DNews Michel Leeb

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Je pourrais vous parler ce mois-ci de ma tournée des maisons de retraite parisienne, dans lesquelles j’ai brillé… 
… par ma fièvre, toussé dans le micro mes microbes grippaux, et donné généralement une prestation significativement inférieure à celle de mon auditoire pourtant majoritairement grabataire, dans certains cas cliniquement trépassé, ou, pour les plus en forme, valide mais complètement perché (« pardon monsieur, je ne sais pas où garer mon véhicule », « très bien cette conférence sur l’Islam », « et les lépreux, vous n’avez pas fait les lépreux ? – ah non pas encore ! », etc) mais non, j’ai décidé de parler de ce que nos confrères toulousains appellent une poche. Sinon, il me faudrait vous narrer aussi comment ma sono a failli exploser, et le record -battu- de nombre de siestes par jour dans le camion, ou ma traversée épique de Paris à tandem, sous la pluie battante, de nuit, poursuivi par des gargouilles (la fièvre je te dis).
Pour de vraies infos, allez plus bas par là : *** 

« Pas de sac svp ! »
Regard perplexe. C’est qu’on commence à avoir l’habitude de ce genre d’attitude, mais on se demande toujours où il va les fourrer, ses victuailles.
« Vous faites pas de mouron », je dis, « je donne tout à ma fille. »
Sa fille ? me dit le sourcil levé de la maraîchère.
Je me retourne.
« Ca va ma Lirio ? »
Oui, dodeline une petite tête avec deux couettes et barbouillée de jus.
Ma Lirio est assise par terre au milieu du marché de l’Estacade, à quelques mètres. Elle a tendu et écarté ses petites jambes toniques, posé au milieu une barquette de framboises (réclamée à corps et à cri) et… comment dire… Elle se goinfre de fruits des bois. Punaise, le pull-over propre… Dans la famille, les vêtements impeccables ne sont qu’un fantasme : le père passe la moitié de son temps à bricoler un vélo ou un autre quand ce n’est pas le fourgon, et l’autre moitié il est maladroit, et puis les chamailleries avec une enfant de 3 ans ça ne rime pas avec immaculée.
Lirio est donc dans l’oeil du cyclone du marché, armée de 500 grammes de framboises qui fondent comme neige au soleil.
De temps en temps, pour la forme, elle se lève, regarde droit devant elle et appelle « Papa mon Papa ? »
D’un étal pas loin je réponds, en payant un brocoli ou un pané, « Oui ma Lili ? »
Et elle se rassoit, sereine.
La maraîchère sourit, sous le charme. Forcément. Tu connais ma fille ?
« Mais c’est quand même pas la petite qui va porter tout ça ? »
Hey-hey, non pas tout à fait.
« Pour être précis, c’est sa remorque. Voyez ? »
La Citrouille de Lirio est garée à côté, avec mon vélo.
Qu’il pleuve, vente, bruine, crachote, je m’en cogne. Je prends mon vélo.
Je.
Prends.
Mon.
Vélo.
Lirio n’est pas en sucre, loin s’en faut. Je suis plus douillet, mais très têtu.
Je remplis la remorque de provisions végétales locales. Il y en a partout, le coffre ras-la-gueule, et tout autour de ma fille. Ses petites épaules se tiennent bien droites entre une pile d’oranges et des melons, sous ses jambes j’entasse du pain, des pommes, des tomates qu’elle va croquer et me laisser dégoulinantes et entamées – ah ! la première bouchée d’une tomate… Elle n’oublie pas pour autant de me guider : « C’est pas par là Papa la maison, là c’est pour aller au parc de la corde. » Autant pour moi.
Aujourd’hui, cerise sur le gâteau, je dispose sur ses genoux du raisin et des oeufs.
« Ca va ma belle ?
– Oui Papa »
Sourire cupidonesque.
Voyons, me manque-t-il qque chose ? Non, j’ai ma fille, le monde peut disparaître.
Peut-être de l’ail et du basilic. Quand même.
« Non, pas de sac plastique. »
C’est rien du tout, un sac plastique. Presque rien du tout. Mais c’est le genre de presque-rien-du-tout que je multiplie toujours, malgré moi, dans ma petite caboche, par 6 milliards.
Comme les steaks, les douches, les pleins de gasoil, vous le savez, je vous enquiquine suffisamment avec ça, je ne prétends pas être irréprochable, oh ! non, mais je fais des efforts.
« Le jeune homme ne veut pas de sacs plastiques, je crois… » Elle, elle me connaît. Elle le glisse à son mari.
Le jeune homme croit que le meilleur bulletin de vote, c’est son porte-monnaie, et que le meilleur porte-parole politique, c’est son attitude.
*** En novembre, je n’aurai donc pas de sac plastique…

>>> à Fléac le 15 dans la grande salle du Château à 20h (Le Grand Détour 3 nouvelle version)

>>> à Chef-Boutonne le 16 à la médiathèque à 20h30 (No Man Iceland nouvelle version)

>>> à La Rochelle le 17 au festival du film d’aventure – espace Encan, l’après-midi (cf programme festival, No Man Iceland nouvelle version)

>>> à Niort le 19 au lycée St André (amphithéâtre) à 20h (No Man Iceland nouvelle version)

>>> à St Maixent l’Ecole le 20 à l’espace Agapit à 20h30 (No Man Iceland nouvelle version)
Par contre si tu veux des sacs plastiques, au marché il y a un vieux bonhomme dégoûtant qui vend des champignons et des légumes verts le clope au bec.
La cendre est gratuite, les glaires aussi.
Quand il est derrière son stand, il vocifère des inepties, crache, éructe, pète – un vrai feu d’artifice grassouillant et gazouillant.
Mais la plupart du temps, il est au bar et ses voisins maraîchers vendent pour lui (ils ont pitié ou ils sont solidaires, c’est selon)…
Lui, si tu lui dis « pas de sac plastique », il te regarde d’un oeil mi-torve mi-bovin (torvin les jours pairs, borve les jours impairs), et plisse les yeux en signe de profonde réflexion. Pendant ce temps, un filet de morve dégouline de sa narine frémissante sur sa lippe charnue et velue qui tremble dès 8h sous l’effet du pastis. Le temps s’épaissit comme la taille du gredin et tu te demandes s’il a entendu. Tu te racles la gorge, autant dans l’anticipation d’un rappel que parce que ses glaires à lui te donne envie de le faire.
C’est alors que dans un ébrouement canin, il reprend le fil de ses esprits – et le temps de son cours – et te fourre ses légumes dans un sac plastique de ses doigts crasseux et jaunis par la nicotine.
Les légumes, c’est bon pour la santé.
Bon, vaut mieux les laver quand même…
Pour finir sur une note réjouissante, j’ai éclaté un pneu avec James.
Et c’est là que le métier de vidéaste prend tout son sens…
Car mon cric est trop court (prononcer cri’ et je ne me demande plus pourquoi tant j’ai gueulé après ce foutu machin érectile à la téléscopie trop modeste, la prochaine fois que je reçois un email « enlarge your penis » je leur demande si ça marche pour l’outillage automobile).
Donc j’ai dû rehausser le-dit cri’ au moyen de mon trépied.
On arrête pas le progrès…
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