La solitude du parent crudi-végé

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Vous m’écrivez régulièrement, pour partager ce qui ressemble pas mal à une détresse : votre vœu de changer d’alimentation, et de vie, déclenche beaucoup de troubles dans votre cercle familial et social. Oui, je connais par cœur… En particulier, une jeune maman me demande :

« J’ai un petit garçon de 4 ans que je souhaite amener vers le cru mais il n’est pas très fan de fruits et légumes et il mange beaucoup de cochonneries… j’ai supprimé toutes les sucreries auxquelles il était habitué et lui fait manger des fruits par des smoothies vu qu’il ne veut pas les manger d’autres manières. Mais le petit se lasse, a faim et perd du poids. Je ne sais pas comment gérer la situation, d’autant plus que je suis séparée du papa qui ne pratique pas l’alimentation vivante. Veux-tu bien partager ton expérience Damien ? »

C’est délicat de répondre, on me « confond » un peu avec Irène et je ne suis pas naturopathe.

Mais je comprends bien la situation, je crois. Je suis séparé de la maman de mes petites, qui ne pratique pas la même alimentation ; je tâche de garder un cap cohérent tout en étant souple et dans le dialogue avec mes filles comme leur maman. Je discute tout le temps avec mes enfants pour trouver les crudités qu’elles aiment, inventer ou expérimenter de nouvelles recettes (qu’elles peuvent choisir dans des livres, c’est ludique) et je fais des écarts pour ne pas les rendre folles et me les aliéner non plus (patates sautées par ci, nouilles de riz par là, omelettes, mayonnaise maison…) mais je tâche de juguler néanmoins la propension aux « petits écarts » : si ça devient une norme de faire des écarts, je perds tout le sens comme les bienfaits de la démarche.

Et en « société », je leur explique ce que je pense de la nourriture mais je leur fais confiance pour se réguler un peu d’elles-mêmes et comme moi-même je suis gourmand et suis capable de dévaliser un paquet de chips, je ne veux pas leur demander plus qu’à moi-même. Si un petit perd du poids, peut-être faut-il viser des fruits secs ? oléagineux ? dattes, figues ? et l’avocat, ou la banane ? en glace ? gras, nourrissant et savoureux ? Regarder les recettes de Marion Eberschweiler, simples et gourmandes, publiées par le Chou Brave. En plus les images font généralement envie aux petits. Varier les smoothies, les faire glacés, frappés, acheter des accessoires pour faire des glaces-bâtonnets – j’ai aussi des cônes sans gluten qui font fureur auprès des mômes, bref il y a des astuces, et sincèrement je n’hésite pas trop à transgresser : une purée de patates vapeur mixées avec des graines germées (crues et fraîches), de l’huile de lin, des algues, qui leur arrache des « Miam !  » enthousiastes, pour moi c’est une demi-victoire plutôt qu’un demi-échec ; je fais de la mayonnaise maison et glisse dedans du curcuma, de la levure de bière, des algues ; je fais des glaces de fruits congelés maison et y ajoute de la crème ou de l’huile de coco, du lithothamnium (algue en poudre, blanche, 60 % de calcium) ; bref, à mon sens tous les coups sont permis !

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Mon objectif est qu’à chaque repas au moins un élément fasse pousser des youpis chez les petites, et je fais du renforcement positif : nous faisons la liste des choses qu’on a mangé qui nous ont fait plaisir ; on essaye aussi de se concentrer sur le ressenti comparé (je mange une pêche, ça fait quoi dans ma bouche et dans mon corps ? je mange du pain, ça fait quoi dans ma bouche et dans mon corps ?). Et je l’avoue, je fournis des informations assez transparentes à mes filles : comment on fabrique les bonbons, la viande, l’impact sur les organes ou les maladies de tel et tel aliment – on me reproche parfois cette méthode, mais je crois que sans aller au traumatisme, je dois l’honnêteté à mes enfants. J’ai découvert l’envers du décor moi-même avec stupeur et je ne cautionne guère le fait de consommer à l’aveugle sous prétexte que l’économie, les habitudes, la norme…

Ce qui me semble très clair, c’est que l’instinct est quasi infaillible : mes enfants de 3,5 ans et 7 ans savent très exactement différencier un aliment sain d’une cochonnerie – personne n’est vraiment dupe. Mais la gourmandise pour, et l’attrait des « cochonneries », demeure. Donc je tâche d’éveiller leur conscience sans les contraindre trop (de toutes façons, leur rébellion m’éclaterait au visage tôt ou tard). Il reste qu’elles ont l’habitude du cru-végétal depuis leur naissance et qu’elles le pratiquent beaucoup avec moi. Ce sont des petites agréables et faciles à vivre, j’en suis conscient !

Je sais que c’est dur, je compatis, je vis pareil. Bon courage !

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One thought on “La solitude du parent crudi-végé

  1. Juste, tu dis juste…
    je ne te raconte pas la dure épopée d’une mamie crudie dont le fils lui reproche « d’encore empoisonner sa fille » quand je réhydrate des tranches de mangue alors que ses placards sont remplis de bonbons fluo, pour le « bonheur » de sa petite !!
    Pourtant, elle a été si heureuse de partager cette belle expérience du cru durant son séjour d’été chez moi :-))))
    Bon vivre à toi et à tes chéries, tu tiens le bon bout !
    France

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