DNews 35 – Les Balkans

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Sarajevo.

 

Alors on enchaîne ?

D.1 : Oui, on enchaîne, on a traversé 2 pays, fin de la Bulgarie, Serbie et Bosnie-Herzegovine, en une semaine c’est du jamais vu !

D.2 : Les conditions sont bonnes, les distances courtes, Buzzz a sa taille de guêpe (10 Kg de moins = 25 Km de plus par jour, on croyait être des tortues mais on était surtout obèse !), le temps d’ensoleillement est long et c’est confortable, les langues locales similaires (notre vocabulaire de base nous sert de partout)… bref, ici le cyclovoyage c’est vraiment facile. Modulo qu’il faut trouver des rivières le soir après avoir roulé par 38° au soleil (au moins) et pis que les mines anti-personnelles serbes sont pas tente-friendly…

D.1 : Ah ! Quel sens de l’humour ! Explosif…

D.2 : (Maman… respire…)

D.1 : Toutes manières c’est que pour les Bosniaques.

D.2 : Les mines.

 

Sympa. Charmant.

D.2 : N’est-ce pas ?

D.1 : Mais c’est pas très exotique, c’est vraiment très proche de ce que l’on peut trouver en France.

D.2 : Ca reste des paysages qu’on apprécie.

D.1 : Et en même temps, il y a des trucs qui ne nous ont pas semblé très clairs. Oui c’est vrai on avait pas révisé avant de venir, mais on savait au moins que plusieurs guerres avaient secoué les Balkans pendant ce dernier siècle, et que les Serbes et les Bosniaques sont censés être frères ennemis. Le siège de Sarajevo – les bombardements – le génocide – les massacres de Srebrenica ne nous étaient pas inconnus. Mais on était un peu confus en franchissant la frontière Serbo-bosniaque de voir des drapeaux aux mêmes couleurs, du rouge-bleu-blanc, mais pas le drapeau bleu et jaune de la Bosnie Herzégovine. Une double écriture latine et cyrillique en Bosnie alors que le Bosniaque s’écrit comme le Croate, c’est-à-dire avec les caractères latins et les accents en plus.

D.2 : Oui, difficile de s’imaginer porter les mêmes couleurs que « l’ennemi ». Et tout a pris sens à notre arrivée à Sarajevo, Faruk notre hôte nous a retracé l’histoire tourmentée et sanglante de son pays, notamment ce qui a été décidé pendant les accords de Dayton (qui ont mis fin à la guerre en 1995) : la Bosnie Herzégovine est composée de « La Fédération de Bosnie et Herzégovine » et de la « République serbe de Bosnie » dite Srpska (non, on ne sait pas le prononcer non plus). C’est cette dernière que nous avons traversée. Bien entendu elle est habitée par une majorité de Serbes. Cqfd.

D.1 : Cette solution bâtarde est la seule qui a pu mettre fin à la guerre, et quand on sait aujourd’hui comment le pays est gouverné, ça donne une idée du foutoir…

D.2 : En effet il y a 3 chefs d’état en Bosnie Herzégovine et ils prennent la direction du pays à tour de rôle, tous les 8 mois je crois. Toute décision cruciale doit être validée par les 3 chefs d’états, qui bien entendu sont rarement sur la même longueur d’onde.

 

Encore une zone fragile politiquement.

D.1 : Encore une zone du monde où les tensions raciales, les différences de religion (les Serbes sont chrétiens orthodoxes et les Bosniaques musulmans), les soifs de conquête ont détruit et tué aveuglément.

D.2 : Oui après l’effondrement de la Yougoslavie, la Slovénie et la Croatie déclarent leur indépendance. Et c’est ce que souhaitent aussi les Bosniaques, mais le plan des Serbes c’est une grande Serbie, et comme la population Serbe en Bosnie est assez importante, ils ne veulent pas lâcher les territoires. L’Armée de l’ex-Yougoslavie est constituée majoritairement de Serbes. Alors ils décident d’employer la manière forte, et d’éliminer les Bosniaques. Et ils assiègent Sarajevo et bombardent sans arrêt. En tuant pas seulement les Bosniaques mais aussi les Serbes qui y habitent. 4 années de siège avec une topographie particulière… Sarajevo c’est comme Grenoble, en taille et en situation. La ville est cernée de montagnes depuis lesquelles les Serbes l’ont pilonnée non stop.

 

Et ça ressemble à quoi, un champ de bataille ?

D.1 : Aujourd’hui plus du tout, la grande majorité de la ville a été reconstruite. Mais il reste tout de même des stigmates de la guerre, des impacts de balle dans les murs des bâtiments, des trous d’obus au sol, de multiples plaques commémoratives…

D.2 : Sarajevo est absolument charmante et fascinante. Se balader dans les rues c’est faire aussi un voyage dans l’histoire. En 1450 environ, la ville est fondée par l’Empire Ottoman – eh oui, sacrés Turcs. 2 siècles après elle devient Austro-hongroise après la défaite des Turcs à Vienne en 1683. Moralité, le centre ville c’est un puzzle surprenant – le long de l’artère piétonne principale, par exemple, on passe sans transition de l’architecture austro-hongroise massive et grandiloquente importée de Vienne à un réseau sombre et délicieux d’échoppes commerçantes et de ruelles étroites comme on s’en délectait à Istanbul.

D.1 : C’est ce que l’on aime en Europe, c’est cette histoire qui est inscrite dans les rues des villes. Un exemple ? Un coin de rue tout simple, un soir de promenade, mais c’est là où l’archiduc François Ferdinand a été assassiné – le déclenchement de la première guerre mondiale. Tu marches dans cette rue, et toute l’histoire étudiée à l’école devient concrète. C’est magique.

D.2 : Et côté bouffe…

D.1 : … ici ils ont gardés le meilleur des 2 empires – burek, kepap, cay et café… turcs !

 

Et maintenant les 2 Ds ?

D.2 : Tout pareil, cap à l’ouest. D’ici 2-3 semaines, après être sorti de Bosnie et avoir traversé un petit bout de Croatie et de Slovénie, on devrait être en Italie, où on va s’offrir Venise si tout va bien et aussi on espère fort faire un chouille de route avec notre amie l’unique et incomparable MiSSS, expatriée aux pays des tagliatelles.

 

Mais du coup vous serez avec nous pour la rentrée ?

D.1 : Oh garçon avec nous faut jurer de rien tu sais… 😉

 

 

 

Messages à caractère informatif

  • On a comme un doute… si on vous dit pas explicitement qu’il y a des nouvelles vidéos / photos vous allez y voir quand même ? Car depuis la Bulgarie, ce sont désormais 3 nouvelles vidéos sur l’Europe qui sont en ligne.
  • Pour plus d’info sur Sarajevo et les Balkans http://fr.wikipedia.org/wiki/Sarajevo
  • En parlant de Wikipedia, Delfe a désormais son surnom marin qu’on recherchait depuis un moment…

http://en.wikipedia.org/wiki/List_of_Finding_Nemo_characters#Dory et elle le mérite, c’est D2 qui vous le dit…

 

 

D.Chiffres

12 ans pour avoir une voiture sous le régime « socialiste » de Bulgarie

20 ans pour avoir un appartement…  à commander à la naissance du fils pour qu’il l’ait à sa majorité !

0 Mac Donald à Sarajevo – D’après Faruk c’est parce qu’à Sarajevo on y mange les meilleurs Cevapcici

360 obus lancés par jour en moyenne sur Sarajevo pendant la guerre.

33° à l’ombre

8 jours de route de Sofia à Sarajevo.

62 Km/h – record de descente en Bosnie.

640 Kms depuis Sofia soit 80 Km par jour en moyenne, quand jusqu’à Istanbul on en faisait 60…

 

 

Morceaux choisis

 

« Quand la télé a diffusé les images du premier bombardement de Sarajevo, et les 24 morts, mes parents et moi on a été tant choqué qu’on a rien pu avaler pendant 3 jours. 2 ans après un obus a fait sauter le marché central et tué plus de 100 personnes, et je me souviens parfaitement qu’on était à table le soir, et que l’appétit ne nous manquait pas malgré le carnage. Je pense que l’être humain peut s’adapter à tout, survivre à tout. »

– Faruk, animateur à la télé bosniaque et notre hôte à Sarajevo

 

« Ma maman a regardé la vidéo que vous avez réalisée sur Sofia. Elle a été très impressionnée, elle ne pensait pas qu’on pouvait dire autant sans mots. »

– Icho, notre hôte à Sofia

 

« Pendant les 1ers temps de la guerre, on était tous fous d’angoisse. Chaque carrefour c’était la mort potentielle, parce que depuis les collines environnantes les tireurs d’élite Serbes veillaient… et puis au bout d’un moment, et malgré les morts, tu deviens dingue à avoir peur tout le temps, alors tu finis par vouloir dire à l’ennemi d’aller se faire foutre ! On a commencé à faire des concours, des blagues stupides dans les rues : c’était à qui traverserait un carrefour exposé le plus lentement, le plus nonchalamment. On s’amassait en groupe aux coins des rues, on rigolait nerveusement comme des couillons en regardant les copains jouer avec leur vie au milieu de la route. Je l’ai fait, on l’a tous fait. Certains en sont morts. Mais que veux tu ? On en pouvait plus du siège, de la peur…Marre de survivre, on voulait vivre ! »

– Faruk, le sens de l’humour bosniaque à l’épreuve des balles…

 

« Mes parents étaient déjà à la retraite avant la guerre. En tant que pensionnaires ils ont reçu pendant le conflit un œuf chacun. Ca faisait partie du rationnement. On était comme des imbéciles à pas savoir quoi faire de ce trésor – penses-tu ! 2 œufs… c’était devenu introuvable. Mes parents ont décidé de les garder pour une fête, un anniversaire ou je ne sais plus quoi qui devait avoir lieu quelques semaines après. La ville était assiégée, pas d’électricité, pas d’eau…pas de frigo ! Alors forcément le jour de la fête, les œufs ils étaient tous pourris. »

– Faruk, encore et toujours

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