[LMSF] Des nouvelles du jeûneur, marcheur & hygiéniste (3)

Florian Gomet, hygiéniste, sportif, grand voyageur et bûcheron, est dans une phase de préparation physique intense : fin juillet, il entamera une marche de 360 km sans manger à travers les monts Mackenzie, au Canada. Il espère même poursuivre le long des 240 kilomètres de la Canol Road, qui prolonge la trail au Yukon. Comme son encadrement au jeûne est en parti assuré par Sarah, ma compagne, et que je suis le réalisateur du film à venir sur son projet, nous avons un contact permanent et je suis de près les actualités de notre poulain.

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D. J’aimerais qu’on s’exprime, si tu veux bien, sur la solitude. Parmi notre public, certain(e)s s’interrogent : pourquoi chercher, manifestement, la solitude ? Je crois qu’il est bon d’expliquer qu’apprécier la solitude, à des doses propres à chacun(e), ce n’est pas « désaimer » les autres mais s’aimer pleinement soi.

F. Oui. Pour moi, la solitude est une tendresse envers soi-même. Une acceptation pleine et entière de soi. C’est un espace de sécurité où je me ressource. Ce n’est pas pour autant que je fuis la société mais je ressens périodiquement le besoin de prendre mes distances pour me retrouver avec moi-même et faire le point. Les expéditions en milieu reculé sont des moments privilégiés pour ça.

D. C’est une valeur presque réactionnaire, dans une société contemporaine où on nous condamne facilement pour égoïsme dès qu’on assume de s’occuper de soi. Tu l’assumes, toi ?

F. Je l’assume dans la mesure où s’occuper de soi (dans le sens profond de l’expression) est un travail de longue haleine qui doit nous amener à devenir de meilleurs êtres humains. Nous vivons tous caché derrière un masque qui nous gâche la vie en nous privant de notre authenticité. Osons être différent !

D. Et donc, l’hygiénisme, c’est finalement dans la droite ligne de cette approche humaniste de soi. Tu dirais quoi, que ton hygiénisme, c’est l’ensemble des méthodes par lesquelles tu prends soin de toi et tu parviens à être pleinement toi ?

F. On peut le voir comme cela. Je vis mes exercices quotidiens parfois barbares comme autant d’expériences qui me guident chaque fois un peu plus loin dans des états de conscience qui m’apportent la paix, la lucidité et la joie. Que du bonheur en définitive ! Le principe de l’hygiénisme auquel je m’adonne consiste à recréer artificiellement l’environnement qui prévalait à l’aube de l’humanité (environnement qui a forgé le corps humain par le biais des adaptations). C’est à dire, à se soumettre au froid, à la faim et à la fatigue. Nous exploitons alors pleinement notre potentiel et la santé en découle naturellement. Cet aspect préventif est essentiel dans la lutte contre les maladies. D’ailleurs, d’après certains spécialistes, 75% des maladies seraient facilement évitables en adoptant une bonne hygiène de vie.

D. Tu as des références bibliographiques sur ce thème ?

F. « Une histoire du corps humain », de Daniel L. Lieberman. Il est anthropologue à Harvard. Également, « Tout ce qui ne nous tue pas », un essai écrit par un journaliste américain diplômé d’anthropologie appelé Scott Carney, et basé sur la méthode Wim Hof.

D. Le Danois ?

F. Non, il est Hollandais. Wim Hof est un expert du survivalisme et des techniques de résistance au froid, aux extrêmes. J’applique ses programmes depuis quelques années. Tiens je pense à une application sur téléphone ou ordinateur : Imagine Clarity, développée par Matthieu Ricard, le bouddhiste français, docteur en génétique. S’occuper de son corps c’est important mais il ne faut pas pour autant négliger l’aspect psychologique et spirituel dans la prévention des maladies. Ce thème est traité avec impartialité dans livre de Thierry Janssen « La maladie a-t-elle un sens ? ». Dans nos sociétés modernes anxiogènes, la méditation et le yoga me semblent être des compléments indispensables au bien-être intérieur et à la santé.

D. A propos. On parle là de pratiques qui débouchent parfois sur du survivalisme. Je pense que c’est important qu’on désamorce ce culte du héro contemporain. Et qu’on explique comment tu appréhendes les conditions que tu vas devoir gérer, la sécurité – et une éventuelle « issue de secours » – et qu’on définisse vraiment ton objectif. Car le but n’est pas à proprement parler d’aller au bout des 600 km sans manger.

F. En effet, le but est de réussir un long jeûne pour en ressortir grandi intérieurement et en meilleure santé. Si je parcours la moitié du chemin sans manger, soit 300 kilomètres dans une zone sauvage dépeuplée, et que j’en sors en bonne forme, je serai satisfait. Mais si je vais jusqu’au bout en entamant mon capital santé alors je passerai totalement à côté de l’objectif ! Le propos est d’explorer mon corps physique et mental, pas de réaliser un record stérile qui serait de toutes façons battu un jour. Ceci dit, j’ai bien envie qu’il y ait un « happy end » en réalisant l’étape complète. C’est pourquoi j’ai prévu de prendre du poids avant le départ. Pas au point de changer de taille de pantalon mais juste assez pour arriver à Ross River. C’est là encore une affaire de sensations.

D. Il faut quand même qu’on précise à nouveau ce qui est ton hygiène de vie quotidienne. Je ne voudrais pas que des spectateurs s’imaginent soudain qu’ils peuvent demain partir marcher 360 kilomètres sans nourriture.

F. Non, je ne voudrais pas être tenu responsable d’un accident ! Cela fait plusieurs années que ma routine mêle une alimentation végétale crue en quantités modérées, un travail physique intense dans les bois, du sport à hautes doses et différentes pratiques douces – méditation, yoga, respiration – ou moins douces… toutes celles qu’on a évoquées sur l’endurance aux conditions extrêmes : je me baigne par exemple tous les jours dans l’étang, été comme hiver, quitte à casser la glace.

D. Oui, l’idée est donc, à travers notre film, de montrer comment le corps humain, n’importe lequel, peut se révéler apte à des adaptations et des prouesses spectaculaires, du moins par rapport à notre paradigme actuel d’homos « sedentarus », mais à condition de le préparer minutieusement et de s’entraîner rigoureusement.

F. Je suis effaré par la mauvaise santé « d’homo sedentarus » qui trouve « normal » de prendre sa voiture pour faire 500m. C’est là qu’intervient ton travail de réalisateur Damien, rappeler aux spectateurs ce que peut faire un corps qui a retrouvé ses aptitudes basales.

D. Attends voir, je voudrais revenir à cette notion d’issue de secours. Si ton corps lâche, que sera passera-t-il et quelle attitude adopteras-tu ? Il faut qu’on l’explicite.

F. J’utiliserai la touche SOS ma balise, cet appareil qui me servira surtout à donner des nouvelles quotidiennement via mon Facebook. Mais comme tu t’en doutes, je ne vais dans les monts Mackenzie pour faire un baptême de l’air en hélico… A priori, si j’atteins la prostration et que je suis incapable d’avancer, hey bien je me reposerai un peu et tu me donneras à manger, tout simplement !

D. Et puis, sur toute la seconde moitié du parcours, il semble bien que je serai là en soutien arrière pour t’encadrer – et pas seulement dans l’objectif de ma caméra. Finalement, le côté sauvage de la région et le côté engagé de ta démarche de jeûne peuvent faire peur, mais c’est oublier que en vérité, si tu atteins véritablement tes limites vitales, il nous suffira de te laisser prendre du repos et te ré-alimenter progressivement pour que tu finisses la Canol Trail.

F. Je ne saurais dire mieux. Je préciserai simplement au sujet du choix de la région que, lors de mon premier passage sur la Canol Trail pendant l’hiver 2015-2016, j’ai été saisi par la majesté de cette montagne. Et c’est à ce moment là que j’ai eu l’envie d’y revenir en saison estivale pour jeûner. Les monts Mackenzie m’ont fait l’effet d’un temple céleste m’invitant à déposer (pas mes chaussures car je n’en porte pas) toutes mes peurs dans le propylée pour me laisser conduire par la lumière. Voilà pour la petite histoire !

D. Bon, c’était bien d’avoir refait ce point global sur ta démarche. Bons entraînements, Florian !

F. Bon appétit ! Life is good, always…

 

360 kilomètres, 0 calories : à travers les monts Mackenzie sans manger…

 

 

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