça va c’est bon. J’en suis revenu…

D.1 : En fait notre ressenti au Viêt-Nam est un peu mitigé. Ca a plutôt mal commencé et le temps de s’adapter on s’en va déjà.

D.2 : Après la Thaïlande et le Laos où les services administratifs étaient conciliants, le Viêt-Nam nous a un peu pris de court. J’aurais dû m’en douter tu vas me dire mais tu sais comme je suis naïf, j’imagine tout le temps que les gens sont bons…Séance grandiloquente d’examen de nos passeports à la frontière, officiers aimables comme des portes de prison soviétiques et imbus d’autorité, tout un numéro façon film américain de série B.

D.1 : Tout y était sauf Chuck Norris – les comparaisons interminables entre nos tronches et nos photos, les airs supérieurs et les poses arrogantes des sbires, la signature à faire et refaire sur papier libre…

D.2 : … ce cinéma se répétant 3 fois en 25 mètres, et se soldant par l’attribution d’une autorisation de séjour de 2 semaines alors que nous avions à Vientiane, au Laos, payé une fortune pour un visa de 1 mois. C’est la situation typique des bureaucrates vietnamiens qui prennent un malin plaisir à te montrer comme ils sont puissants, comme ils ont le pouvoir sur toi, comme tu es à leur merci et à travers ce manège c’est l’appareil étatique communiste rigide et autoritaire qui affirme son indépendance du monde occidental.

D.1 : Bref, autant dire que ça s’engageait mal.

 

Les services d’immigration avaient-ils une raison particulière d’être sur les dents ?

D.2 : On l’ignore ça bonhomme. Ceci dit, on était pas les seules cibles, à côté de moi un Mexicain y a passé 20 minutes parce que sa photo ne lui ressemblait pas – les 2 fonctionnaires tenaient un conciliabule mystérieux en désignant tour à tour le malheureux Sud-Américain et sa photo avec des airs de chefs de guerre. Moi le premier militaire m’a fait le coup de décoller ma photo à force d’y chercher des anomalies et de me dire que du coup elle posait problème…

D.1 : Et pour répondre à ta question, on nous a plus tard expliqué que la zone de Lao Bao (poste frontière avec le Laos) était connue pour ses trafics. Admettons. Mais ce genre de confrontation est monnaie courante.

 

Les Vietnamiens ne sont pas tous des petits Mao en tenue militaire pour autant, non?

D.2 : Non, carrément pas – et même, historiquement les Vietnamiens ont plutôt lutté contre le maoïsme, regarde Pol Pot au Cambodge. Et ceux qu’on a rencontrés sont plutôt cools (enfin disons les jeunes), mais après l’épisode Chuck Norris, on était pas mal contrarié, et ça a été l’escalade parce qu’on était pas du tout dans de bonnes dispositions.

D.1 : Ni préparés. On n’a d’abord pas su interpréter ou comprendre le comportement des gens. Par exemple, on passe à la banque, le personnel est froid, discourtois, pas serviable – tu poireautes 15 minutes au guichet sans que personne ne t’accorde un regard alors que plusieurs employés sont disponibles (encore ce sentiment d’être devant une démonstration de pouvoir). Ensuite on va au marché… on pensait connaître un peu les marchés asiatiques depuis un mois et demi qu’on est là, mais au Viêt-Nam on t’agresse, ou disons on t’interpelle de manière agressive, tout le temps.

D.2 : C’est des « Hey YOU! » insistants devant chaque étal, les maraîchères t’attrapent par le bras et limite t’assoient de force pour te vendre quelque chose, les gens te poussent et te tirent sans vergogne. Idem pour les chauffeurs de taxi-vélo, taxis-moto, taxis-tout-et-n’importe-quoi. Et puis dans les auberges, ambiance parano avec la « confiscation » des passeports pendant la durée de ton séjour – une obligation légale.

D.1 : Le dernier hôtel au Laos ils nous ont compté une seule nuit au lieu de deux, nous laissaient la clé et ne nous avaient rien demandé. Le gardien était tout penaud quand on lui a expliqué qu’on était resté 2 nuits et que c’était donc le double. Il aurait sûrement dû payer de sa poche la différence le bougre.

D.2 : Moralité la marche était haute entre Nouvelle Zélande et Asie, mais au sein de l’Asie la marche est haute pour entrer au Viêt-Nam. Ou précisément on a le sentiment d’en avoir loupé une, de marche, et de tomber de haut. On s’est laissé surprendre.

 

Et alors ? une explication ?

D.2 : Bah oui, tout s’explique toujours. Pendant 3 jours on s’est braqué. On comprenait pas les rafales grossières de « hello-hello-hello-hello-what’s-your-name-hello » le long des routes et dans les villages, d’autant que quand on y répondait, les gens s’esclaffaient bruyamment, genre « camion-pouêt-pouêt » tu vois. On était aussi sur les dents à cause du trafic routier, qui de paisible au Laos était devenu complètement, mais alors complètement insensé. Et puis on s’est posé 3 jours à Hué, l’ancienne capitale impériale et on a réfléchi.

D.1 : Et lu un petit peu. Il faut bien comprendre quand dans un pays de taille moyenne, environ 3/5ème de la France, où 85 millions d’habitants s’entassent principalement dans les 2 deltas (Rouge et Mékong) et le long du littoral, les bonnes manières tu oublies vite. C’est chacun pour sa pomme, la bonne blague dans un pays communiste ! Mais finalement, tout se tient. Le Viêt-Nam va trop vite et est trop peuplé pour avoir développé par exemple ce sens du savoir-vivre qu’on appréciait tant chez les Kiwis.

D.2 : Ensuite, on a découvert que les Vietnamiens se marrent tout le temps. C’est leur manière d’être, ils rigolent. Donc tu peux rigoler aussi. Ils nous montrent du doigt en se gondolant, on fait pareil, 1 partout balle au centre et tout le monde se marre. Ils nous poussent sans ménagement, on sort les coudes de même et personne ne s’en offusque. Faut comprendre les règles du jeu. Ca a pas été évident et ça l’est toujours pas, on était presque soulagé de déguerpir sous quinzaine. Mais on est des voyageurs, on peut pas attendre des pays/peuples/cultures qu’ils satisfassent à nos critères inconscients d’Occidentaux, c’est à nous de s’adapter vu qu’on en est les « visiteurs ». C’est juste qu’avec la Nouvelle Zélande on s’était ramolli…

D.1 : Mais finalement, tout a été plus facile à Saigon, ville plus ouverte, plus cosmopolite, et la cerise sur le gâteau ça a été nos retrouvailles avec notre pote Guillaume. Sans compter le plaisir de le voir, il est un super guide et nous a montré le Viêt-Nam dont il est tombé amoureux, un Viêt-Nam fascinant qui fait oublier la rancœur initiale. Conclusion, on a prolongé nos visas… Qui l’aurait cru ?

 

Et alors ça va mieux D.2 ? Fini de ronchonner ?

D.2 : Oui, ça va bien – principalement grâce à Guillaume… Quand je me fais harceler par des motos-taxi je les singe et je réponds en riant que je marche en tapant mes cuisses, ils se marrent et me laissent en paix. Ou si je suis à moto moi-même, ce qui ne les empêche pas de tenter de vendre leur service, je tapote mon casque du doigt en leur faisant des gros yeux… double message : un, je suis pas client, deux je mets mon casque moi. Un exemple parmi d’autres de comment se mettre au diapason et avoir du répondant. Ceci dit ici la marche – ou le vélo – c’est une absurdité réservée aux pauvres et aux fous. Pour 800 mètres on prend la moto. L’Asie séculaire temple de la bicyclette, tu oublies, aujourd’hui klaxon et pétarades. Une pollution…

D.1 : A laquelle on a contribué quand Guillaume nous a prêté sa 2ème moto. On a d’abord marché – Saigon c’est immense, grand comme Paris, et les rares trottoirs qu’on y trouve sont envahis de motos et de bouis-bouis, donc la marche, pas réaliste. On a ensuite pris des motos-taxi – suicidaire. On a fait du tandem, je t’explique pas le stress. Pour finir on a récupéré la vieille moto de Guillaume – une pensée pour Simon et sa bande, le baptême du 2 roues motorisé à Ho Chi Minh c’est des sensations garanties – et on s’est offert le luxe de se déplacer comme des vrais Vietnamiens !

D.2 : En moins fanatiques du klaxon ceci dit, même si on a pris un malin plaisir à se venger les premiers jours (gnarc gnarc gnarc…)

D.1 : Et avec un brin de mauvaise conscience à contribuer à l’enlaidissement général.

 

Oui, tiens, et dans quel état est le pays si 85 millions de personnes se le partagent ?

D.2 : Côté infrastructures, plutôt en bon état. Routes potables si ce n’était pour les débiles du volant qui les parcourent la main continuellement enfoncée sur le klaxon. Le train roule, lentement, mais il roule. Les services hôteliers sont corrects, Internet partout disponible, bon marché et rapide. « Ça le fait » comme disent les jeunes.

D.1 : Pour ce qui concerne les gens, la distinction est nette entre les citadins et les paysans. Ces derniers représentent 70% de la population, ils vivent au jour le jour, gagnant au maximum 60 US $ par mois. Il faut extraire de la terre, justement, en même temps que les 55 autres millions de paysans, de quoi faire vivre la famille. Personne ne meurt de faim, mais c’est dur pour les jeunes qui galèrent pour payer leurs études (l’université est payante). Les habitants des villes, eux ont plus de chance de pouvoir épargner. Obsédés par l’argent, ils ont tous leur petit commerce.

D.2 : Et l’attitude « tourné vers demain » est poussée à l’extrême. Non seulement on ne parle pas du passé mais on préfère l’oublier. Affaire classée. Beaucoup de gêne à son évocation, bien souvent – sauf quelques faits d’armes retentissants comme avoir foutu les Chinois dehors (après 1000 ans d’occupation tout est relatif)..

D.1 : Le bon côté : le pardon. Exemple, les Américains (et leurs dollars) sont très bien accueillis malgré les atrocités perpétrées pendant la guerre.

 

Justement : et la politique dans tout ça ?

D.2 : Ah ! la politique… Eh bien mon sentiment c’est qu’au Viêt-Nam, le progrès social et démocratique est vachement plus rapide dans le discours officiel que dans la réalité. On se souvient de l’époque où la critique du Parti était prohibée – sous peine d’emprisonnement ou de « rééducation ». Officiellement, aujourd’hui on peut exprimer librement son opinion. C’est aussi ce que beaucoup de gens aiment à nous dire. Dans la réalité, la critique doit passer par certaines personnalités, certaines structures, avoir une certaine forme et pour finir être validée par l’Etat (sic !). Et quand tu testes les Vietnamiens eux-mêmes sur leur gouvernement, tu tombes souvent dans l’une ou l’autre de ces 2 catégories, le naïf, et le chauvin…

D.1 : … avec des discours confus ou ambigus.

D.2 : Le naïf, c’est celui qui te dit « oui aujourd’hui les Vietnamiens sont libres, le pays est complètement ouvert, tout va bien, il fait beau les fleurs dans les cheveux youpi tralala ». Crédulité ? mauvaise foi ? honte/fierté face à l’étranger ? Pire ! le Français, incarnation de la démocratie – enfin jusqu’à récemment… Un rapport d’un organisme de surveillance de la démocratie dans le monde, dont bien sûr j’ai oublié le nom, classe le Viêt-Nam, avec le Laos, la Thaïlande et le Cambodge, dans la catégorie « pays non libres » ; dans le même article on fait état l’an passé de l’arrestation d’une personnalité médiatique et de sa condamnation à 5 ans de prison pour délit d’appartenance à un mouvement démocratique récent. On n’abandonne pas des méthodes qui marchent… c’est-à-dire des méthodes qui depuis une 40aine d’années ont été très efficaces pour désintéresser le peuple du monde politique – on le maintient dans sa misère et s’il râle on l’emprisonne, moralité il s’occupe de survivre et il ferme sa gueule. Cqfd.

D.1 : Le chauvin lui s’est battu pour sa liberté, pour le communisme en tant que philosophie, et digère mal l’échec de ce système. Nous ne sommes pas des fourmis ni des abeilles, ça marche pas avec les humains, mais c’est dur quand tu t’es entêté toute ta vie et tes ancêtres avant toi de reconnaître que t’as fait fausse route, que tes héros nationaux se sont trompés. Et enfin, face à l’Occidental, le chauvin sort les griffes si tu critiques le Parti ou le pays.

D.2 : Il y a une version jeune du chauvin (ou une version jeune d’un mélange des 2), c’est celui qui est né après les guerres et au moment de l’ouverture – au compte-gouttes mais réelle – du Viêt-Nam au reste du monde, soit fin des années 80. Il n’a pas souffert de toute cette géopolitique et comme à l’école on lui fait apprendre par cœur des ouvrages entiers de préceptes communistes (véridique) il est un petit peu « formaté rouge » si tu vois ce que je veux dire. C’est parfois édifiant les conversations qu’on a : imagine, exemple purement rhétorique, un Vietnamien qui vient de lire la biographie de Mitterrand et débarque en France, rencontre un étudiant qui lui soutient que « non, l’ancien président n’a jamais eu de maîtresses ni payé leurs logements avec les impôts des contribuables français, les présidents français sont tous irréprochables ». Ca te ferait pas doucement rigoler toi ?

D.1 : Et d’une manière générale la politique est un sujet très délicat. Mais, information encourageante, il semble que le pays avance dans le bon sens, qui sait, un jour, la politique vietnamienne ne sera plus seulement rouge. Le Laos par exemple parle aujourd’hui d’instaurer un régime multipartite.

 

Bon alors… les mœurs, le statut de la femme, l’amour ?

D.1 : T’es emballé toi aujourd’hui, et bien curieux !

D.2 : On s’étendra pas sur le sujet, ceci dit, car il y a de quoi écrire des bouquins (d’ailleurs… euh…)

D.1 : (toi tu nous fous la paix avec ton bouquin)

D.2 : (gloups) Euh… Disons que la société vietnamienne est en apparence très patriarcale et machiste, alors que chacun sait que les femmes tirent les ficelles et tiennent les cordons des bourses, mais pour une mystérieuse raison il est fondamental de maintenir les apparences d’un leadership masculin absolu. On voit donc des femmes glisser discrètement quelques billets à leurs conjoints sous les tables des restaurants pour sauver la face et que ce soit l’homme qui « paye ». Idem, une femme traditionnelle ne conduira pas sa moto avec un homme assis derrière elle – j’en ai fait l’expérience et au bout de 2 Km notre guide vietnamienne a trouvé un prétexte pour que je prenne le guidon.

D.1 : Elles ne sont pas toutes aussi conservatrices, bien sûr.

D.2 : D’une manière générale tous nos propos sont à nuancer, il ne s’agit pas de généralité mais de majorité, et encore une majorité à considérer dans le cadre finalement restreint de notre expérience.

D.1 : On nous a parlé du fait que les hommes traitent assez mal les femmes ici, mais c’est un Occidental qui a témoigné de cela. Ceci dit ses propos sont plutôt corroborés par nos observations de comportements primaires machos, et lui-même a beaucoup d’amies vietnamiennes. Et puis les mariages d’amour sont apparemment une denrée rare dans cette culture où l’on privilégie – traditionnellement, encore une fois – une cellule familiale axée sur le pragmatisme (sécurité, protection) et où les gens sont tentés de choisir un conjoint qui pourra subvenir aux besoins d’une famille plutôt que le grand amour.

D.2 : Tu vas dire mais pourquoi donc fonder une famille dans ces conditions ? pourquoi faire des enfants ? eh bin pour assurer ses vieux jours pardi. Ca paraît très cynique, ici c’est du bon sens. Par opposition à la romance et la passion…

D.1 : Ici il n’y a pas de retraite… alors on compte sur les rejetons.

 

Pfou ! Tout ça ne donne pas très très envie d’aller au Viêt-Nam dites-moi…

D.1 : Et encore on a pas parlé des maltraitances infligées aux animaux, dont on a été témoins et qui sont elles aussi confirmées par des copains Occidentaux expatriés.

D.2 : On t’a dit au début, notre bilan est bien mitigé. Pas 100% négatif, mais à prendre avec des pincettes – ou des baguettes – et certainement pas totalement enthousiaste. Mais encore une fois notre expérience a été courte et malgré un goût pour approfondir notre connaissance des mœurs on ne peut pas prétendre à une connaissance globale ou pertinente. Le Viêt-Nam qu’on a vu c’est pour en finir un bout de campagne anarchique après la frontière, Hué, l’ancienne capitale impériale – et hyper touristique –  et surtout, surtout, Ho Chi Minh. Et à Ho Chi Minh, on a fait toute une ribambelle de merveilleuses rencontres qui contrebalancent heureusement nos expériences négatives.

D.1 : Et en tête de liste, notre ami Guillaume, qui s’est expatrié il y a plusieurs années et qui a vraiment été formidable avec nous, de générosité, de gentillesse, et puis il nous a montré le vrai Viêt-Nam, son Viêt-Nam qu’il aime, qui le fait rire et qui le fait rester depuis si longtemps.

 

Ah ! Alors alors ?

D.2 : Alors les jeunes Vietnamiens ?  Eh bien on aime à croire qu’on a rencontré une fraction de cette jeunesse vietnamienne qui on l’espère sera le renouveau du pays. Des jeunes entre 20 et 30 ans, intelligents, curieux, ouverts, avides d’échanges avec le reste de la planète, qui ont un point de vue modéré et relativisé sur le communisme et leur gouvernement tout en aimant profondément leur pays et en désirant en promouvoir la culture de par le monde. Des personnes accueillantes, drôles, d’une serviabilité et d’une générosité confondantes.

D.1 : Via Couch Surfing, l’une de nos communautés d’internautes qui s’hébergent partout sur Terre, nous avons rencontré Minh, un jeune vietnamien né à Ho Chi Minh, qui nous a littéralement absorbé dans son univers quotidien – soirées entre amis autour d’une guitare et d’une bière, dîners en famille, repas en groupe dans les pubs vietnamiens des quartiers populaires où nous étions les seuls Occidentaux à 10 Km à la ronde, cafés glacés sur le parvis de Notre-Dame, en plein cœur de Saigon, le dimanche matin, au milieu d’une foule d’artistes, étudiants, fous de Vespa, peintres qui ont élu un bout de trottoir comme Q.G. et y devisent de leurs passions, de leurs espoirs, de musique et d’art – bref, une vie débordante de convivialité et de chaleur, des gens simples et bons, comme on aime en rencontrer pour vous dire dans nos D.News que les humains sont chouettes partout !

D.2 : Et en quelques jours, de relation en relation, selon l’adage cher à D.1 « Les amis de mes amis sont mes amis », nous avons découvert, intégré et adopté cette communauté saïgonnaise séduisante et captivante.

 

Donc en définitif tu me dirais « viens au Viêt-Nam » ?

D.2 : Je te dirais « toutes les expériences sont bonnes à prendre. »

D.1 : (surtout si t’as l’argent… cf D.Chiffres)

D.2 : Mais personnellement, je ne retournerai pas au Viêt-Nam. Ca m’a fait en 2 semaines et demi le même effet que la Bolivie en 3 mois – ras le bol de la corruption et de la malhonnêteté de bas étage.

D.1 : Il faudrait que le pays change pas mal pour que D.2 y remette les pieds. Mais peut-être qu’émerge aujourd’hui une nouvelle génération de Vietnamiens – concrètement la première née dans un Viêt-Nam « ouvert » sur l’extérieur – dont l’esprit n’est pas complètement figé par le poids des traditions et du passé, et qui se tourne avec enthousiasme vers le reste du monde. La relève en quelque sorte.

D.2 : Et accessoirement les Vietnamiennes font partie des plus belles femmes du monde…

D.1 : Et accessoirement le Viêt-Nam renferme certains des plus beaux paysages du monde…

 

Chacun son truc hein ?

D.2 : Disons pour ma défense que depuis un an, des paysages stupéfiants on en a vu beaucoup, et on est encore sous le coup de nos 5 mois en Nouvelle Zélande, mais des pays où les femmes ont un tel charme, une telle féminité, un tel pouvoir de séduction, ça faisait longtemps (sans volonté d’offenser quiconque). Et je ne pense pas nécessairement ni exclusivement aux jeunes Vietnamiennes, toujours très sexy et sophistiquées ; je suis plus impressionné par des femmes plus mûres, de 35 à j’imagine 40 ou 50, qui on un charisme remarquable et une beauté, une dignité de reines.

 

Ok, vendu, le Viêt-Nam gardera donc sa place au rang des destinations intéressantes malgré qu’il faille s’attendre à une bonne claque et un gros budget !

D1. : T’as tout compris !

 

 

D.Chiffres

1 € = 21 000 dôngs

666 000 dôngs = trajet en train Hué – Ho Chi Minh ville, en compartiment couchette climatisé

1000 kilomètres = la distance parcourue…

20 heures = …le temps que ça prend ! (pendant les 3 premières heures, le train avait fait 106 kilomètres – alors, ça fait relativiser sur les tracas causés par la SNCF ?)

5 000 à 40 000 dongs = un café glacé, du trottoir de la cathédrale aux bars les plus à la mode (le même café glacé…)

170 US$ = (2 x (60 + 25)) les visas des 2D pour leurs 3 semaines au Vietnam – l’arnaque : le pays le plus cher et le moins agréable…

(N.B. l’extension de visa coûte officiellement 10$ ; il y a donc 15 $ qui partent en fumée corruptrice…)

50 US$ = salaire d’une femme de ménage – à Saigon tous ceux qui touchent un salaire ont une femme de ménage, c’est la solidarité au quotidien.

7 = le nombre de morts par jour sur les routes de Ho Chi Minh Ville – info non vérifiée.

4 interviews = la 1ière journaliste ne nous a pas parlé et s’est « enfuie » quand Delphine lui a demandé si elle avait des questions ; elle a dit à notre ami vietnamien commun que « c’était bon, elle avait écouté notre conversation et que de toutes façons elle enverrait les gens sur notre site web » ; jamais plus eu de nouvelles – le 2nde  journaliste a pris connaissance du projet au moment de l’interview ; à sa décharge, il a été parachuté dessus en tant qu’interprète, étant Américain ; son article dans le Saigon Guide fleurait bon le comité de censure : nos propos mitigés sur les Vietnamiens et leur agressivité transformés en louanges, notre comparaison avec le Laos déformée au désavantage de ce dernier – la 3ème journaliste était obsédée par l’aspect romantique de Planète.D et voulait surtout entendre parler d’amour, de vie de couple ; elle nous a même demandé si nous pensions être « les derniers romantiques du monde »… à quoi Delphine a répondu « j’espère que non ! » – la 4ème entrevue… n’était pas du tout une interview, et la jeune femme au demeurant charmante n’a parlé que du Viêt-Nam, encore du Viêt-Nam et toujours du Viêt-Nam (aucune curiosité quant à nous et notre projet). On est resté un peu perplexe.

 

 

Messages à caractère informatif

Nouvelles vidéos sur le Viêt-Nam et une sur le Laos que D.2, ce couillon, a oublié de mettre en ligne la fois précédente :

è http ://planete.d.videos.free.fr/10-Laos

è http ://planete.d.videos.free.fr/11-Vietnam

Pour ceux et celles qui désirent approfondir d’une manière ludique la découverte de la société vietnamienne – et qui lisent couramment l’anglais – les 2 D recommandent chaudement le blog de leur camarade David, Australien expatrié à Ho Chi Minh et qui les a hébergé un bon moment. Bourré « d’insights » sur le tissu social vietnamien, de réflexions sur les relations humaines, d’autocritique et d’autoévaluation – pertinent de la part d’un Australien expatrié au Viêt-Nam, du style et de l’humour.

è http ://skyrodent.eponym.com/

Pour les curieux, un papier qui remet les pendules à l’heure sur Mitterrand (fiabilité non vérifiée) :

è http ://www.libres.org/francais/annonces/une_2006/010506_mitterrand.htm

Pour les curieux toujours, une lettre adressée au gouvernement Vietnamien… on attend la réponse.

è Lettre au gouvernement Vietnamien

Les 2 D souhaitent un super annif à ‘tit Flo.

 

 

Morceaux Choisis

(y’en a une chiée plus 15 mais dites-vous bien qu’on a fait une sélection…)

 

« Je peux vous emmener boire un café ce soir ?

– Et bien… (D.1 hésitante à cause de l’horaire de décollage du lendemain, 4h30)

– Ca me ferait plaisir ! (notre interlocuteur interprétant autrement notre manque de réaction).

– …

– Je paierai ! Peu m’importe l’argent, j’ai une occasion unique de discuter avec des étrangers et de pratiquer mon anglais. »

– Thua, ou « les Vietnamiens seraient-ils avides de contact avec l’occident ? première partie »

 

[N.B. : discussion entièrement réalisée par gestes, et de notre côté anglais simple mais pas compris du tout en face]

« Votre signature là elle est pas conforme (désignant le passeport de D.1)

– Certes. Parce que là c’est ma signature, vous voyez, et là c’est la signature de la Préfecture de l’Isère. Elles sont différentes. C’est normal.

– …

– Ca c’est moi, et ça c’est la personne qui m’a donné le passeport.

– …

– C’est comme ça sur tous les passeports. Vous voyez c’est écrit là.

– Signez sur une feuille blanche que je vérifie.

– Je signe pour moi ou la Préfecture de l’Isère ? (respire, papy, respire, je blague) »

– Poste frontière de Lao Bao ; quelle est la différence entre un flic ?

 

« Les Vietnamiens préfèrent ranger le passé dans une boîte sur l’étagère. Ils regardent vers l’avenir. »

– Une étudiante vietnamienne, ou la jeunesse vietnamienne en action (et en déni ?)

 

« Demain je vous invite à déjeuner chez moi avec ma famille !

– C’est très gentil. Tu es sûr ?

– Oui-oui, moi je regarde pas à l’économie, ce qui m’intéresse c’est rencontrer des gens comme vous. »

– Dung, ou « les Vietnamiens seraient-ils avides de contact avec l’occident ? deuxième partie »

 

« Aux Etats-Unis il y a trop de démocratie et après les gens ils achètent des armes et font n’importe quoi. »

– Une étudiante vietnamienne un peu confuse, où « l’un des

méfaits méconnus de l’intervention américaine au Viêt-Nam :

les Etats-Unis y seraient devenu le modèle de la démocratie… »

 

« Ah ! mais…, ici si tu n’as pas de femme de ménage tu te fais houspiller par tout le monde, de tes collègues à tes amis ! Parce que ça veut dire que tu prives quelqu’un d’un emploi, que tu refuses de prélever une poignée de dollars de ton salaire pour faire vivre une autre personne. Idem, tu ne peux pas acheter une voiture sans chauffeur. Le Viêt-Nam est un pays de services. Alors bon… J’ai une femme de ménage. »

– Guillaume, expatrié français qui explique le système vietnamien de la solidarité sociale : le commerce de services

 

« HEEEEeyyyyouuuuuveEEUUUuuumotobIIIIiiiike ?

[le bonhomme est complètement rond, il titube au milieu de la route en désignant d’une main tremblante son mototaxi garé là]

– Hey bin mon gars (en français) dans ton état tu espères vraiment attirer des clients ?

– Okmotobikecitadelleonehourcitadelleooooooooookéééééééééé ?

– Allez salut. »

– D.2 et « rouler bourré »

 

« Parler politique au Viêt-Nam, c’est comme piloter sa moto : tout ce qui est derrière toi n’existe plus. »

– Guillaume, Français au Viêt-Nam

 

« Un type que je connaissais s’est fait renverser par un camion qui roulait tous feux éteints la nuit. Mort sur le coup. Ici les routiers croient économiser du carburant en conduisant sans lumière. »

– Man power, le bon sens en action

 

« Très dur payer les études de ma fille, très dur, peut-être tu parles elle, peut-être tu fais quelque chose ? »

– Dung le lendemain soir, ou « les Vietnamiens sont avides de quoi exactement avec l’Occident ? »

[note D2D : Dung et sa famille nous ont accueillis chaleureusement

et nous comprenons à quels extrêmes ou à quels raccourcis la pauvreté

et une structure sociale/politique ultra rigide peuvent amener]

[note 2D2 : ceux qui voudraient connaître les détails et le fin mot de l’histoire

devront attendre la parution de mon bouquin ! à bon entendeur… ]

 

[léger accrochage à moto entre les 2Ds et un couple vietnamien (complètement en tort) ; la jeune femme s’énerve violemment (chose rarissime en Asie) et attache beaucoup plus d’importance à sa moto vaguement cabossée qu’à la jambe ensanglantée de D.2 ; des officiers de police s’approchent ; un attroupement se forme, notre ami Guillaume nous rejoint également, et quand la jeune femme prend à partie les policiers, personne dans l’assistance ne se doute que Guillaume connaît son code de la route et parle vietnamien…]

« [la femme] – C’est qui eux là ? ils parlent quoi ceux-là ? Français ? Faut les faire payer !

[Guillaume] – Oui ils sont Français et je parle vietnamien.

[un policier] – La dame vous propose de payer 300 000 dongs et l’affaire est réglée.

[Guillaume] – Je comprends pourquoi on paierai, vous êtes parfaitement en tort – vous avez brûlé un feu rouge ! mes amis sont passés au vert.

[la femme] – Pas du tout, à Saigon on a le droit de tourner même si le feu est rouge !

[Guillaume] – Vous pouvez tourner à droite mais sûrement pas à gauche en coupant la route à ceux qui arrivent en face. Vous êtes en tort, point. »

(après un moment sur le même registre, les policiers lèvent les yeux au ciel, ainsi que le mari de la furie, et tout le monde s’en va, la furie encore vindicative)

– Les Vietnamiens et leur « famously friendly way », dixit le Saigon Guide

 

« J’ai une amie journaliste et une autre mannequin. La 2ème a participé à une séance de photos de nu – des détails de corps de femmes, de superbes photos très artistiques en noir et blanc. La 1ère a couvert l’événement pour son journal. Le jour de l’ouverture officielle de l’exposition, le gouvernement a barré l’accès à la salle avec des panneaux dénonçant le caractère immoral de la manifestation et l’article a été censuré. »

– David, expatrié Australien

 

« La presse au Viêt-Nam c’est le ‘journal des bonnes nouvelles’ ; j’adore ! c’est trop drôle. Que des louanges auto administrées, des grandes tapes dans le dos, le Viêt-Nam est un pays merveilleux, le monde entier l’envie, merci le Parti de guider le pays vers la gloire et la prospérité… »

– Guillaume, le Viêt-Nam, mieux vaut en rire

 

« Vous reviendrez au Viêt-Nam ?

– Eh bien… (pourvu que non !)

– Si vous revenez, vous viendrez me voir ici à Lao Bao ?

– Oui, si jamais on revient, on passera par Lao Bao pour te voir (comment jouer sur les mots…).

– Parce que moi je serai ici pour toujours, un professeur d’anglais à Lao Bao.

– …

– Et j’attendrai toujours votre visite… »

– Thua, prof d’anglais fataliste (et un peu flippant des fois)

 

« Moi, je ne sortirai plus jamais avec un Vietnamien ! »

– Nguyen, après « avoir goûté à l’Occidental »

 

[après une conversation sur la politique qui nous emmène jusque tard dans la nuit]

« Vivre au Viêt-Nam, c’est vivre dans le tragi-comique permanent. C’est une expérience fantastique, la vie est fantastique ici, mais tragi-comique tout le temps.»

– Guillaume, Français au Viêt-Nam (4 ans déjà…)

 

« Non, personne n’a jamais été persécuté pour sa religion au Viêt-Nam ! Les Vietnamiens ont toujours été libre de choisir leur religion »

– Une étudiante vietnamienne, toujours la même !

(21 ans, est-ce trop jeune pour connaître/admettre

le passé contemporain de son pays ? ou est-ce juste

un problème de bourrage de crâne à l’école… ?)

 

 

[N.B. : suite de la discussion entièrement réalisée par gestes ; le douanier triture la photo de D.2 d’un air suspicieux jusqu’à la décoller un peu, et là, triomphant…]

« Il y a un problème avec votre photo !

– [D.2 soupire intérieurement] (bah forcément, tu viens de la décoller imbécile…)

– Regardez elle est décollée.

– [D.2 reste impassible] (c’est ce que je disais oui)

– …

– [D.2 regarde l’officier de police, sans rien dire ; le passeport étant parfaitement en règle, rien ne sert de réagir]

– …

– …

– Bon ok c’est bon.

[25 mètres plus rebelote]

– Votre photo là elle est décollée.

– Oui c’est votre collègue qui me l’a abîmée.

– …

– Mais ça ne change rien il y a le tampon de l’Etat Français là.

– …

– Donc je suis en règle.

– Ok allez-y.»

– Poste frontière de Lao Bao ; réponse : il ne sait ni lire (Coluche)

 

« Je sais les élections France : moi pour la femme [Ségolène Royal], pas pour Sharkouaze, très en colère Sharkouaze gagne, tout Viêt-Nam très en colère ! »

– Dung, sans commentaire

 

[le narrateur est confronté à un officier des douanes – i.e. un fonctionnaire d’Etat vietnamien – à sa sortie du territoire ; on lui réclame un papier qu’il n’a jamais reçu, faute de quoi il doit retourner à Saigon]

« Here he is telling me, with relish, that without his permission to leave, I am trapped here ; proving to me, yet again, that the Socialist Republic of Viet Nam is independant and powerful and not to be triffled with. »

(« Le voilà me disant, avec délectation, que sans ma permission je suis coincé ici ; me faisant, une fois encore, la démonstration que la République Socialiste du Viêt-Nam est indépendante, puissante, et qu’on ne plaisante pas avec. »)

– extrait de « Off the rails in Phnom Penh », où la succincte définition du comportement obtus et arrogant standard du bureaucrate vietnamien

 

« Ici à Saigon, si tu veux un bon emploi il faut absolument savoir parler anglais. Toutes les entreprises puissantes ici sont étrangères. »

– Ly, ingénieur réseau

 

« Ils devraient envoyer les communistes, comme en 75 : pour mettre fin aux émeutes à Saigon, le gouvernement avait désigné une poignée de personnes comme étant coupables des crimes mettant la ville à feux et à sang : vols, meurtres , viols… Ils les ont faits défiler dans la ville crucifiés et portant des pancartes ‘Je suis un voleur’, ‘je suis un meurtrier’… Et ils les ont exécutés sur la place publique. Le lendemain le calme était revenu dans la ville. De nos jours, quand le gouvernement est confronté à des gangs, il ne procède pas bien différemment : une fois attrapés, les criminels sont fusillés en public et on fait payer la balle aux familles… »

– Binh, Vietnamien, à propos de l’incapacité des Américains à endiguer la violence en Irak

 

« Si le Viêt-Nam ne choisit pas la voie du pluralisme politique, nous allons droit dans le mur. »

– l’ancien premier ministre vietnamien

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