La DNews “James Revival”, un sacré parfum de cambouis

Lundi 9 mai 18 heures sur la Terre.

Bonsoir la planète.

J’arrive à l’instant chez moi à Grenoble, après 6 heures de route pépère en mode rodage, 4 ou 5 émissions de France Inter et une bonne sieste de 2 heures ce midi à l’ombre des platanes pour récupérer du tabagisme passif, des vapeurs de trichlo, du speed du Mich’, des coups de cliquets et de la tambouille du Mazout, de la clope du Cyp’ et des sarcasmes nucléaires du Toma. Et j’en passe et des meilleures comme le remorquage éclair de Motard, à 60 dans les ronds-points et moi sans visibilité, une main sur le frein à main et l’oeil rivé sur la barre de remorquage et l’huile moteur qui me dégouline sur le mollet depuis la pompe à piston à peine remontée…

“Mais de quoi il parle ?” se dit le lecteur interloqué, avec un regard de biais à sa voisine, Madame Rabbeau. “J’croyais qu’il faisait que du vélo…”
(Tout le monde a une voisine qui s’appelle Mme Rabbeau. C’est celle tout droit sortie d’un film de Jaoui et Bacri que le musée Grévin n’aura jamais. Celle qu’on observe fasciné depuis derrière les rideaux de sa fenêtre en oubliant les patates sur le feu. Celle qu’on salue avec le sentiment d’être dans un épisode des “Envahisseurs”. Celle qui surgit quand on place ‘débandade’ au scrabble. Celle qui nous fait prendre conscience de l’étendue insoupçonnée et tragique du règne animal.)

Je ne sais pas bien par quoi commencer…

DE L’INTERET DES RESEAUX SOCIAUX
et de l’huile de vidange…

Vous vous souvenez que j’avais cassé mon fourgon ? Je lui rejetais la faute (trop vieux, trop abîmé, trop dangereux…) mais bon il faut bien admettre que je l’ai cassé tout seul. Roulé sans huile. Le gros benêt. forcément, y’a pas de niveaux à faire sur un tandem.

Eh bien…
… James roule, il ronronne même comme un vieux matou. Trajet sans encombre, niveaux faits à 150 km de Besançon, RAS. Mais qu’allait-il faire dans cette galère ? C’est qui Mich’, Mazout, Cyp’, c’est quoi ces noms bizarres et ces histoires de cyp-clopes ? Pourquoi Besançon je croyais qu’il habitait Clermont-Ferrand ?
(non il habite Grenoble, mais son premier éditeur, sans doute sous l’effet de psychotropes bretons et en overdose de kougnamane, a mis Clermont-Ferrand dans le livre, allez savoir pourquoi)

Back to the future : quand James est entré dans notre vie, et avec lui toutes ces emm-pardon, toutes ces picaresques aventures mécaniques, j’ai rejoint un réseau social sur le web qui s’appelle Mercotribe et qui ne fait pas la révolution du Jasmin mais celle du WD40 : il est dédié aux heureux (sic) propriétaires de vieux bouzins antédiluviens à la mécanique anachronique et l’allure 70’s. Moi qui signais l’inscription sans trop y croire, un peu désabusé et l’esprit plein de préjugés sur les as de la mécanique, leurs ongles noircis par la graisse de moteur et leur clope au bec 24h sur 24, j’ai intégré une communauté soudée, réactive, sympathique et bienveillante, un réseau qui couvre toute la France, de mordus de mécanique et de bricolage, de vieux camion et de bons moments partagés, qui ont tous les ongles noircis de graisse de moteur et la clope au bec 24h sur 24. Et le coeur sur la main.

Et là, j’ai vécu un week end exceptionnel.

On aura compris que mon truc c’est les vélos, les films et les bouquins… pas l’huile diesel, la bière et les joints. De culasse évidemment. N’empêche que la vie, elle est pleine d’ironie. Je répète tout le temps à notre public, lors des festivals et des conférences, que les pannes (sur notre tandem, pendant nos voyages autour de la planète) sont l’occasion de rencontrer les belles personnes qui font notre monde. C’est ce qui vient de m’arriver à Besançon. Dans un bled de la campagne franc-comtoise perdu entre une usine Algo-flash et un Super U.

Car c’est vrai, si je n’avais pas cassé mon fourgon, peu de choses auraient pu m’amener à rencontrer le Motard, le Mich’, le Toma, Benton, Cyp et toute la bande, le Mazout, Aïko, les femmes, la voisine et sa salade de patates, enfin bref, tout un monde qui n’était pas le mien mais qui le rejoint sur des valeurs fondamentales : la solidarité, l’échange, les bons moments partagés, la droiture. Un monde qui m’a accueilli spontanément comme un vieux pote, moi le parfait inconnu à lunettes, et diantre ce que c’est bon. Le Toma a roulé 200 kilomètres pour venir réparer le camion d’un mec qu’il ne connaissait ni d’Eve ni de dents ; on avait au téléphone un certain Tipierre, garagiste de métier, de l’ouest, qui s’était rendu disponible pour nous assister à distance ; des copains du village se sont amenés pour donner du cric et de la clé plate ; la voisine, qui n’est pas une Mme Rabbeau, devant tout ce remue-ménage dans sa cour, ne s’offensa point d’être confronté à 4 camions plus ou moins présentables et une horde de mécanos couverts de suie et de poils – non, elle prépara de la salade de patates pour tout le monde…

Moi qui n’ai jamais fumé de ma vie, qui ne bois pas une goutte d’alcool, qui suis végétarien, j’ai la vie (professionnelle) sauve grâce à une bande débonnaire de carnivores alcolo hippie… et je le dis avec toute l’immense affection que j’ai développé pour eux en 48h seulement, à les voir parcourir trimer et mettre les mains dans mon cambouis et réparer mon camion. Mais la générosité, bien entendu, et la solidarité, se foutent éperdument des préjugés. Ils auraient pu tous dire “nous enquiquine l’autre là avec ses bouquins et ses messages sur Mercotribe dans lesquels y’a même pas une abréviation, il nous gonfle qu’il se débrouille avec son vieux camion pourri et apprenne un peu le langage SMS”.

Ils auraient pu.
(parce que diable ! c’est vrai qu’il est pourri ce camion, à le réparer on trouve 15 autres pannes qu’il faut régler… il est tordu de partout, toutes manières quand on l’avait acheté il avait pas fallu 2 mois pour que tout le beau maquillage révèle une rouille dévorante et plus le temps passe plus les vices cachés se dévoilent mais je n’arrive pas à me défaire d’une solide affection pour ce cher vieux tank, finalement, au prorata des kilomètres qu’on fait lui et moi il ne tombe pas plus en panne que les voitures de mes copains, sondage à l’appui)

Au contraire, ils m’ont ouvert la porte, moi le bleu, le nouveau, l’étranger, le branleur, et comble du comble je suis malade tout le week end et j’arrive à peine à donner un tour de clé à pipe… j’ai tout juste réussi à leur faire à manger (végétarien…) et à payer pour la bière – diable ! cette pile de bouteilles vides, j’en ai encore le vertige… Si j’avais été croyant, après ça j’aurais passé ma semaine à confesse.

Et je repars avec bien plus qu’un camion réparé : une sacré bande de supers potes et la démonstration que la solidarité et l’humanité n’attendent pas les années et ne respectent aucune autre règle que d’aider son prochain et de faire avancer le monde. Que ce rapide témoignage soit un exemple flamboyant de ce que les bonnes gens peuvent faire. Et qu’il me permette d’enfoncer encore cette porte : pas besoin d’aller au bout du monde pour rencontrer l’âme véritable des humains.

DU COUP…
… comme James est ressuscité, nos prochains batifolages sont maintenus :

Planète.D sera le week-end du 21-22 mai à Beaurepaire (Isère) pour le week-end du carnet de voyage ; 2 projections à la clé (épisode 3, Himalaya-Inde-Europe)

Planète.D sera en août, du 3 au 6, au tout nouveau festival du reportage de voyage et d’aventure de Treignac, village classé jusqu’à récemment “plus beau village de France” – ça promet ; on y présentera l’épisode 1 (Amérique du sud et Cordillère des Andes)

Et on en reparlera mais…

Planète.D sera
– du 2 au 4 septembre au festival du film d’aventure de Le Vigan dans les Cévennes, pour présenter l’épisode 1 du tour du monde (Amérique du sud et Cordillère des Andes)
– du 23 au 25 septembre à Globetrotter, le festival ABM, à Paris (Massy Palaiseau) pour la première présentation du nouveau film No Man Iceland
– du 30 septembre au 3 octobre à Brout-Vernet en Auvergne, pour le festival Voyage et Aventure (No Man Iceland)
– du 21 au 23 octobre au Grand Bivouac à Albertville, toujours avec No Man Iceland
– du 11 au 13 novembre à Nice au festival Explorimage avec l’épisode 3 (Himalaya-Inde-Tibet) du tour du monde
– du 18 au 20 novembre au FIVAL de Clermont-Ferrand, toujours avec (vous avez suivi ?)

ETC.

D’ici là, l’été sera tranquille, écriture, fignolage du double-dvd No Man Iceland (sortie prévue en septembre) et du premier livre sur le périple islandais, “Mon Islande”, un livre documentaire et de photos sur l’Islande, à paraître chez Géorama fin juin… plus d’infos bientôt.

BREVE DE CONFERENCE

Il y a peu à Nantes je projetais devant une salle en majorité retraitée et racontais comment les Tibétaines à Lhassa s’étaient ouvertement moquées de moi car la barbe, la peau claire et les yeux clairs sont le comble de la laideur dans la société tibétaine. A la fin de la prestation, j’étais en train de vendre des livres à quelques membres du public quand j’avise deux petites vieilles à côté de moi, en grande conversation, m’inspectant des pieds à la tête. Je surprends juste la fin :

” Bah quand même, l’est pourtant pas laid c’t’homme là !
– Ah bah non. L’est pas laid. ”

Me voilà rassuré.
(je l’ai toujours dit, je les fais toutes tomber… à partir de 65 ans)

Que le Bon Dieu vous l’allonge (l’espérance de vie) et à plus tard sur la Planète.D

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