DNews 15 – Parler Thai…

D.1 : Sawatdee khaaaaaa !

 

Hein ?

D.2 : Non, mais fais pas attention, elle crâne parce qu’elle connaît 3 mots de thaïlandais.

D.1 : Sawadtee, khop kun, ti norn, raong raem, naam. Voila. 5. J’en ai assez pour nous nourrir et nous loger !

 

C’est vrai que pour la première fois vous voyagez dans un pays dont vous ne connaissez pas la langue.

D.2 : Et en plus c’est ma « première fois » en Asie. Virtuellement, Nouvelle-Zélande – Bangkok sans transition. Ca fait un choc.

D.1 : On avait bien eu une semaine de préparation culinaire à Sydney, mais les Thaïs là-bas parlaient anglais, ici…

D.2 : … ici, ben ils parlent thaï.

 

Alors, impressions à chaud ?

D.2 : Ah-ah, à chaud… c’est le cas de le dire. Eh bien… Ca grouille, c’est la cacophonie, il fait chaud – justement – et tout le monde nous sourit. J’avoue que je prends une bonne claque (d’autant plus forte que pendant 5 mois on se la coulait douce au paradis, alias la Nouvelle-Zélande) et que ça faisait un moment que mes facultés d’adaptation n’avaient pas été à ce point éprouvées. Mon corps doit s’adapter au climat tropical et ceux qui me connaissent savent que 35° à l’ombre et 80% d’humidité dans l’air ça n’est pas exactement ce que je goûte le plus (plutôt « goutte le plus »). Ensuite, mon esprit tente d’appréhender cette culture dont j’ignore presque tout, ces rites que je perçois du coin de l’œil depuis mon vélo (comme les moines bouddhistes drapés d’orange que l’on dépasse le matin à l’aube dans les villages, faisant leur récolte de dons de nourriture, psalmodiant dans cette langue qui m’est étrangère… ou encore le fait qu’ici on se déchausse à l’entrée des bâtiments – magasins, bureaux… – et l’hygiène domestique est un maître mot, mais en même temps les villes et villages débordent de déchets, les rivières boueuses laissent rêveur quant à comment les Thaïlandais se fournissent en eau douce). Je tente d’embrasser du regard et de la conscience un nouveau monde pour moi, et si ma réaction matérielle, physique – comment m’habiller par cette chaleur, comment gérer mes besoins en eau quand on roule 80 km par un soleil de plomb, comment gérer le matériel qui prend cher aussi, etc… – a été quasi immédiate, dans la tête par contre ça gamberge. J’ai l’impression que tout va très vite autour de moi, que l’Asie va très vite. Que je suis catapulté dans une fourmillière contrastée, où le plus moderne et le plus luxueux côtoie le plus modeste et le plus archaïque – sur la route, un mélange de 4×4 Toyota Hilux rutilants et de vieux tracteurs au museau allongé, faits vraisemblablement à la main d’une carcasse de bois, d’une ou deux poutrelles d’acier, et d’un moteur, sur lequels s’entassent 6, 7, 8 personnes pour aller travailler aux champs, où ils démonteront les roues pour les remplacer par des espèces d’aubes en bois adaptées à la boue et l’eau des rizières… Dans les villages, partout ces maisons de bois sur pilotis, de conception simple, parfois juste des cabanes, vraiment, avec des pans de tôles pour masquer les fenêtres, et puis au détour d’un virage une superbe villa de béton carrelé, aux couleurs vives… C’est toute une réalité complexe et chargée que je découvre d’un coup, et une culture plusieurs fois millénaire, au contraire de la culture anglosaxone de Nouvelle-Zélande que l’on vient de quitter. Ma perception de l’Asie et de la Thaïlande, du coup, est encore très brouillon. Je suis en période d’acclimatation, dans tous les sens du terme.

 

Et madame ?

D.1 : Pour ma part, je marche sur mes propres pas. C’est très amusant de voyager aujourd’hui de manière différente en répondant aux problématiques que je m’étais posées lors de mon premier séjour en Thaïlande. Je m’explique : je suis venue en Thaïlande il y a 2 ans en mode backpacker avec mon amie Aurélie. Très simplement, en suivant les conseils de nos guides, en utilisant les moyens de transports locaux, avec en tête ce projet tour du monde et des questions du genre : on va débarquer dans une ville, comment trouver un hôtel, et y-a-t il un hôtel, car il est clair qu’il n’est pas possible de planter la tente en Thaïlande – les seuls bouts de terre disponibles, ce sont les rizières infestées de moustiques, et franchement sans ventilateur la nuit tu pleures. Et finalement 2 jours de battement ont suffi pour me sentir bien et en confiance.

D.2 : Tu m’étonnes… conditions obligent, on est à l’hôtel quasiment tous les soirs (attends, hôtel modeste, 7 € la chambre double) et si c’est pas le cas, c’est qu’on a demandé l’hospitalité dans un Wat.

 

What ?

D.2 : Nanan, Wat.

 

Qu’est-ce qu’il dit ?

D.1 : Un Wat c’est un temple bouddhiste.

D.2 : T’as même le droit au petit-déjeuner des moines si t’attends sagement ton tour. Mais attention… calmars au gingembre, riz épicé à la sauce au poisson-pourri, foie de volaille sauté au piment…

D.1 : Matin ou soir ça passe pas de toutes manières.

 

Je reviens sur vos ébauches de description géographiques… ça ressemble à quoi, ce décor au milieu duquel vous évoluez ?

D.2 : Un patchwork vert pâle et marron de rizières, de jungle et de rivières, de petits villages qui s’étendent le long des axes routiers jusqu’à se toucher les uns les autres, si bien qu’on n’est jamais vraiment perdu en rase campagne ou dans la nature, mais perpétuellement dans des zones péri-urbaines ou semi-rurales. Des palmiers, des hautes herbes, un bruit de fond permanent : insectes, oiseaux…

 

Et la cohabitation avec les Thaïlandais ?

D.1 : Sur le vélo, c’est un réel soulagement après le Pacifique et ses rois de la route. Le réseau routier est très très dévelopé, et maintenu en excellent état. Les conducteurs sont calmes, respectueux et courtois envers les cyclistes que nous sommes, ne font pas de dépassement dangereux et gardent toujours leur distance. On soupçonne qu’ici tout le monde fait du 2 roues. D’ailleurs les vrais rois de la route sont les 2 roues, mais à moteur : la Thaïlande fourmille de petites motos 120cc, beaucoup plus que de voitures, il y en a partout ! De vraies bêtes de somme, avec parfois 5 personnes dessus… qui nous adressent des pouces levés !

 

« Car le long de cette route en serpentine, comme le long de toutes les routes de Thaïlande il faut croire, ce sont les Thaïlandais qui font l’identité de leur pays – une identité en croissant de lune, toutes dents dehors. Partout, tout le temps, les villageois nous applaudissent, les jeunes comme les vieux sur leurs scooters nous acclament, les hommes et les femmes sous les abris-bus et dans les transports en commun, du tuk-tuk au camion, nous ovationnent, pouces levés, le visage fendu d’un brillant sourire. « Very good ! » On en choperait des crampes aux zygomatiques tant on passe la journée à retourner le cœur léger cette sympathie naturelle et confondante !

A travers ces sourires sans fin, la Thaïlande véhicule une énergie positive incommensurable. On en ressort grisé, gonflé à bloc, en paix avec soi-même et avec le monde, .

« Et après moi le déluge ! » pensais-je en franchissant le pont de l’Amitié qui enjambe le Mékong entre la Thaïlande et la capitale laotienne, Vientiane.

Ce qui était fort à propos à quelques semaines de la mousson… »

D.2

 

D.2 : Oui, les Thaïlandais sont super accueillants – on a l’impression d’être sur le Tour de France (ou de Thaïlande pour le coup) et de se faire acclamer tout le temps par un public enthousiaste, les gens rient, applaudissent, nous font de grands signes. On pédale toute la journée dans cette bonne humeur, c’est vraiment chouette. Ils sont dingues du tandem.

D.1 : Et de leur roi…

 

Quel rapport ?

D.1 : Aucun, c’est juste que les routes de Thaïlande sont décorées de portraits du roi, il y en a partout-partout-partout – autant que des 2 roues… Des grands, des petits, des neufs des vieux des délavés…

D.2 : Plein quoi. Les Thaïlandais sont très attachés à leur roi. Comme le dit notre ami Chatree, de Bangkok : « Il est très bien, notre roi. Bien élevé, éduqué, intelligent, il remplit très bien son rôle de roi. »

D.1 : La Thaïlande a toujours été une monarchie. Et ça leur convient bien apparemment.

D.2 : C’est toujours mieux d’avoir un roi qu’un Iznogood, et je me comprends…

D.1 : Attention, il va déraper politique !

D.2 : Parlons de dérapages ouais ! et imaginons les routes de France bordée de portraits géants d’Iznogood… le cauchemard. Demain, la réalité, peut-être ?

D.1 : (vite, un changement de sujet…)

D.2 : Ca marcherait peut-être mieux que les radars pour faire ralentir les automobilistes ! Des grands portraits avec la mention « Je brûle du carburant payé par vos impôts dans une voiture payée par vos impôts avec un chauffeur payé par vos impôts et cerise sur le gâteau ! je dépasse les limites de vitesse au-delà desquelles je vous verbalise sans scrupule… ».

D.1 : (non mais arrête, sois réaliste…)

D.2 : (ouaip t’as raison c’est beaucoup trop long comme mention – peut-être juste : « Z’avez voté pour moi maintenant vous allez saigner ! »)

 

Oui, alors euh… à quoi ressemble votre journée type ?

D.1 : (ah ! pas trop tôt la transition)

D.2 : Réveil 5 heures du matin. Petit-déjeuner rapide – riz sucré, mangues, biscuits. Décollage 5h45, 6h, environ.

D.1 : Les seules heures relativement fraîches du jour il faut venir les chercher à l’aube. On enfourche vers 6h, ça nous donne 3 heures de température vivable pour pédaler.

D.2 : Plus si par chance le temps est couvert. On roule avec des petites pauses toutes les heures environ, pour soulager les fesses et remplir les estomacs par doses raisonnables.

D.1 : Explications… Primo, la chaleur accentue la sudation et la fatigue musculaire générale, moralité on appuie moins sur les pédales et on s’irrite plus le derrière. Secundo, la chaleur, toujours elle, coupe l’appétit, car le corps consomme trop d’eau pour la digestion. Seulement nous…

D.2 : … on continue de pédaler pendant ce temps là. Donc on est vigilant, et on se nourrit et s’hydrate régulièrement.

D.1 : En Thaïlande, tu trouves à manger sur le bord des routes et dans les villages, tous les 4 kilomètres. Des petits bouis-bouis qui te servent toutes sortes de soupes aux nouilles, des épiceries de quartier, des vendeurs de fruits… lors de nos divers arrêts, on mange au moins une soupe de nouilles, pour la réhydratation – les soupes changent tout le temps, mais la base reste bouillon de viande, oignons nouveaux et herbes, nouilles. On apprécie les variantes aux cacahuètes, avec boulettes de porc, avec chips de maïs, avec fruits de mers… et on grignote allègrement biscuits chinois à la pâte d’amandes ou de fruits, chips au riz, mangues, ananas, litchis…

D.2 : Faut se méfier ceci dit : on a testé les boulettes de riz – tellement épicées que tu expires en 2 minutes – et les chipolatas Thaï – quand tu vois ce qu’il y a dedans, et surtout les poils que ça a, tu vomis…

D.1 : … les crudités – même la salade elle piquait la dernière fois – et les boissons locales – poudres diverses et variées diluées dans l’eau et ultra sucrées… Bref, faut trier.

D.2 : Tout ça nous amène à midi, grosso-modo. Sur les routes plates et neuves de Thaïlande, à cette heure on a en général fait 60 kilomètres – et si on roule l’après-midi parfois 80 ou plus. Le soleil devenant vraiment insupportable, on commence à chercher un hôtel – c’est-à-dire on s’arrange pour arriver dans une ville vers la mi-journée ou le début d’après-midi.

D.1 : Dans le sud de la Thaïlande, on faisait une bonne pause pour midi, le temps que l’orage du jour éclate et rafraîchisse l’atmosphère, puis en reprenait la route sous les dernières gouttes de pluie. Maintenant que nous sommes à la frontière avec le Laos et que des montagnes nous séparent de l’Océan Indien nous ne bénéficions plus de cette douche quotidienne, donc on s’arrête.

D.2 : On se trouve un petit hôtel, ou un temple, on se pose, on se trempe dans l’eau froide…

D.1 : … quand on tombe pas sur une auberge avec eau chaude, c’est-à-dire canalisations exposées au soleil et eau à 28° d’office…

D.2 : … on fait une petite sieste, on reprend une douche et on enfile nos vêtements, que l’on a rincés voir lavés sous la douche et pas séchés, directement sur nos corps pas essuyés…

D.1 : … on fait ce qu’on peut avec les moyens du bords pour maintenir une température raisonnable !

D.2 : Et on va manger dans la rue, faire des photos, filmer, parler Thaï comme des bêtes, tout ça.

D.1 : On a trouvé une technique pour se coucher à la fraîche : on trempe aussi nos duvets en soie dans l’eau avant de se glisser dedans…

D.2 : … mais comble de l’ironie, ça m’a valu d’attraper froid, à cause de la climatisation mal réglée dans une chambre. Si seulement j’avais su lire les instructions en Thaï…

 

Justement, votre « apprentissage » du Thaï, il ne vous sera d’aucune utilité au Laos, où vous serez très bientôt…

D.2 : Les 2 langues, le Thaï et le Laotien, ont la même racine et sont très proches, donc on compte sur le bilinguisme des Laotiens…

D.1 : … voir le tri-linguisme, car le Laos a fait partie de l’Indochine française, avec le Vietnam et le Cambodge, et comme ce sont nos 3 prochaines destinations on se dit que peut-ête on pourra parler un peu français.

D.2 : On vous en dira plus à ce moment là ! Pour l’heure, direction le Laos via le pont de l’Amitié qui enjambe le Mekong, que l’on suit depuis quelques jours, entre la Thaïlande et Vientiane, capitale du Laos.

D.1 : Lakhorn ! (et de 6…).

 

 

D.Chiffres

1 € = 40 bahts

20 bahts = un bol de nouilles/riz avec bouillon, viande, légumes, assaisonnement… dans la rue

300-350 bahts = chambre d’hôtel avec salle de bains et ventilation

350-450 bahts = chambre d’hôtel avec salle de bains et climatisation

110 bahts = 1 boîte de 10 DVD vierges

18 000 Bahts = un Nikon D40 Reflex numérique avec carte mémoire 1G, housse, sangles, chargeur

100 kms = nouveau record pour les 2D, en 9 heures (pauses comprises) par 35°C et un soleil de plomb… (en même temps on fanfaronne mais on a des potes en tandem en Asie qui tournent à 80-100 kms / jour…)

180 cm = largeur d’un lit double

6000 à 8000 Bahts (150 à 200 €) = prix d’un scooter 120cc

 

 

Morceaux Choisis

 

«Oui-oui, vous pouvez demander l’hospitalité dans les Wats (temples) mais le nôtre, je sais pas, nos moines ils fument et ils boivent… »

– conversation d’abri-bus : un gentil thaïlandais roi du mime

 

« Vous voyagez depuis 30 ans ? mais vous avez dû aller partout !

– Non, pas partout. Je ne suis pas encore allé au Paradis. Le Paradis, c’est une auberge de jeunesse, et à l’entrée le portier te demande ta carte, et si tu ne l’as pas, tu vas au sous-sol… »

– un Australien de 80 ans, nomade et expatrié, rencontré dans une auberge de jeunesse à Ayutthaya

 

« J’hésite à prendre une chambre avec climatisation…

– Allez, on la prend. Se payer des chambre d’hôtel c’est notre support à l’essor du commerce local. On dira que c’est notre contribution humanitaire en Asie du sud-est ! »

– D.1 ou comment justifier la chambre d’hôtel climatisée autrement que par la température infernale au-dehors

 

« Pour moi c’est important d’avoir l’alternance des saisons.

– Mais en Thailande nous avons ça aussi !

– Que veux-tu dire ?

– Nous avons 3 saisons : la saison chaude,la saison  très chaude, et… la saison super chaude. »

– Chatree, humour thailandais

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