JEÛNE, témoignage [3]

Alors que mon film LA MARCHE SANS FAIM connaît un démarrage très positif, pour mon plus grand bonheur et celui de mon partenaire de choc, protagoniste et ami Florian, je publie par épisode le récit de ma première expérience du jeûne. Il y aura eu un avant et un après jeûne dans ma vie comme il y aura eu un avant et un après LA MARCHE SANS FAIM

Damien Artero

Jour 5 : digestif

Parmi les menus ajustements que semble mettre en place mon corps, il y a l’odeur. Dès le second jour de jeûne, je l’ai senti, c’est le cas de le dire, ma sudation s’était modifiée. Rien de foncièrement désagréable, mais une alacrité à peine plus poussée, et très prompte – à peine la marche entamée ou un escalier grimpé que ma peau, déjà, exsudait ce fleuret animal.


« Nous devons ménager tous nos émonctoires », nous a défendu Nicola dès le départ. « Les reins, par exemple, avec une bouillotte ; la peau, avec du brossage à sec ; le foie également qui va être grandement sollicité. Tous nos organes d’élimination vont être mis à contribution. Cela va de paire avec les petits désagréments que vous pouvez observer »
Autour de la table, les commentaires vont d’ailleurs bon train.
« J’ai eu une de ces migraines les quatre premiers jours…
– Ah oui ? Mais tu bois beaucoup de café en temps normal ?
– Plein, j’adore.
– C’est peut-être le sevrage du café alors… »

Nicola a participé à la genèse du projet LA MARCHE SANS FAIM


Alignées comme autant de petits soldats, des bouteilles de jus de légumes lacto-fermenté sont notre unique pitance, à consommer avec modération, que dis-je ! parcimonie : dilué à raison d’un fond dans un grand bol d’eau. Le jus de choucroute, dont Sarah et moi raffolons, est une découverte pour beaucoup. Le Quinton également – cette eau de mer puisée profond dans des zones pures et qui ressemble tant au plasma humain que l’on peut s’en transfuser. Allongée à l’eau plate, elle a un goût légèrement salé et minéral, délicieux pour tout dire.


« Tu arrives à t’endormir le soir toi ? Moi je peine comme un soudard pour trouver le sommeil.
– Moi aussi tu sais, mais en revanche les siestes de l’après-midi sont carrément plantureuses ! »
Je glousse.
« Tu ne crois pas si bien dire…
– Damien… »


Sarah fait mine de me tancer du regard. Les jeûneurs ne relèvent pas l’allusion.
« J’ai observé, oui. C’est l’effet randonnée.
– Oui enfin l’effet randonnée c’est aussi que j’ai mal aux cuisses, moi maintenant.
– Tu penses à t’étirer ?
– J’y pense, mais le faire c’est autre chose. Je me sens lourde, vidée, je n’ai d’énergie pour rien. Ou très peu.
– Je te rejoins ; pas évident de ménager l’énergie, ou l’envie, de s’étirer. Pourtant c’est essentiel, pour moi à tout le moins. Après avoir couru, j’ai toujours besoin de m’attendrir la couenne !
– Tu es allé courir encore ce matin Damien ?
– Oui… et hier. Pas longtemps, vraiment très modérément, mais ça m’appelait. Et c’était très agréable. Toujours cette vague sensation d’être limité, ralenti un peu aussi, mais pas de méforme à proprement parler.
– Tu fais bien attention, hein Damien ? pas d’effort explosif, pas de sprint, pas de coup de bourre. L’endurance profonde et douce, oui, mais c’est tout.
– Oui Nicola, je suis prudent. Je me sonde, je suis aux aguets. Mais vraiment, chaque jour je me sens plus normal que la veille. Modulo la sensation diffuse que je ne peux pas dépasser une limite assez proche – comme tu dis : pas d’excitation, pas de tour de force. Mais je crois vraiment que pour moi, ça va bien ! »


Nicola, notre guide, est intervenue toute la semaine durant, régulièrement, auprès de l’assemblée constituante de ses jeûneurs, pour mettre des mots tout simples sur les sensations déroutantes des uns et des autres, avec une douceur réjouie et force pédagogie. Il faut boire abondamment, nous rappelait-elle, se ménager, accepter la pesanteur et la mollesse et ne pas craindre que l’énergie soit rationnée, fournir le cas échéant quelques menus coups de pouce – hydrolat de miel, huile essentielle… et garder en tête, comme le marathonien vise la ligne d’arrivée ou le randonneur à ski le sommet, l’objectif plus large, global, qui nécessite de raccourcir la foulée.

Mais aujourd’hui, nous pouvons envisager la reprise alimentaire de demain, nous autoriser à y penser, et pour faire un pas dans cette égayante direction, voilà qu’on nous propose un petit atelier sur les subtilités de ce retour à une alimentation convenable.


Progressivité sera le maître-mot.


De la même façon que nous nous sommes préparés à venir jeûner – en diminuant petit à petit le bol alimentaire, en excluant les uns après les autres des aliments non physiologiques (pour ceux qui en consomment encore…), afin d’annoncer à notre organisme la privation totale à venir, nous allons devoir le redémarrer en douceur. Sous peine d’inconforts peut-être plus prégnants encore que ceux énumérés jusqu’ici. C’est que, sous l’effet du jeûne, notre intestin, par exemple, s’est peu à peu rendu étanche, plongé dans une certaine léthargie et il est tout à fait exclu de le bombarder soudainement d’aliments complexes. Le jeûne c’est aussi l’apprentissage d’un respect profond pour notre organisme, le respect que l’on doit à chaque chose délicate de l’univers, le respect que l’on doit, somme toute, je crois, à la vie.


En clair, nos entrailles on oublié comment digérer – comme si nos yeux, fermés trop longtemps, avaient oublié comment voir. Il va falloir reprendre de zéro. Cligner des paupières et s’armer de tempérance.


« Un jeûne d’une semaine en prend au moins trois », explique Sarah aux curieux.

Sarah juhasz est ingénieure en génie biologique, naturopathe, accompagnatrice jeûne et randonnée et elle anime le blog pimp me green consacré à la santé holistique et l’alimentation vivante. Mais sa plus grande qualité à mes yeux est d’être mon amoureuse…

Il faudra donc en déduire que le jeûne de 14 jours effectué par Florian Gomet pour le projet LA MARCHE SANS FAIM aura en réalité comptabilisé 4 semaines, en incluant une semaine de préparation et descente alimentaire puis l’expédition et enfin la reprise…

« 5 semaines, en fait », me dis-je avec malice, car la première étape, pour Florian, aura été de se régaler de purée de cacahuètes afin de s’empâter un peu en prévision des dépenses énergétiques importantes et du froid…

En Bref
La Marche Sans Faim est le pari incroyable mais très réfléchi de Florian Gomet, auteur, grand voyageur, hygiéniste et sportif accompli. Florian part marcher en autonomie 360 kilomètres à travers les Mt Mackenzie, au Canada, sur la Canol Trail, un des treks les plus reculés au monde, et ce sans manger. Il veut montrer les aptitudes naturelles inouïes du corps humain et tourner l’aventure, et l’exploration, vers l’infini de l’intérieur. Adepte du minimalisme, Florian part sans réel équipement de montagne et marche en sandales, voire pieds nus : ce n’est pas de l’inconscience mais l’aspiration d’aller à l’essentiel. Il prend le pari que ses besoins vitaux peuvent être satisfaits, pour la plupart, sans artifice ni outil, par la force de l’esprit, son harmonie avec le corps et la rigueur dans la préparation ce dernier.

https://tinyurl.com/lmsf-lefilm


« Vous pouvez vous représenter votre reprise alimentaire comme la diversification d’un nouveau-né », poursuit Sarah, « il va falloir réintroduire les aliments par ordre croissante de complexité, un par un, en douceur et en modération. »


Un véritable défi de patience… mais qui prodiguera son lot de grandes satisfactions, car nous repartons avec un précieux cadeau : une connexion neuve et rétablie avec notre être de chair.

MES STATS PENDANT LA SEMAINE
(poids de forme : 63 kilos depuis mes 20 ans)
poids : 63 / 60 / 59,9 / 59,9 / 60,1
tension : 12,6 / 12,1 / 10,6 / 11,5 / 10,9 / 11,7
heures marchées-courues: 3-0 / 2h30-0 / 0-1 / 3-1 / 3-1 / 2-0

[épisode 2 /// épisode 4]

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