[LMSF] Des nouvelles du jeûneur, marcheur & hygiéniste (7)

Florian Gomet, hygiéniste, sportif, grand voyageur et bûcheron, est maintenant revenu de sa marche de 360 km sans manger à travers les monts Mackenzie. Fidèle à son intégrité et sa transparence coutumières, il a tenu à s’exprimer sur le bilan concret de son projet. Pour ma part, en attendant la publication future du film, je voulais partager avec vous mon ressenti sur l’expédition dans son ensemble, car vraiment, c’était quelque chose !

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D. Alors Florian, à peine rentré dans tes pénates que tu veux t’adresser à ton public et faire un premier bilan de cette épopée non-alimentaire ?

F. Salut Damien. Oui, je tenais à fournir quelques éclaircissements aux lecteurs attentifs qui n’auront pas manqué de remarquer que La Marche Sans Faim annonçait initialement : ‘600 kilomètres – 0 calories’, alors que l’aventure en jeûnant s’est arrêtée à proprement parler au bout de 360 kilomètres ; par ailleurs, toi et moi avons pourtant qualifié le projet de ‘pari réussi’, et je le maintiens, donc il est bon de bien expliquer tout ça.

 

D. Oui, je te rejoins parfaitement là-dessus. Je n’aime rien moins que les aventuriers ou prétendus tels qui trichent sur les chiffres, les faits et les performances et décrédibilisent, je crois, toute une profession de conteurs et reporters dont je fais partie, et toi avec. Alors allons-y…

F. Au moment de prendre le départ, j’ambitionnais carrément de parcourir la distance de Norman Wells à Ross River in extenso, soit 600 kilomètres. C’était mon envie forte, mon espoir personnel, mais ce n’était pas l’objectif officiel, dirons-nous, du projet : l’objectif officiel, c’était parcourir la Canol Trail, 222 miles de Norman Wells au Camp 222 (hey oui, d’où le nom ; c’est juste avant le Macmillan Pass) soit 360 kilomètres. Pour atteindre Ross River, 240 kilomètres plus loin, j’escomptais secrètement des conditions météos favorables, mais j’étais toutefois assez lucide pour n’avoir que la prétention d’aller le plus loin possible, comme je l’ai énoncé clairement dans un entretien avec toi déjà. Or, sur les 14 jours de marche en jeûnant, j’ai eu de la pluie pendant les 10 derniers, avec des températures comprises entre 0 et 15°C (j’étais en droit d’espérer une plage entre 10 et 20°C, c’était quand même le mois d’août mince ! ;-)) et les rivières en crue étaient difficilement franchissables – tu en sais quelque chose Damien… C’est ce contact permanent avec le froid, alors que je portais simplement des sandales et que je n’avais pas jugé opportun, optimiste que je suis, d’emporter un imperméable, qui m’a contraint à arrêter plus tôt que je n’espérais, mais néanmoins au terme de la Canol Trail comme je l’avais prévu. Car sans ces intempéries, je serai arrivé trois jours plus tôt au mile 222 (où je me suis arrêté, donc, pour de bon, à la fin de la Canol Trail et avant la Canol Road qui la poursuit, désolé de me répéter mais je tiens à ce que tout soit bien clair pour nos lecteurs) et au bout de 14 jours (durée totale pendant laquelle j’ai jeûné) Ross River n’aurait été qu’à 100 kilomètres. Je n’ai aucun doute sur le fait qu’ainsi, je serais allé jusqu’à Ross River, l’espoir initial était donc tout à fait réaliste selon moi. Si j’ai commis une erreur, elle est surtout de l’ordre de la communication autour du projet ! Mon enthousiasme me perdra…

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D. Je te sens frustré, mais apaisé. Ai-je tort ?

F. Non. Je ne regrette pas cet aléa climatique qui m’a permis, à ma grande surprise, de voir qu’un corps privé de nourriture est quand même capable de lutter contre le froid et de fournir un effort physique conséquent (jusqu’à 12 heures de marche par jour !). Finalement, même si l’expérience a été écourtée par rapport à mon envie personnelle, elle s’est révélée plus riche d’enseignements que prévu. En jetant l’éponge à l’issue de la Canol Trail et en renonçant à mon extension de projet, j’ai montré à ceux qui en doutaient que j’étais bien à l’écoute des signaux de mon corps, preuve supplémentaire s’il en était besoin que je ne jeûne pas pour des motifs inconscients et malsains mais bien parce que mon corps me le réclame ! Depuis que j’expérimente des aventures en mode minimaliste, ce n’est pas la première fois que je passe à côté de mon objectif initial. A l’instar du réveillon du jour de l’an 2016-2017 où j’étais parti pour courir 100 km nuitamment (en sandales et sans manger dans un brouillard givrant par –5°C) et fus contraint d’abandonner au bout de 60 km, les cuisses tétanisées par le froid. C’est, je crois, le prix à payer lorsqu’on explore les capacités endormies du corps humain, un domaine où il y a peu de prédécesseurs pour vous aiguiller et où les rappels à l’ordre sont monnaie courante. Ainsi, même si La Marche Sans Faim a mis en avant les limites de mes capacités physiques, il demeure qu’elle a surtout mis en lumière les bénéfices importants que m’ont apporté mon hygiène de vie quotidienne. Et cela m’encourage plus que jamais à poursuivre dans cette voie pour faire mieux la prochaine fois !

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D. Bravo. J’aime cette exemplarité. Et je vais te dire mon point de vue plus global sur ta façon de gérer l’expédition. Nous en avons déjà parlé mais je l’exprime cette fois avec le recul du retour. J’ai beaucoup d’admiration pour toi, et elle se fonde, cette admiration, sur différents éléments. Outre l’imaginaire foisonnant et la douce folie nécessaire qu’il faut pour énoncer un tel projet (et que, au vue de mon propre parcours, on ne doutera pas que je partage et approuve !), la réalisation de l’entreprise requiert une maîtrise mentale et corporelle avancée, un esprit d’aventure pointu, une confiance en soi qui se nourrit d’un amour sans borne pour la vie. Toutes qualités dont je t’ai vu prodigue pendant un mois. Sur le terrain, tu réfléchis vite et bien, tu maîtrises les techniques nécessaires à une bonne conduite de projet, tu es fiable et régulier – je pense que mon « CV » de voyageur me rend légitime à « juger » de ça non ? Certes, tout cela va de paire avec un sacré foutu caractère (et là aussi, je ne peux que partager… mes proches s’en feront les témoins ! ce sont nos foutus caractères qui nous font avancer si loin sur nos chemins, évidemment !) mais la cohabitation, étroite s’il en est, avec toi a été facile et agréable. Tout sauvage et solitaire que tu te déclares volontiers, tu as un bel esprit de camaraderie, de la bienveillance et de l’humour. J’étais venu filmer un spécimen atypique d’aventurier, mais je repars avec une estime renforcé pour un nouveau camarade, et j’en suis reconnaissant ! Et puis je dois te tirer mon chapeau, non pas celui de cow-boy comme tu les affectionnes, mais celui de réalisateur : j’ai commencé à dérusher le film, et j’observe que tu t’es vraiment beaucoup investi dans le tournage d’images quand tu étais seul ! Plein de mises en scène complète, avec des entrées et sorties de champ, des détails, des plans d’établissement, un vrai découpage réfléchi des actions, de beaux cadres, bravo ! Mais ne nous étendons pas si tôt, le film viendra bientôt narrer tout cela en détails !

F. Ah ! La vie est belle. Merci, et à bientôt les amis.

 

 

 

360 kilomètres, 0 calories : à travers les monts Mackenzie sans manger…

 

 

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