La DNews d’il y a 9 ans la Grèce (Delfe)

J’avais une amie, il y a 9 ans, qui m’avait invité à une soirée dégustation.
C’est un texto qui m’annonça l’événement.
A l’époque, on disait encore texto.
Personne n’était encore pendu à Facebook ni à son SmartPhone.
Delfe et moi, on ne l’est toujours pas, de toutes manières, on a plutôt un DumbPhone.
Bref, cette amie me conviait à une dégustation de plats, grecs, je crois bien.
A l’époque, la Grèce voulait encore dire quelque chose, j’entends par là, ce n’était pas le synonyme de faillite et de misère que c’est devenu dans certains esprits.
J’ai repensé aujourd’hui à ce qu’est devenue l’amie en question.
Moi qui la croyais, autrefois, casanière et relativement conventionnelle, il se trouve qu’elle mène aujourd’hui une vie alternative, développe l’humain et le relationnel dans un projet d’habitat participatif, prône – modestement, à sa hauteur – la sobriété heureuse que je pique régulièrement à Pierre Rabhi. Elle a roulé sa bosse, gravi quelques montagnes, traversé quelques déserts, elle a mené à bien des projets immobiliers, professionnels, personnels aussi puisqu’elle a fondé une famille, et elle passe même à la télé, on me l’a signalé quelques fois. Elle parle plusieurs langues, est une sportive accomplie, une maîtresse de maison impeccable, il semblerait même.

Quand j’y pense, je suis impressionné par sa capacité à avoir mené tout ça de front, pendant ces 9 ans qui se sont écoulées depuis qu’elle m’invitait alors à cette soirée anodine où le seul objectif était de se remplir la panse de plats exotiques.
Ah bon ?

On ne prend pas toujours le temps de faire le point, de se retourner pour contempler le chemin parcouru.
Pourtant, ça fait un bien fou.

Il y a 9 ans, à peu près à cette heure, je montais les escaliers jusqu’à l’appartement de cette amie, et j’éludais l’appréhension que m’inspirait cette soirée.
Non, je n’avais pas peur de manger grec.
Et puis, le terme appréhension est à prendre avec des pincettes.
Non… je devrais dire… excitation ?
Sans doute.
Je montais les escaliers, et en fait de plats grecs, je me demandais peut-être à quelle sauce j’allais, moi, être mangé.
Elle était drôlement mignonne, cette amie. Cette amie que j’aimais… un peu beaucoup.
3ème étage.
4ème étage.
Une partie de moi savait très bien ce qui allait se passer autour de cette prétendue cuisine méditerranéenne.
Une petite partie, que j’avais pris l’habitude de museler.
5ème.
Cette petite partie de moi savait qu’il n’y aurait pas foule à cette soirée.
Qu’on n’y mangerait guère mais qu’on s’y dévorerait des yeux. Puis des mains. Des bouches…
Cette petite partie de moi avait reconnu les prémices d’un bouleversement.
Un bouleversement amoureux.
6ème.
J’ai frappé et cette amie qui devait devenir la femme de ma vie a ouvert.
J’ai frappé et Delphine se tenait là, avec les yeux pétillants que je lui ai toujours connus.
Elle a dit “Entre.”
Pas “Entre !”
Ni “Entre…”
Non.
Juste “Entre.” Comme ça. Simplement. L’énoncé d’un fait. Une évidence.
Je suis entré dans sa vie.
Elle et moi, c’est une évidence. Ca coule de source.
Ca fait 9 ans aujourd’hui.

Alors oui, je sais, je vous raconte ça, tout le monde s’en fout, c’est vrai.
Je devrais vous dire que je bosse d’arrache-pied sur le montage d’Autarcies, dont je vous présenterai une bande-annonce très prochainement, et le film complet avant la fin de l’année. Je devrais vous dire que je prépare les tournées de projections-débats de 2014 et le tournage de mon futur film, “71° solitude nord”, avec Nathalie Courtet en Laponie, ou que je serai à Paris en avril pour le festival Partir Autrement. Sans doute faudrait-il que je fasse la publicité de mon dvd à paraître d’ici janvier, sur le périple en Espagne. Faire mon petit commerce, vous parler voyages, destinations lointaines, ou vous raconter une de ces anecdotes improbables et pourtant tellement véridiques que je glane lors de mes tournées, et conclure sur une panne de James, mon fourgon.
Certainement. Promis la prochaine fois je vous parlerai de ce pour quoi vous vous êtes abonnés.

Mais ce soir j’ai juste envie de vous dire que je suis amoureux de Delfe.

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