Dis moi ce que tu manges, je te dirai…

Lecteur.

J’ai l’habitude de déconner beaucoup, mais cette fois je serai grave.

On me questionne pas mal, et de plus en plus, sur mon alimentation – pendant nos voyages et aussi, du coup, chez moi, pendant mes tournées. Comme, depuis bientôt 2 ans, je tourne mon documentaire sur la naturopathie et le régime cru, je n’ai de cesse de me documenter, et j’avais envie de synthétiser ici des éléments de lecture et des informations qui m’ont frappé/choqué et que j’estime de mon devoir de partager. Je n’attends pas de toi que tu approuves ou désapprouves, même si j’accueillerai tout commentaire avec intérêt. Je me veux juste le passeur de données que j’ai pu recouper, confirmer, expérimenter.

1) “Faut-il manger les animaux ?”

Jonathan Safran Foer pose la question et tente d’y répondre en 350 pages d’un livre aussi éblouissant intellectuellement que viscéralement choquant. Qu’il me pardonne de reprendre ici une sélection des plus savoureuses tranches de son livre (je fais de l’humour noir)

  • (p 59) On nous a longtemps culpabilisé avec les transports – sauvez la planète, arrêtez l’avion. Réjouissons-nous ! il est beaucoup moins néfaste de prendre l’avion que de manger de la viande, et il est plus facile de se passer de viande que d’arrêter de partir en vacances… Safran Foer confirme ce que j’avais lu ailleurs : l’industrie de l’élevage contribue pour 40% plus (autrement dit près de 1 fois et demi plus) à la pollution et au réchauffement climatique que les transports – TOUS les transports réunis (avion, train, bateau, route…). Manger de la viande pollue 9 fois plus que prendre l’avion à l’échelle d’un individu. Une livre de viande de boeuf nécessite autant d’eau que prendre une douche chaque jour pendant toute l’année.
  • (p 66) Lors d’une opération routinière de pêche depuis un chalutier, entre 90% et 99% des prises effecetives ne sont pas les specimens recherchés et sont donc rejetés en mer morts ou agonisants (durable, vous avez dit durable ?). Exemple : les crevettes… l’étiquette sur le paquet devrait dire “Pour ces 500 grammes de crevettes que vous allez déguster, 13 KILOS d’animaux marins autres ont été mortellement blessés ou tués puis rejetés en mer après qu’on en ai extrait vos 500 gr de crevettes.” Diable. Si on devait vous servir dans la même assiette votre filet de poisson ET tous les animaux capturés sans raison, tués puis rejetés à l’eau pour produire CE petit filet de poisson, il vous faudrait une assiette d’1m50 de diamètre pleine à ras bord.
  • (p 75) Dans les élevages industriels (ceux qui fournissent KFC, MacDo’, Quick, etc, pour ne citer qu’eux) on applique aux “downers” les mêmes traitements que les Khmers Rouges appliquaient aux esclaves paysans trop malades/affaiblis pour tenir debout et continuer à travailler : ces downers sont des vaches, des porcs, tous ces animaux d’élevage qu’une croissance décuplée, des mauvais traitements successifs, des maladies galopantes, des malformations de naissance dûes aux croisements et recroisements, etc. ont rendu si malades et faibles qu’elles ne peuvent se tenir debout, se nourrir, vivre… Comme cela coûterait de l’argent de les euthanasier, on les laisse crever et pourrir sur place et c’est LÉGAL. Aux USA, on estime à 200 000 le nombre de vaches qui, chaque année, s’effondre de douleur, de maladie, de fatigue, et qu’on laisse moisir sur place au milieu de leur congénère (pourquoi se fatiguer ? quelqu’un finira par manger toute cette merde).
  • (p 112) Safran Foer, comme les activistes végétariens, comme les gens de l’organisation PETA qui milite pour les droits des animaux, s’est heurté dans ses recherches à un culte du secret édifiant. Il est aisé de comprendre que l’ensemble de cette industrie de charognards repose complètement sur l’ignorance dans laquelle est entretenu le public des véritables conditions de production des produits dérivés des animaux. Si tout le monde était éduqué, dès l’enfance, sur la base de la lecture de livres comme “Faut-il manger des animaux ?” ou du visionnage de vidéos comme “Meet your meat” (“Dis bonjour à ta viande”), penses tu sincèrement, ami lecteur, que nous serions carnivores aujourd’hui ?
  • (p171-173, 177, 180, 185) Les journalistes ou activistes qui comme Safran Foer ont visité des élevages industriels ont toujours constaté ce que le bon sens nous suggère mais que notre appétit vorace nous fait bien opportunément oublier : entasser des animaux difformes (déformations de naissance dûes aux manipulations génétiques et aux maltraitances subies par les mères), drogués au maximum, extrêmement stressés, malades, dans des enclos dégueulasses où ils se chient et s’urinent les uns sur les autres, ne peut aboutir à la production de viande de qualité. Si nous mangeons cette viande, nous mangeons ces excréments, ces maladies, ces gènes triturés par des apprentis sorciers. 95% des poulets de batterie sont infectés au E. Coli (bactérie fécale) ; 75% de ceux qui arrivent à votre assiette sont toujours infectés. 70 à 90% des volailles sont porteuses, au moment de garnir vos plats, d’agents pathogènes potentiellement mortels. Tout ça pour une viande qui a un goût de chiotte… et que nous continuons à payer. Quels imbéciles faisons-nous… “Chaque semaine”, écrit le reporter Scott Bronstein, qui a consacré une série d’articles à l’inspection sanitaire dans l’industrie de la volaille, “des millions de poulets d’où s’écoule un pus jaunâtre, souillés d’excréments verdâtres, contaminés par de multiples bactéries dangereuses voir mortelles, affligés d’infections, de cancers, de maladies dermatologiques, sont expédiés pour commercialisation”. Le comble : aux USA, pour nettoyer ces cadavres, on les trempe dans de l’eau (un véritable bouillon infernal dans lequel, forcément, toute cette merde infâme infuse) et ainsi on gorge leur chair d’une eau incroyablement polluée ce qui permet de les vendre plus cher car ils sont plus lourds ! La prochaine fois que tu manges un chicken nugget au MacDo’ souviens toi de ça. Il vient probablement d’une de ces mâres infernales aux USA… Chaque année dans le monde on oblige ainsi à “vivre” et mourir 50 milliards de volailles.
  • (p190-192) Safran Foer constate avec quelle navrante fréquence les organismes qui édictent/éditent les conseils en nutrition qui façonnent notre vie de tous les jours sont en réalité des entités entièrement crées et dépendantes des consortiums industriels eux-mêmes qui produisent cette nourriture de la mort. Aux USA, le conseil national sur les produits laitiers est en réalité une branche marketing de l’organisme national des produits laitiers, une entreprise dont le but est de vendre et faire consommer toujours plus de produits laitiers.
  • (p225) Pour la fine bouche, une anecdote… dans les élevages industriels de porcs on entasse le lisier (la merde des porcs) dans des mares artificielles à ciel ouvert (quand on ne balance pas le tout dans une rivière ou un estuaire car on est littéralement débordé). La quantitié produite par les centaines de milliers de cochons réduits en esclavage est telle qu’aucune dégradation naturelle n’est envisageable, aussi, ce purin liquide extrêmement toxique pollue-t-il abondemment les cours d’eau, les rivières, les nappes phréatiques. Un jour, dans un vaste élevage de porcs, un ouvrier est tombé dans une mare de lisier. Un collègue a voulu lui porter secours, puis un autre, puis un autre, puis un 5ème. Tous sont morts quasiment instantanément, tant la toxicité du lisier concentré est grande. Et la viande de cochon que tu manges proviens de bêtes qui ont passé toute leur courte vie vautrées là-dedans. Non seulement elle est saturée, cette viande, en drogues de toutes sortes injectées pour maintenir artificiellement en vie l’animal, mais en plus elle regorge des multiples maladies, infections, bactéries qui pulullent dans cette merde.
  • Pour finir, une image poétique : si nous traitions nos enfants comme on traite nos animaux d’élevages, nous serions amenés à abattre à l’âge de 10 ans des rejetons humains pesant déjà 130 kilos, agonisants, perclus de maladies, difformités, lésions, souffrant de cécité et de troubles psyhologiques, dont les corps ne sont déjà plus qu’un amas de chair boursouflée sur un squelette atrophié, le tout à peine tenu par des muscles pathétiques. Vive le progrès.

Il est essentiel de comprendre que ces gigantesques industries de la chair animale sont assez puissantes pour gouverner à notre destinée alimentaire de la sorte uniquement par le pouvoir que nous consommateurs leurs conférons en continuant d’acheter leurs produits issus de la souffrance et de la torture. Le consommateur est le PREMIER maillon de cette chaîne du pouvoir, et tout changement passe et passera nécessairement par lui.

Pour approfondir :

“Faut-il manger les animaux” de Jonathan Safran Foer, édition française du Seuil

“Faut-il être végétarien ?”, Nicolas Le Berre & Claude Aubert, éd. Terre Vivante

“Bidoche, l’industrie de la viande menace le monde”, Fabrice Nicolino, éd. Les liens qui libèrent

«Rapport Campbell», T. Campbell, éd. Ariane

 

2) Et les produits laitiers, sont-ils “nos amis pour la vie” ?

Devine un peu…

Si oui, pourquoi les pays les plus consommateurs de produits laitiers sont ceux les plus durement touchés par l’ostéoporose (pour ne citer que cet exemple de problèmes liés à la carence en calcium). Et puis, je te dirai aussi comment sont traités les animaux élevés pour leur lait, vaches laitières en tête. Et ce que tu as lu plus haut ne te semblera plus si exceptionnel…

 

 

3) Alternatives VS croyances limitatives et désinformation

On y reparlera de nourriture végétalienne, crue, de graines germées, de fruits, de légumes et d’algues, dans lesquels il ne manque rien, la science l’a facilement établi, pour faire fonctionner harmonieusement et de façon performante un corps humain.

A propos des graines germées :

http://www.facebook.com/note.php?note_id=10150565253775949

 

4) Un mot/maux de la fin ?

J’attends d’avoir fait un peu le tour d’horizon des réflexions en la matière, mais pour ce que j’ai vu/lu depuis 2 ans et à ce jour, j’ai quand même envie de dire (pour réagir à l’axiome “dis moi ce que tu manges, je te dirai qui tu es”) que si je mange de cette chair animale industrielle dont Safran Foer et d’autres ont fait le portrait exhaustif, et dont je survole les grandes lignes de la production, alors :

– soit je suis encore dans l’ignorance béate de la réalité qui se cache derrière

– soit je sais et, pardon my French, je suis un beau salopard.

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