DNews 21 – 29 ans au Tibet

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Lhasa, capitale du Tibet.

Une petite auberge à l’écart du tumulte chinois, dans une ruelle où les mômes jouent au football.

 

Comment ça 29 ans au Tibet ?

D.2 : Bah ouais, nous on a pas passé 7 ans au Tibet mais on y a fêté nos 29 ans.

D.1 : Alors j’aime mieux te dire que Brad Pitt il peut aller se recoiffer.

D.2 : (Hey tu dis rien sur la coiffure à Brad Pitt c’est le modèle pour la mienne…)

D.1 : (Ah pardon…) Se rhabiller ! Tiens. Se rhabiller. Parfaitement.

 

Mais c’est vrai ça, le mois de septembre c’était votre mois anniversaire.

D.2 : Non, le mois de nos anniversaires, notre mois anniversaire c’est novembre.

D.1 : Cette année on a fait original, on s’est offert non pas un mais trois postes de contrôle de la Police Touristique Chinoise. De nuit.

 

Hein ? Kékédit ?

D.1 : Bah ouais, la nuit du 17 au 18, donc la nuit précédant l’anniversaire de Damien, on s’est avalé 50 Km de piste pourrie à la lampe frontale pour entrer illégalement au Tibet et franchir sans encombre les 3 postes de gardes qu’on suspectait à Yanjing (la ville frontière entre le Yunnan et le Tibet).

D.2 : Super souvenir. Vraiment je recommande chaudement. La connerie de l’année. Ok on s’est fait des sensations, on se l’est jouée aventuriers hors la loi, mais franchement, 50 bornes dans le noir après la journée déjà bien pleine, pour finir par s’écrouler au petit matin et dormir 2 heures au bord de la route tout habillé dans le sac de couchage, être réveillé par les ouvriers qui vont au chantier (cette portion de la route 214 c’est 110 Km de chantier de construction infâme) puis repartir grimper le début d’un col à 4600 mètres, c’était idyllique. J’adoooore. L’année prochaine on fait pareil mais avec les pneus à plat et en chantant pour la libération du Tibet. Juste parce qu’on aime le « challenge ».

 

« “Combien qu’il dit?” – Je vous vois froncer les sourcils.

“Je sais bien qu’ils ont un peu la même coupe de cheveux chaotique”, vous pensez, “je sais qu’ils se rasent aussi rarement l’un que l’autre, mais c’était pas Brad Pitt ? et plutôt aux alentours de 7 ans… ?”

En réalité il est plutôt aux alentours de 1 heure du matin, voyez vous. Le 18 septembre 2007.

Et alors?

J’ai 29 ans aujourd’hui. Et qu’est-ce que je fais pour mes 29 ans ? Je m’engraisse à coup de gâteau d’anniversaire entouré de copains et je trinque à ma maturité?

Euh… non.

Pas exactement.

A dire vrai, je suis en train de piloter le tandem en pleine nuit, et en pleine illégalité. Nous devons passer avant l’aube 3 postes de contrôles de la police touristique chinoises qui constituent la « frontière » entre la province du Yunnan et la région autonome du Tibet – enfin… la province du Tibet comme le gouvernement chinois voudrait le faire admettre.

Donc voilà, il est un peu plus de 1 heure du matin et je pénètre en fraude au Tibet, mes yeux pleurant de fatigue et leur mise au point défaillant dans le halo étroit et blafard de ma lampe frontale, sur une foutue piste de merde qui grimpe le long du flanc d’une montagne ; le Mékong est loin en contrebas, et je pédale, sang et cendres ! ce que je pédale fort, pour faire avancer les 90 fichus kilos de notre maison sur roue de tous les diables, et Delfe pousse avec moi, sans un mot qui laisserait échapper un souffle trop précieux, à cette altitude d’environ 2500 mètres quelque part dans l’est de l’Himalaya, et tout ça parce que la Chine a décidé que les voyageurs indépendants étaient exclus de leur « nouveau » terrain de jeu, le Tibet.

Mais qui est-ce que ça arrête, pour finir ?

Pas nous.

Et encore moins à l’occasion de nos 29èmes anniversaires – Oui, Delphine a fêté le sien quelques jours plutôt, dans des conditions tout aussi confortables (bivouac sur une corniche sous la pluie à mi chemin d’un col à 4300 mètres…).

Je suis purement et simplement pétrifié autour du guidon. Mes tendons, mes muscles me font mal, dans les épaules, les bras, le cou. La route n’est que sable, pierres meubles, bosses, poussière, le tout à 10 voir 12% de pente. Tous les 200 mètres, une tente chinoise, des ouvriers ensommeillés, l’ombre des camions bennes, les odeurs mêlées de gasoil et de cuisine. La Chine se construit ici, voyez-vous ? De nouvelles routes flambant neuves pour accueillir les touristes (organisés, c’est à dire ayant payé un permis frauduleux) au Tibet, et en extraire ses innombrables ressources. Mais avant de devenir une route digne de ce nom, le chemin que nous parcourons est et restera, pour encore un bon moment, une rareté de piste pourrie comme j’en ai peu vu (la Bolivie me vient à l’esprit, tiens…). Et il nous faut franchir cette zone dans le noir parce que les gardiens de la police, qui sont des gens très raisonnables, arrêtent les voyageurs autonomes le jour, mais dorment la nuit. Eux.

Ah!

Dormir ?

Uh! Pas pour nous.

Je sens la présence du Mekong, quelques centaines de mètres plus bas. Sa sombre, froide et tonitruante présence. J’entends le rugissement de son courant, tellement plus violent ici, près de la source, qu’il ne l’était au Cambodge ou au Viêt-Nam. A l’opposé, la masse indistincte de la montagne fait contrepoids, et du coin de l’oeil je vois comme un pic dressé vers le ciel. Un ciel dégagé. Constellé d’étoiles. Mais sans lune pour m’aider à distinguer les détails de la piste. Si je ne veux pas balancer le tandem par delà le rebord dans l’abîme, j’ai intérêt à rester bien concentré – les chantiers routiers, oui, un sacré gros chaos, mais rien de tel qu’un parapet de sécurité pour vous maintenir sur la piste…

J’ai 29 ans. 29 ans au Tibet. Alors vous voyez, je ne racontais pas des sornettes – sans vouloir nullement faire de l’ombre à monsieur Pitt. »

D.2

 

 

C’est quoi cette histoire de postes de contrôle… ?

D.1 : Officiellement, le Tibet n’est pas une province chinoise libre d’accès aux étrangers. Les Chinois ont mis en place un système de permis très lucratif : le permis n’est pas cher car le discours officiel est celui de l’ouverture, mais la mafia chinoise (agences de voyages, administration, autorités…) se rince au passage…

D.2 : … et des 150 Yens (15 €) de départ tu passes à 1500 yens au final. Hors de question d’abreuver cette corruption.

D.1 : Et toutes manières c’est réservé aux voyages organisés. Les cyclos-voyageurs, en tant que voyageurs autonomes, ne sont pas les bienvenus au Tibet. Les autorités chinoises n’aiment pas les gens autonomes… (foutu pays communiste !).

 

Et ça s’est fini comment cette nuit de raid… en taule ?

D.2 : Bah non, en fait il y a je pense une paranoïa générale chez les baroudeurs autonomes autour de cette police chinoise, le PSB. On brasse les mêmes témoignages d’expulsions, de mise à l’amende, de prison, depuis 10 ou 20 ans mais l’époque des flics durs est vraisemblablement terminée. Je crois qu’aujourd’hui le PSB est de plus en plus laxiste et faut vraiment le chercher pour se faire attraper – genre squatter dans les villes chinoises, à l’hôtel, se donner en spectacle… On a voulu assurer le coup et passer de nuit les postes de contrôles connus.

D.1 : Ce qui nous a valu quelques départs avant l’aube par sécurité.

D.2 : Mais dans le même temps on s’est trouvé en plein jour confronté à l’armée, la flicaille de base (circulation, contrôle des camions…) et tout ce beau monde est gaga devant le tandem. Sourires, applaudissements, pouces levés… va comprendre Charles.

D.1 : Et la nuit en question s’est finie dans un bout de champ à flanc de montagne avec vu plongeante de 800 mètres sur le Mékong, à comater d’épuisement et à être les phénomènes de foire pour des hordes d’ouvriers chinois qui ont débarqué en toute indiscrétion dans notre bivouac…

 

Et alors les Chinois ?

D.2 : En 3 mots – sympathiques…

D.1 : … généreux…

D.2 : … et grossiers.

 

Mmmmh… ?

D.1 : Ok, en quelques mots de plus… les Chinois sont super enthousiastes, ils nous acclamaient, nous applaudissaient le long des routes, nous nourrissaient lors de nos pauses… et surtout nous prenaient en photos – c’est-à-dire les riches touristes en provenance de l’est. Mais en toute franchise, ce sont des rustres.

D.2 : Des rustres avec le sourire, mais des rustres. Et que je te crache/marche dessus, et que je te bouscule, et que je tripote le tandem à tout va jusqu’à le foutre par terre, absolument aucune discrétion, aucun respect pour nos personnes ou notre matériel, comme si on était de la marchandise. Au premier bivouac tibétain, un jeune gars piétinait notre tente pendant qu’un autre rentrait dedans. Et les nanas autour de la popote, limite à mettre le doigt dans ma soupe… Le premier bourrin qui a foutu le tandem par terre lors d’une pause n’a eu d’autre réaction que « ok-ok ! » en se marrant comme un couillon – toujours cette hantise de perdre la face des Asiatiques. Tous les Chinois braillaient ça sur notre passage… « ok-ok ! ». Bah non pas ok-ok. Tu touches pas à mon vélo. Après cette expérience je me suis mis à distribuer coups de coude et manchettes pour protéger notre tandem. Y’a que ça qui marche…

D.1 : Faut comprendre leur curiosité… on est des extraterrestres ici. 2 blancs sur un tandem avec remorque… le pilote avec une barbe de 2 mois… C’est juste que quand tu manges, avoir 6 personnes qui te fixent du regard la bouche ouverte d’ahurissement à 20 centimètres ça facilite pas le transit…

D.2 : … alors notre politique c’est devenu « œil pour œil dent pour dent ». On se mettait à les fixer sans sourciller, interrompant notre activité, et il s’avère qu’ils ne supportent pas eux mêmes ! Si un touche-à-tout tripotait le tandem on empoignait sa moto en retour. C’est la seule technique valable. Et du coup, comme au Viêt-Nam, rendre la pareille nous a permis de gérer. Et de se faire au défilé incessant. Les Chinois sont sympas pour finir. Vraiment.

D.1 : Et puis on est resté sur l’unique route entre le Yunnan et le Tibet. On parle ni chinois ni tibétain donc pas facile d’endiguer leur curiosité enfantine par le dialogue. Ceci dit les vociférations de Damien en français semblent atteindre leur objectif !

 

Bon, les Chinois, d’accord, mais les Tibétains ?

D.2 : En général plus réservés, et plus respectueux. Plus distants peut-être. Mais le gouvernement chinois fait tellement bien son boulot de « noyade culturelle » – pour ne pas appeler ça un « génocide culturel » – qu’il devient bien mal aisé de distinguer les 2 peuplades.

D.1 : La langue tibétaine disparaît pour laisser place au chinois. Le Tibet est littéralement assailli de Chinois – les volontaires au déménagement sont même subventionnés !

D.2 : Le parcours est semé d’une alternance de nouvelles villes chinoises – allées rectilignes de baraques en béton uniformes, hideuses et glauques mais où on trouve de la bonne bouffe – et de villages tibétains traditionnels – beaux et paisibles mais à la gastronomie vraiment misérable…

D.1 : Et entre les 2, ça et là des campements de nomades, avec leurs toiles de tente, leurs meutes de chiens et leurs yaks. Plus de yaks que de Tibétains bientôt ! Et pas plus facile de communiquer avec les uns que les autres… on est très frustré de cette absence d’échange. On regrette vraiment de ne pas avoir appris la langue tibétaine. On essaye, avec notre lexique (merci Fab) et beaucoup de gestuelle. Avec les enfants ça passe mieux, ils sont plus souples, plus accessibles ; mais la profondeur de la culture tibétaine nous reste inaccessible.

D.2 : Le déferlement touristique chinois et maintenant occidental dans la région est en plus en train de tout foutre en l’air – comme au Pérou il y a 10 ans. Les Chinois distribuent argent, bonbons, stylos en croyant sauver le monde et ils ne font que développer une génération de mendiants.

D.1 : Les gosses te courent après en criant « Tashidelek », ce qui devrait vouloir dire « Bonne fortune », le salut tibétain, mais signifie parfois « cadeau ? argent ? » – uniquement dans les villes touristiques.

D.2 : Mêmes les vieilles Tibétaines, parfois, se « prostituent » au bord des routes, le moulin à prière dans une main et de l’autre elles te font « money money ! ».

D.1 : C’est encore rare, mais ça existe. Ceux qui veulent voir les dernières miettes du Tibet séculaire ont intérêt à se dépêcher…

D.2 : … ou à aller affronter les terribles pistes de l’ouest, là où les touristes ne s’aventurent pas encore.

 

Et tu parlais bouffe… un rapide topo ?

D.2 : Faut reconnaître aux Chinois le gros avantage de leur présence au Tibet… la nourriture. Les Chinois mangent tout comme j’aime, équilibré et en grosses quantités ! plein de légumes, de féculents, d’assaisonnements…

D.1 : Tout comme il aime… écoute-le l’autre. Pas plus tard qu’hier ton assiette de poulet elle a failli de ressortir par le gosier avant même d’être consommée !

D.2 : Mais aussi, c’est déroutant ! Je commande « poulet croustillant » en pensant à du blanc de poulet rôti…

D.1 : … quel naïveté ! On est en Chine…

D.2 : Mais le « croquant » c’était pas la cuisson, c’était les morceaux. Une assiette pleine de bouts de pattes, de becs, d’articulations et de tranches de colonnes vertébrales. C’était pas du poulet c’était Alien 4. Et Sigourney était pas libre… Les Chinois avalent absolument tout, n’importe quelle partie de l’animal, quelque soit son état.

D.1 : Bon c’était une mauvaise expérience – comme souvent la viande c’est risqué. Mais sorti de ça et des infâmes nouilles instantanées pimentées, les plats chinois sont très bons. Beaucoup de petits légumes tout juste saisi, de nouilles et de riz parfumé, d’omelettes…

D.2 : Heureusement pasque pour la gastronomie tibétaine, faudra repasser. Tu sais à 4000 mètres y’a pas grand-chose à se mettre sous la dent. tsampa, bouillon de yak, galette… ni sucre ni sel, la viande plutôt coriace…

D.1 : Le tsampa c’est le porridge des nomades, qu’on leur achète directement dans la tente en peau de yak (quand ils veulent bien qu’on les paye). De la farine de céréale. Mélangée à de l’eau chaude, ou du lait – et nous on rajoute des fruits frais et secs, du riz, du sucre… – c’est potable. Mais sinon, insipide et lassant.

D.2 : Pas marrant tous les jours d’être Tibétain.

 

Dites donc, c’est pas folichon tout ça…

D.2 : Attends, soyons clairs et exhaustifs. On est comme toujours très critique / cynique et amer face à des phénomènes qui pourrissent notre rapport aux populations autochtones.

D.1 : Ensuite en bon Français on est impitoyable quant à la cuisine.

D.2 : Mais traverser le Tibet à vélo, ça reste une expérience incomparable. Inoubliable.

D.1 : D’ailleurs c’est la Mecque des cyclos-voyageurs ! En un mois on en a rencontré une bonne 15aine.

D.2 : Alors que c’est le toit du monde ! Je veux dire, les routes sont en globalité bien meilleures que sur l’Altiplano (du goudron pour une majeure partie et une très judicieuse gestion de la pente par les Chinois malgré des dénivelés de 3000 mètres d’un coup), mais on parle quand même de pédaler entre 4000 et 5000 mètres d’altitude, dans le vent et le froid. Ca n’en décourage pas un.

D.1 : Il faut dire que c’est tellement beau… une carte postale de 1500 Km. Les paysages sont époustouflants : les plus hautes montagnes du monde, des glaciers gigantesques et des sommets à 7000 mètres au détour des cols, des plaines envahies de yaks, de chevaux sauvages, des vallées profondes et couvertes de forêts au fond desquelles grondent des torrents cristallins…

D.2 : Et les Tibétains et Tibétaines sont beaux et belles aussi. Beaucoup gardent un charisme, une prestance, une aura… ils sont authentiques, simples.

D.1 : Les peaux tannées par le soleil et le vent. Les mains abîmées par le labeur, les joues rosies par le froid. Les sourires, toujours. Ca vaut bien la sueur et le souffle court.

D.2 : Et le mal de cul. Vive l’homéoplasmine. Merci Maman…

D.1 : Enfin il y a pire que les cyclos…

 

Comment ça ?

D.1 : La route pour Lhasa est parcourue par des pèlerins, souvent des moines mais parfois des familles entières, qui marchent des mois durant, à raison de 10 ou 15 bornes par jour, en se prosternant face contre terre tous les 10 pas en signe de dévotion.

D.2 : Leur front porte la marque du contact avec le sol, leur chaussures sont matelassées pour survivre au frottement avec le tarmac ou la piste, leur mains sont gantées et de surcroît ornées de calles en bois pour pouvoir se coucher au sol… ça met nos « performances » de cyclistes dans une tout autre perspective.

D.1 : Ce monde de dévotion met un pas devant l’autre vers Lhasa. Ca nous a touché, même si on a du mal à s’identifier à leur action et à comprendre ce que représente véritablement pour eux ce pèlerinage qui pour nous a des airs de calvaire…

D.2 : … comme notre pérégrination en tandem doit prendre des allures de torture pour les touristes… En tous cas, nous le mal de cul nous fait pas atteindre une spiritualité supérieure, je te dis que ça. Mais on s’en porte pas plus mal. Et faute d’illumination, on reste fidèle à nos valeurs, comme le respect de la nature. On transporte notre poubelle sur la remorque, des jours et des jours, quand les routes tibétaines sont jonchées de détritus abandonnés au vent par les riches touristes comme par les pauvres Tibétains.

D.1 : Y’a un accord tacite entre pèlerins et touristes chinois qui veut que contre une bouteille d’eau ou un peu de nourriture on a une photo. Les Chinois mitraillent et distribuent à boire et à manger en retour. Et les pèlerins, tout à l’élévation de leur âme, souillent leur propre pays. Tu vas me dire – je sais bien, je comprends malgré mes grands discours – la priorité des plus pauvres c’est certainement pas l’écologie… C’est un problème de riches, ça l’écologie. C’est l’apothéose de toute une vie pour eux d’aller à Lhasa.

D.1 : Et aujourd’hui on les retrouve devant le Potala, ces pèlerins – ceux qui viennent d’arriver, euphoriques et transcendés, après leurs mois de marche à travers le pays. Le sourire aux lèvres et le moulin à prière dans les mains, ils arpentent le parvis du Potala en psalmodiant.

 

Alors, Lhasa ?

D.2 : Ca, mon gars, c’est pour la prochaine D.News.

D.1 : On vient d’arriver, on a 2000 bornes dans les pattes, pas vu une douche pendant 2 mois et on a pas levé le nez du PC encore. On va partir explorer Lhasa, et on t’en parlera plus tard.

D.2 : Vendu ?

 

Vendu !

 

 

29 ans au Tibet…

 

D.Chiffres

1 yen = 0,1 €

5 yens = la bouteille de Coca de 1,25 L

100 yens = l’entrée au Potala (dans la poche des Chinois bien sûr)

1517 Km = 32 jours de route = le trajet depuis Shangri-La, limite « culturelle » du Tibet, jusqu’à Lhasa

10 = le nombre de cols au dessus de 4000 mètres

4300, 4600, 5000 et 5150 = les altitudes des cols en question…

6 = le nombre de rayons pétés sur notre roue arrière de Nouvelle Zélande jusqu’à un arrêt de 1 jour et demi pour faire passer la jante et tous les rayons avants à l’arrière et vice versa – casse tête garanti on vous assure…

6834 (au moins…) = le nombre de photos moches prises par des touristes chinois de nous (dans les pires situations : depuis l’intérieur du 4×4 fenêtre fermée, à travers la vitrine d’une épicerie, derrière un camion…) – Planète.D sera à l’automne la star d’un nombre incalculable d’albums de photos de vacances chinoises…

270 yens = le prix désopilant de ridicule demandé par un commerce pour une pile de montre qui coûte une 30aine de Yens quelques rues plus loin (beaucoup de Chinois tentent sans scrupule aucun de gonfler les prix pour les Occidentaux…)

5 yens = un énorme bol de soupe de nouilles avec œufs et tomates – dans le Yunnan, le long d’une route pas touristique

15 à 30 yens = le même bol dans un village touristique du Tibet…

5000 yens = le trip en 4×4 de 5 jours au Tibet

60 yens = la chambre double en auberge à Lhasa

1 an et demi qu’on est parti, 10 477 Km au compteur

 

 

Messages à caractère informatif

 

 

 

Morceaux Choisis

 

« Punaise c’est pas une route en construction ça, c’est une route en destruction ! »

– D.2 lassé de piloter le tandem dans le chaos des chantiers routiers chinois

 

« La langue chinoise a plus de mille ans. Il y a longtemps, les Japonais ont copié sur nous le système idéographique. Puis les Chinois ont décidé que c’était vraiment trop compliqué et ils l’ont simplifié. Mais les Japonais ont gardé le vieux système ! »

– Kevin, gérant d’auberge

 

« Ah la laaaa ! Ca m’inspire tellement ce que vous faites, les 2 Ds, ça me motive tellement, que je vais de ce pas travailler sur mes vidéos ! »

– Ken, cyclotouriste et vidéaste américain

 

« Les travaux publics en Chine c’est un tractopelle pour 500 ouvriers armés de pioches. »

– D.2 cynique face à la « DDE » chinoise

 

« On a commencé par rouler 7 mois en Sibérie.

– !!!

– En hiver.

– … ???

– Au début on avait pas de tente. Il faisait -47° la nuit. Alors au bout d’un moment on a pris l’habitude de faire un feu. C’était mieux.

– (attends pince moi je rêve…)

– Mais un jour le nez de Martin a gelé. C’est pourquoi qu’il est tout rouge maintenant. C’est intéressant. »

– Birgit (et Martin) le couple cyclo de l’extrême, nos amis d’Autriche avec qui on a roulé 5 jours. Intéressant.

 

« Vous venez d’où ?

– France.

– Wouaaaah c’est trop cool. Vous êtes parti d’où ?

– De France.

– Wouaaaah c’est trop cool. Ca fait combien de temps ?

– Un an et demi.

– Wouaaaah c’est trop cool. »

– une touriste chinoise très enthousiaste et très… cool

 

« Nous ça fait que 2 mois qu’on roule, on est pas des vieux outdoor comme vous ! »

– Stéphane, cyclo français, pourtant bien parti dans la catégorie « vieux outdoor » ou plutôt « off road »,

avec Charlotte, après leur traversée de la Mongolie et leur redescente de col à 5000 sans piste au Tibet…

 

« La Chine c’est vraiment le royaume de la contrefaçon…

– Ah ! m’en parle pas. Je connais un voyageur, il avait visité une cascade mais oublié son appareil photo. Le lendemain il retourne sur place très tôt pour faire quelques clichés. Les gardes, tous gênés, ont fini par lui expliquer qu’il ne pouvait pas rentrer. Ils avaient coupé l’arrivée d’eau… »

– Mandy, globe-trotteuse

 

« Les flics nous ont attrapés hier. Ils voulaient nous faire payer une amende de 35 € chacun. On a dit qu’on refusait de payer et qu’on exigeait d’aller en prison à la place. Au bout d’un jour ils en ont eu marre. Ils nous ont laissé partir pour 10 € en disant que c’était la plus faible amende de leur carrière. »

– Birgit, le retour…

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