DNews 28 – Incredible !ndia!

N.D.D.D : Cette D.News est particulièrement longue et dense, mais il nous semblait incohérent de la découper en différents chapitres tant notre perception de l’Inde forme un tout dont la foule de composantes est indissociable. Vous pouvez, en revanche, la lire en plusieurs étapes ! Mais si vous avez le cran de tout avaler d’un coup vous aurez, peut-être, un tout petit peu de l’effet « Incredible !ndia »…

 

 Varanasi, entre un troupeau de vaches qui mangent des détritus, et une famille en pleine baignade sacrée parmi les ordures et les flaques d’huile dans le Gange.

 

 

Alors les 2 Ds, l’Inde… « Incredible » ?

D.2 : Ca mon gars, tu peux le dire. Parmi la foule de qualificatifs et de superlatifs qui viennent à l’esprit quand on est ici (sans parler des jurons), « incroyable » est certainement dans le peloton de tête. Il faut le voir pour le croire, et encore ça fait un mois déjà et j’ai toujours du mal à accepter la réalité. Ca progresse doucement. En fait faut le voir pour admettre son existence mais ça reste proprement incroyable.

D.1 : « Incredible !ndia », avec le ‘!’ à la place du i, c’est le slogan d’une campagne promotionnelle pour favoriser le tourisme en Inde – une campagne qui diffuse des images magnifiques sur lesquelles soin a été pris de faire disparaître les ordures et la pollution. On le reprend entre nous, ce slogan, avec beaucoup d’ironie, et même de sarcasme…

 

Comment ça du « sarcamse » ?

D.1 : L’Inde pour nous c’est une lutte de chaque instant. Ce pays n’est qu’agression, intrusion, visuelles, sonores, olfactives, humaines, atmosphériques… tous les sens sont en alerte permanente. Il n’est jamais possible de se détendre, de se relâcher, de souffler – de se sentir bien en somme.

D.2 : Mon corps tout entier rejette ce pays ; j’ai des maux de gorge permanents depuis notre arrivée, des quintes de toux… on est régulièrement malade – vomissements, diarrhées… Techniquement ce qu’on a vu de l’Inde c’est une déchetterie à ciel ouvert, faut être réaliste. Et les gens qui nous harcèlent partout ! tout le temps ! mais pas seulement les gens, le milieu en général te malmène et te sollicite sans cesse ! Que de bruits, d’odeurs, de bousculades, de lumières… ça tient du « marche ou crève ».

D.1 : Et dans ce combat continuel, notre seule défense, c’est d’en rire, mais on devient vite amer à enchaîner les mauvaises expériences et du coup on rit, mais on rit jaune… on bascule facilement dans le « marche ou rentre chez toi ». Parce que le statut de « touriste » c’est le calvaire ici.

 

Atta reprenons depuis le début… c’est quoi le problème ?

D.2 : Comment résumer en une phrase ? On va être obliger de stigmatiser, de caricaturer, de prendre des raccourcis et on va encore nous qualifier d’extrêmes, de radicaux et de politiquement incorrects.

D.1 : Et alors ?

D.2 : Alors rien, on s’en fout mais j’annonce la couleur au moins…

D.1 : Ah.

D.2 : Donc. L’Inde. L’Inde en tant que touriste lambda, de surcroît – plus de tandem vu que nos copains Auré et Pierrot nous ont rejoint pour vadrouiller sac au dos.

D.1 : Pas plus mal car les routes indiennes c’est du suicide…

 

Bref, l’Inde ?

D.2 : Alors l’Inde touristique d’abord. Soyons clair, on n’est rien de plus qu’une liasse d’euros sur pattes. Nulle part on a été appréhendé comme un individu. Depuis le Grand Bazard de New Delhi jusqu’aux Ghats de Varanasi en passant par Agra et le Taj Mahal mais aussi des petits bleds comme Khajuraho ou Jaisalmer, même si dans des proportions (relativement) moindres, dans les bus et les trains, et surtout, surtout, à cause des rickshaws, mettre le nez dehors, c’est être immédiatement la cible d’une foule d’Indiens prêts à tout pour te vendre 3 ou 4 fois le prix quelque chose dont tu ne veux pas. Ils te poursuivent des heures, sur des kilomètres et ne reculent devant aucune énormité. Zéro scrupule.

 

Mais c’est normal tout ça, non ? je veux dire… quand on est si pauvre, a-t-on seulement le choix ?

D.2 : Normal ? Non. C’est explicable, voir compréhensible d’un point de vue rationnel, mais c’est tout sauf « normal » ou justifiable. Bien sûr que le surnombre créé cette foire d’empoigne dont on est l’enjeu, bien sûr que la pauvreté pousse à des extrêmes autrement impensables, mais c’est pas pour autant que toi voyageur tu dois fermer les yeux et tout accepter en distribuant des billets à chaque coin de rue !

D.1 : Pour te donner un seul exemple, au Cambodge où les gens sont très très pauvres, on a pas été confronté à de la malhonnêteté. Du harcèlement un peu, mais pas à ce point. Et quasiment pas de mendicité. Les Cambodgiens ils bossent, ils trouvent n’importe quoi à faire mais ils se démènent. Je sais bien que les 2 populations sont pas comparables en termes de chiffres, mais ici les Indiens eux-mêmes nous mettent en garde contre la mendicité et nous demandent de ne pas entretenir « ce fléau ». Et on avait jamais rencontré population aussi roublarde auparavant – même au Viêt-Nam !

D.2 : L’emploi du terme « roublarde » étant une tentative de diplomatie… Après un mois ici, on pense plus « malhonnête », « frauduleuse », « écoeurante »… Les anecdotes rempliraient un livre entier.

 

T’as du concret ?

D.2 : Je te dis, je pourrais écrire un bouquin. Pour payer un rickshaw à 85 roupies, tu tends un billet de 100 au guichetier et comme par magie le temps de cligner des yeux et il l’a escamoté pour un billet de 50 et il te regarde la gueule enfarinée avant de réclamer la suite alors que toi tu attends ta monnaie.

D.1 : L’employé en faction devant l’entrée de la gare m’a tout simplement interdit de passer, affirmant que les tickets de train n’étaient pas en vente dans la gare même, et avant de dire « ouf » je me suis retrouvée dans une agence de voyages par laquelle bien sûr il était commissionné – non sans avoir dû prendre un rickshaw à 20 roupies, « very cheap my friend », pour faire 2 kilomètres (tarif au compteur : 5 roupies du kilomètres, donc la moitié). Et à l’agence bien sûr, comme par hasard le discours devient « ah mais non my friend, tous les trains et les bus sont pleins pour 2 semaines il faut prendre un taxi privé » – pour 10 fois le prix du train, ben voyons.

D.2 : Atta, ça continue comme ça pendant 4 semaines. Chaque jour ce genre d’arnaque t’est servi 10 fois. Tu cherches un restaurant, ton guide Lonely Planet à la main – déjà erreur grave. Un type s’approche, « quel établissement tu cherches my friend ? ». Tu lui donnes le nom. « Ah non celui-là a brûlé avant-hier / a été fermé pour cause de tragédie familiale / a disparu dans un tremblement de terre… » au choix – plus c’est énorme, plus ils te l’affirment avec assurance. Et de t’emmener dans un autre restaurant qui lui reverse une commission, laquelle commission s’ajoute à ta note. Bien sûr.

 

Ok je vois…

D.2 : Nan tu vois pas encore, bonhomme. Tu voulais du concret ? Tu vas être servi. Autre exemple. Tu prends un bus de A vers B. « Direct ? – Bien sûr my friend. ». Mais quand tu sors les biffetons le bus devient avec correspondance. « Au même endroit ? – Oui my friend tout est pris en charge, vous vous arrêtez à la gare routière de C et vous changez de bus. ». Bah voyons. Quand le premier bus s’arrête, t’es pas du tout à la gare routière, t’es nulle part, le temps de comprendre ce qui se passe on t’a foutu dehors avec tes bagages et là « Où est mon autre bus ? – 4 kilomètres, 20 roupies seulement en rickshaw ». Le rickshaw t’emmène au bureau de la compagnie puis disparaît. L’employé vérifie ton billet, puis te remet dans un rickshaw pour aller attraper l’autre bus. Rebelote, 20 roupies seulement « my friend » – ras le bol d’être le « friend » de tout le monde.

D.1 : Le jour où ça nous est arrivé, Damien a piqué une telle colère que la compagnie a payé les 2 rickshaws pour se débarrasser de lui ! Mais c’est vrai que c’est comme ça 100% du temps. Ca n’arrête jamais. La monnaie qu’on te rend n’est jamais correcte, les prix qu’on te demande jamais réalistes – comme quand mon amie Auré a téléphoné pour 6,8 roupies et que le type lui a demandé 68 roupies en feignant de ne pas voir la virgule… C’est épuisant, tu dois tout le temps être sur le qui-vive, tout le temps te méfier de tout le monde, tout le temps être agressif en retour à l’agression… Pour ceux qui peuvent s’en amuser, à déjouer toutes les arnaques, y’a du challenge ici.

D.2 : J’aime pas l’Inde, et j’aime pas non plus l’effet qu’a l’Inde sur moi. Spontanément, je condamne cette société qui bien souvent traite les gens comme moins que des bêtes, mais moi le premier il m’a pas fallu longtemps – tu connais ma patience légendaire – pour faire comme si les gens n’existaient pas. Distribuer des coups de trépied pour me frayer un chemin parmi la foule, aboyer sur les rickshaws, gueuler après les serveurs incapables, regarder aux travers des mendiants comme s’ils étaient transparents, bref me fermer complètement, me couper de tout ça. Je suis pas bien fier de moi, avec tous mes discours humanistes et mes valeurs sociales. Mais ici sans même y réfléchir tu appliques la loi de la jungle, ou la loi de la masse. Je vois pas comment faire autrement.

 

En même temps, ça me surprend pas de toi Damien, t’es toujours tellement sanguin. Mais peut-être ça ne fait pas cet effet à tout le monde ?

D.2 : J’attendais, ça. J’ai conscience que je suis pas l’exemple le plus pertinent – trop râleur. Mais miss Tolérance, là, elle pète les plombs autant que moi. Et avec tous les autres voyageurs qui ont croisé notre chemin, on se rejoint là-dessus. Ras le bol ! Marre ! L’Inde nous use, nous vide. T’iras voir certains morceaux choisis…

D.1 : Ceci étant, si t’as du pognon à claquer, tu peux voyager en bus flambant neuf, allant d’hôtel 5 étoiles en hôtel 5 étoiles, des vrais ghettos pour riches où on te sert l’Inde version aseptisée autour de la piscine. Là tu vas trouver l’Inde géniale… mais laquelle, Inde ?

 

Ouais bon bref. L’Inde ce n’est pas que ça non plus, si ?

D.2 : Ah non. Y’a aussi la saleté. Enfin j’ai pas de mot assez fort pour décrire le truc. Jamais vu un endroit aussi dégueulasse, immonde, repoussant. Jamais. Même la Chine – qu’était pourtant bien balèze dans le genre cradoc à mort – bah c’était plus soft. En tous cas là où on est allé.

 

Ohhhh… t’es vraiment mauvais là Damien.

D.2 : (nan mais vient voir ici par toi-même si t’es un homme…)

D.1 : Il est mauvais mais il exagère pas. Dès qu’il y a des humains il y a des déchets. C’est un vaste dépotoir. Et puis il y a aussi les miséreux, les mendiants… 600 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté. Sur un gros milliard au total. 600 millions… Ca fait 10 fois la population de la France, et tout ce malheureux monde s’accroche à ton bras en te suppliant de lâcher quelques pièces. Mais laisse tomber, à distance, tu ne peux pas imaginer ce que c’est. Il faut venir ici et se baigner dedans – pas grand choix toutes manières – pour comprendre à quel point c’est.

 

Mais ça on le voit partout dans le monde, tu peux pas rendre l’Inde seule responsable non plus.

D.2 : Ouh la laaa, il me fatigue lui. Non bien sûr, on voit pas ça que en Inde, c’est pas le propos, mais ici tout est centuplé. Tu nous demandes comment c’est l’Inde, bah voilà on te dit comment c’est. C’est crade, agressif, pourri. On exprime pas de jugement, on se doute bien qu’un tel grouillement de gens majoritairement pauvres dans un pays en développement c’est pas compatible avec des petits lotissements bien organisés comme en Suisse, des collines propres et verdoyantes comme en Bavière et des rues comme en Belgique… on est pas fou non plus. On parle juste de la grande claque dans la gueule, tu vois ? l’effet « Incredible !ndia ».

D.1 : Ceci étant, aujourd’hui l’Inde affiche une croissance économique d’environ 30%, je crois. C’est quand même pas mal, et en plus on nous dit que ça profite à tout le monde. Mais la croissance démographique est plus forte encore. Pour quel résultat ? l’implosion de tout le pays un jour ou une véritable avancée sociale plus qu’économique pour les Indiens ?

 

Alors vous repartez écoeurés du coup ?

D.2 : Nan, parce qu’avec le temps j’ai commencé à entrevoir le miracle de l’Inde et sa magie – alors tu vois, monsieur Tout-le-monde-il-est-beau-tout-le-monde-il-est-gentil. Mais en revanche, on repart complètement vidé. Epuisé.

 

Alors c’est quoi pour toi le miracle indien ?

D.2 : Il n’y a rien dans ce pays que j’observe depuis un bon mois qui saute aux yeux comme étant plus représentatif qu’autre chose. Rien de singulier, d’emblématique que je puisse isoler du reste pour dire, enfin, soulagé, « l’Inde c’est ça ! ». L’Inde c’est les vaches – oui, c’est clair elles sont partout, aux endroits les plus insolites genre les gares, les terrasses des maisons, les ruelles et les ronds-points, mais pas seulement. Les chèvres, les singes et les chameaux pullulent également (sans parler des rats et des blattes). L’Inde c’est la mendicité galopante, certes mais aussi les plus riches industriels, nababs, maharadjas modernes du globe. L’Inde c’est les femmes voilées et celles qui se baignent à demi nues dans les rivières, c’est le mariage forcé et le Kama-Sutra ; c’est la religion, mais ce sont surtout les religions. Les hommes d’affaire en costumes et les Sadous en toges qui vont nu-pieds. Les stars bollywoodiennes et les lépreux. Les voitures de luxe qui ne peuvent emprunter les routes défoncées. L’Himalaya et les bidonvilles. Je ne peux pas prendre une poignée seulement de ces composantes et la brandir comme la fenêtre typique au travers de laquelle identifier ce continent. Peut-être bien, alors, que la beauté indéchiffrable de l’Inde réside en cela : c’est un univers au complet, autonome, autarcique presque, qui n’a besoin de personne et surtout n’observe aucune règle, qui bat d’une vie insolente mais ne détourne pas pour autant les yeux de la mort, non, qui la côtoie et l’intègre à son tout. C’est un monde auquel ne manque rien, alors qu’on le croit dans le besoin de tout. L’Inde n’est pas démunie, elle est pauvre certes mais il y a dans ce foisonnement improbable une richesse que je commence seulement à entrevoir avec mon regard rationnel et cartésien d’Occidental, cette même richesse, peut-être, qui fait briller les yeux des Indiens et des Indiennes avec fierté à l’évocation de leur patrie, au mépris de toute considération sociale, économique, ethnique. L’Inde, tout simplement, dépasse l’entendement.

 

Et c’est beau ça ?

D.2 : Non, c’est pas beau. Parce que tu peux jamais faire abstraction du décor, toute cette saleté à vomir qui te pénètre, la pauvreté extrême qui vient t’emmerder dans tes beaux principes. C’est pas beau du tout mais c’est fascinant. C’est comme un visage défiguré, ça te débecte et ça te fait peur mais une partie de toi peut pas s’empêcher de regarder. Mais c’est aussi merveilleux en un sens. Je ne suis pas près de comprendre l’Inde. Loin s’en faut. Mais j’entrevois, juste – je commence un peu à entrevoir le miracle indien. Je ne sais pas bien encore le définir, mais pour moi il relève, peut-être tout simplement, de la coexistence sur une même terre, dans un même milieu, au sein d’une même population, d’une telle aberrante diversité. C’est l’équilibre du déséquilibre, le chaos qui ne tient debout que par la force des multiples énergies qui le composent et le tiraillent dans tous les sens pour finalement s’annuler – ou se sublimer ? L’Inde c’est tout et n’importe quoi, dans les grandes longueurs et les petits recoins, et voilà que j’aperçois, voilà que se lève le voile sur l’harmonie magique qui fait de ce patchwork invraisemblable un tout.

 

Et toi Delphine ? tu rejoins Damien là-dessus ?

D.1 : Sur l’incompréhension totale, oui, à 100%. C’est comme un film que j’aimerais revoir parce que j’ai pas réussi à dépasser le choc des images. Même avec le temps – le peu de temps, relativement – j’ai pas les clés pour décoder. Prends juste Varanasi, tiens, par exemple. Un instantané de vie indienne. Varanasi c’est la ville sainte où passe le Gange, la « Grande Mère » comme l’appellent les Hindous, le fleuve-monde sacré à l’origine de la vie sur Terre. Il est 7 heures du matin, disons, et je suis assise en haut des marches du Meer Ghat.

 

C’est quoi un Meer Ghat ?

D.1 : Les Ghats ce sont les volées de marches qui permettent d’accéder aux eaux du Gange. Meer est juste le nom du Ghat où je suis. Sous mes yeux, il y a des familles entières qui se baignent, se lavent les dents, se toilettent et font leur lessive, dans la rivière. La flotte est grisâtre / verdâtre. Les égouts de la ville se déversent à quelques mètres. Il y a des ordures qui flottent un peu partout, et si j’ai pas de chance je vais même voir passer un cadavre.

 

Quoi !?

D.1 : Ouaip, à Varanasi la berge du Gange est aussi bordée de promontoires où on brûle les corps des défunts avant d’en jeter les cendres à l’eau.

 

Bah tu peux pas voir de cadavre, alors.

D.1 : Si. Pasque certaines catégories de gens sont considérées comme « pures » et donc on balance les corps tels quels, sans crémation. Genre… les lépreux. Les enfants. Donc si c’est pas mon jour, alors que je regarde les Hindous qui se toilettent gaiement, bah y’a un cadavre boursouflé qui surnage. Heureusement ça m’est pas arrivé. Il n’empêche… J’ai le cœur qui se retourne, et j’essaye de trouver une correspondance avec un comportement dangereux que les gens auraient en Occident. Bah oui, pasque l’eau du Gange contient 3000 fois plus de bactéries coliformes que la norme européenne d’eau polluée. Et en plus il n’y a plus d’oxygène, donc plus de vie. Je m’imagine des familles entières, du dernier rejeton aux grands-parents, se réunissant tous les matins pour fumer clope sur clope pendant 2 heures. Ca me fait cet effet là. Ca me donne le tournis. J’en oublie la foi qui motive cette attitude. Pas moyen de dépasser le visuel. Et attends, pour compléter le tableau, il faudrait dire qu’un peu plus loin, il y a un groupe de vaches en train de mâchonner des ordures ; que des gamins ont relevé leur pantalon et pataugent dans la vase pour récupérer des déchets qu’ils pourront revendre, que je me suis faite emmerder par des canotiers qui voulaient à tous prix me vendre un tour en bateau, que quand je retournerai à mon auberge par les ruelles sordides et étroites de la vieille ville, j’aurai peut-être à enjamber les formes allongées de sans abris étalés parmi les bouses, il me faudra faire fuir ou supporter la poursuite de chauffeurs de rickshaws ou de commerçants qui vont chercher à me vendre tout et n’importe quoi, quoique que je dise, je devrais aussi ignorer des bandes de mômes qui s’agripperont à mes basques pour obtenir de l’argent, si possible il me faudra faire abstraction du mec qui d’un coup devant moi s’accroupit et défèque sur le sol, tout ça pour retrouver ma chambre spartiate assaillie par les bruits de l’entourage, la télé qui gueule à côté, les odeurs des canalisations, la musique du voisin…

 

Ca doit être frustrant d’en rester là.

D.2 : Oui et non. Le mal-être que l‘Inde insinue en moi est tel que je suis avant tout soulagé de m’en aller. Chaque chose en son temps – ma priorité c’est mon bien-être. On verra plus tard. Il va falloir des mois pour qu’on digère et qu’on prenne du recul. Je suis déjà content de ne plus, finalement, quitter l’Inde en mauvais termes et d’imaginer possible d’y revenir un jour. Mais pour revenir, faut d’abord déguerpir, et j’suis pas fâché de mettre les voiles !

D.1 : Il faudrait revenir dans d’autres conditions, pas après plus d’un an et demi de voyage autour du monde ni dans ces lieux touristiques qui abritent toute la racaille du pays. J’ai le sentiment de passer à côté et ça me frustre, parce que je garde, pour finir, une majorité de choses négatives, qui relèvent, j’en ai conscience, de mon bien-être et de ma tendance à l’empathie. L’Inde foule au pied mon besoin de bien-être, je suis plus ou moins mal partout, et le défilement continuel des mendiants me heurte beaucoup. J’arrive pas à m’y faire.

 

Quel plan pour la suite ?

D.1 : On va à Mc Leod Ganj pour faire un film sur l’ONG, « Regards sur l’Himalaya » au T.C.V. – Tibetan Children Village.

D.2. : Après, c’est « courage, fuyons ! »

 

 

 

 

 

 

D.Chiffres

 

1 € = 55 roupies

1 milliard d’Indiens – et moi, et moi et moi…

600 millions d’Indiens miséreux

6 heures = trajet en bus Pathankot-Mc Leod Ganj

90 kilomètres = trajet en bus Pathankot-Mc Leod Ganj (cherchez l’erreur…)

750 roupies = l’entrée au Taj Mahal

10 roupies = l’entrée au Taj Mahal – pour les Indiens

45 minutes = le temps d’attente moyen pour obtenir sa commande dans un restaurant (« fresh food… »)

45 minutes = le record absolu, pour 3 lassis…

300 km parcourus en plus de 7h en taxi privé – de nuit et l’œil fixé sur le chauffeur qui piquait du nez…

2 heures = retard minimal pour un trajet en train de 8 heures

11 heures = le retard maximal observé sur un train

90 roupies une chambre double propre avec salle de bains et eau chaude, à Jaisalmer

400 roupies une chambre double glauque avec salle de bains sans eau chaude (mais avec les rats) à Agra

10 = le coefficient de l’arnaque la plus osée qu’on ait esquivée…

 

 

Morceaux Choisis

 

« Vraiment je comprends pas ces gens, jamais ils feront quelque chose qui marche bien ? Jamais ils essaieront d’améliorer leur quotidien ? Leur confort ?

– Nan mais Damien, tu peux pas dire ça, fais pas ton colonialiste ! »

– Notre ami Pierre à son arrivée en Inde

 

« Moi j’aime pas les touristes ils font trop de lab-lab-lab-lab !

– De quoi ?

– De lab-lab-lab-lab.

– De blablablabla tu veux dire ?

– Ouais, de lab-lab-lab-lab. Si tu fais du lab-lab-lab-lab je te casse la gueule. »

– le chauffeur de rickshaw xénophobe

 

« On veut de la bouffe pas épicée.

– Pas de problème, ici pas épicé.

– Attends, écoute-moi bien : on veut de la bouffe ZERO% épicée. Pas de la bouffe pas épicée version indienne.

– Ok ok pas de problème.

– Je te préviens, si c’est épicé, on mange pas, et si on mange pas on paye pas. »

– Damien lassé de se faire atomiser la tronche

 

« Pour aller à votre auberge c’est 50 roupies seulement.

– Comment ça ‘seulement’ ? je viens à l’instant de demander et c’est 10 ou 20 roupies.

– Ok alors 30 seulement. »

– le chauffeur de rickshaw standard

 

« … Nan mais vraiment, là, j’comprends pas ces gens. »

– notre ami Pierre après quelques jours en Inde

 

« Alors l’Inde ?

– Génial ! L’Inde, j’adooooore !

– Tu restes encore longtemps ?

– Ah non par contre, là j’en peux plus, j’ai avancé mon avion d’une semaine et pris un taxi privé pour l’aéroport… »

– l’effet « Incredible !ndia » sur les voyageurs

 

« Chez vous en Occident, c’est ‘j’essaie et ensuite j’achète’, ici en Inde c’est ‘j’achète et ensuite j’essaie’. »

– Un jeune Indien à propos du mariage

 

« On est bien content d’avoir votre témoignage à montrer à nos proches, ici personne comprend qu’on soit rentré d’Inde si défait et qu’on soit pas enthousiaste mais plutôt amer.  »

– Nos amis Benoît et Yvan, à leur retour en France après 3 mois en Inde

http://lindeispensable.canalblog.com

 

 

 

« Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a ? Qu’est-ce que c’est ? Hein ? Qu’est-ce que tu veux ? Allez go to school ! »

– Notre ami Pierre après 10 jours de voyage en Inde, face au 17ème mendiant/rickshaw/commerçant de la matinée

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