Dures réalités de la vie d’auteur-réalisateur indépendant (bis)

Initialement publié le / Originally posted on 22 November 2018 @ 8:21 am

Voilà 10 ans, je rentrais d’un voyage autour du monde à tandem avec Delphine, la maman de mes filles, et à l’époque, encore mon amoureuse. Plus de deux années durant, nous avions circonvenu la planète au guidon de notre fidèle Buzzz et je ramenais dans nos sacoches des heures d’images. Encouragés par mes proches, j’allais me lancer à corps perdu dans une carrière de réalisateur et conférencier.

10 ans déjà, bientôt… D’aventures, de rencontres, d’éblouissements et d’inspirations. 10 ans pour lesquels je remercie la Vie et dont je suis fier. Très fier.

Et puis… 10 ans et comme l’envie aussi, au moment du bilan, de jeter un pavé dans la mare. Car si je m’en sors, et si j’adore mon métier, véritablement, je n’accepte pas, je n’accepte plus que le grand public ignore certaines réalités de la vie professionnelle d’un indépendant comme moi. Comme mes nombreux camarades. Même si les aspects développés plus bas, à mes yeux, sont un aspect mineur de l’activité. Alors avant de fêter les 10 ans de Planète.D cet hiver, et afin de garder le meilleur pour la fin, rétrospective des heurts d’une petite entreprise.

_____

Sommaire : Prix libre ? /// Rémunération des prestations /// Rémunération en festivals /// Droits d’auteur /// Rémunération sur mission de réalisation

ACHETER LA VERSION ÉTENDUE (75 MIN) EN LIGNE
ACHETER LA VERSION NORMALE (55 MIN) EN LIGNE
ACHETER LA SÉRIE ULTRA-COMPLÈTE (2H30+1H) SUR CLÉ USB
VOIR L’AGENDA DES SÉANCES DE PROJECTION

Prix libre, vous dites ?

Je le lis dans ses yeux. Elle ne s’attendait pas à me trouver là, derrière la porte de sortie.

“Euh… Bravo ! Super le film”

Elle regarde autour d’elle, embarrassée.

“Merci. Et sinon, tu comptais payer ton entrée à un moment ?”

J’ai le sourire, je suis courtois. Et un peu en colère.

Elle est jolie. Ça ne change rien. Dès les premières images du générique, elle a filé.

Je l’ai expliqué au début de la soirée : je passe mon chapeau après le film.

C’est un mercredi soir sur terre. Et j’anime une projection-débat d’une de mes réalisations à La Bobine.

“Bin, euh, c’est à dire que j’ai pas prévu, enfin j’ai pas beaucoup d’argent là.”

Bin voyons.

“En fait, tu ignorais que tu assistais à une projection de film, c’est ça ? tu as vu de la lumière, alors tu es entrée…

– Bin c’est à dire que…

– Sur l’affiche et les annonces de la soirée, tu as lu ‘prix libre’.

– Oui, sans doute, euh je sais pas.

– Et je l’ai annoncé avant le film. Tu étais là.

– …

– Hey bien, ‘prix libre’, comme je l’ai développé tout à l’heure, ça ne veut pas dire que tu payes si tu le veux, mais que tu payes ce que tu veux, à la hauteur de ce que t’as procuré la soirée. Il y a une nuance, tu vois ?

– Oui, attends, alors bon j’ai pas grand-chose…”

Elle fouille dans son sac à main.

Je vais avoir l’honneur des fonds de son porte-monnaie.

“Ce que je fais ce soir, tu sais, c’est mon métier. Toi aussi, tu as sans doute un job. Il ne te viendrait pas à l’idée que ça soit bénévole. Quand tu vas au cinéma, tu payes ta place. A une de mes soirées, c’est pareil.

– Tiens, voilà, c’est tout ce que j’ai.”

Elle me gratifie d’une volée de pièces jaunes.

Et disparaît alors que je soupire.

Des pièces jaunes, il y en aura plein dans mon chapeau ce soir là.

Je me demande ce que cela dit de mon public. Ou de moi.

Une bonne cinquantaine de personnes, pas plus, étaient dans la salle. De vieilles connaissances pour un bon tiers, des grenoblois, des gens généreux et enthousiastes. D’anciens collègues, d’anciennes camarades de faculté, des visages avenants resurgis de mon passé.

Eux, je le sais, je leur dois les billets, de 10 et 20 euros, qui tapissent le chapeau. Certains sont venus de loin. Tous, ils croient en moi. Mon coeur déborde de gratitude pour ceux-là. Leurs sourires, leurs accolades, leurs compliments et leurs critiques constructives.

“T’es toujours aussi bon !

– Merci. Ça me touche d’entendre ça.

– Tu fournis un travail titanesque ! faire un film pareil complètement tout seul… c’est dingue.

– Je suis content que ça soit reconnu, merci.

– Les images sont superbes. Et tu causes tellement bien…”

Je joins les mains en signe de reconnaissance.

Et pourtant, tout ça m’intrigue : car les éloges viennent à mesure égale de parfaits inconnus qui restent là à bavarder après la projection et de gens plus pressés qui prennent promptement le départ non sans m’avoir adressé de vives félicitations.

Je ne le sais que trop bien, les retours négatifs ne parviennent presque jamais jusqu’à moi – il faut aller les quérir, parfois de force presque.

Mais je sais tout autant que devant un mauvais film ou un orateur médiocre, le public ne fait pas dans la dentelle. Il quitte le navire. Ce soir, comme tous les soirs, j’ai conservé mon équipage. Je n’ai pas été au meilleur de mon potentiel, peut-être, mais c’était une bonne prestation.

Alors… pourquoi tant de pièces jaunes ?

Plus de 50 personnes ont donné en moyenne 5 €. Mais comme j’ai vu mes connaissances fourrer dans mon chapeau de gros billets, cela implique qu’une fraction non négligeable des spectateurs a estimé juste de payer sa place quelques dizaines de cents.

Entendez-moi bien, je ne vous parle pas tant de sommes d’argent, là. Je vous parle de valeurs. J’aimerais comprendre ce que cela raconte de nous, de notre société, quand on va à un spectacle et qu’on rémunère l’auteur-réalisateur ou l’artiste une poignée de cents. Est-ce uniquement la dérive numérique ? ce paradigme de moins en moins nouveau de l’internet qui veut que tout soit à un clic de vous, gratuitement.

Ce film, mon film, il a une valeur marchande de 30 000 euros – valeur du matériel fourni par mes sponsors ou surtout moi-même, frais réels (transports en tête) que j’assume en majeure partie, salaire de cadreur et salaire de monteur au barème JRI – Journaliste Reporter Indépendant, techniquement, un statut moindre que le mien : réalisateur.

Pour le faire, on m’en a donné 3 000.

Dix fois moins.

Par passion, par entêtement, par résolution et professionnalisme, je l’ai fait. Des mois durant, j’ai travaillé d’arrache-pied.

Comme tous mes autres films à ce jour, j’y ai pris beaucoup de plaisir, j’ai fourni une somme de travail très conséquente, et j’en retire une rémunération dérisoire. Pourquoi diable le public, dans une proportion significative, lui qui tout à la fois reconnaît l’intérêt et la facture professionnelle du support, vante les qualités de la prestation, et avoue sans détour avoir passé un très bon moment, trouve-t-il comme allant de soi que je brade le tout ? Je suis perplexe.

C’est comme si j’allais dans mon magasin bio, sélectionnais mes fruits préférés, adressais un petit mot de félicitation au personnel – “ces mangues sont délicieuses, excellent choix !” – et au moment de passer en caisse, décidait de ne les payer qu’au lance-pierre.

“Bin, euh, c’est à dire que j’ai pas prévu, enfin j’ai pas beaucoup d’argent là.”

Bin voyons.

Cela ne fait pas sens.

_____

Rémunération des prestations

“Hey oui, mon pauvre Damien, c’est le triste sort des artistes indépendants…”

Mon ami Nico est pensif. Et sans doute, un peu abattu. Il cherche des réponses dans le verre de kéfir que je viens de lui servir. Je l’interroge.

“Tu ne crois pas qu’il y a un réel besoin d’éduquer notre public aux réalités économiques de nos activités ? En fait, personne n’est mal intentionné, en tous cas je n’ai pas envie de le croire, mais ils ne savent tout bonnement pas du tout ce que ça représente de faire des films comme nous les faisons. Je pense que les gens viennent au spectacle comme si nous étions à leur disposition en tant qu’amateur ; comme si on faisait ça une fois de temps en temps, par dessus la jambe, sur notre temps libre, et que leur simple présence était un objectif en soi, tu vois ? qui parmi eux a pleinement conscience que toi et moi, on doit gagner notre vie avec nos films et nos conférences ?”

La projection est fini, le public s’en est allé. Nous sirotons un rafraîchissement dans mon fourgon aménagé alors que la nuit enlace Grenoble au carrefour de trois massifs.

“Personne ne s’en rend compte. Les festivals moins que les autres. Et les institutions publiques, n’en parlons pas…”

Récemment, Nicola a organisé dans un auditorium de la ville la projection de son dernier ouvrage, Iran Norouzki. A la demande des services municipaux, la billetterie a été confiée à une petite association locale. Ne s’attendant pas à une foule en délire, Nico a accepté une rémunération modeste de 250 €, l’excédent potentiel étant attribué à l’association en question.

“Et là, le soir de la projection, salle comble. 150 personnes, entrée à 5 €. Donc 750 € de recettes sur la soirée !

– Que vous avez partagé ?

– Rien du tout. Ils m’ont donné les 250 convenus. Convenus oralement et par email, aucun contrat, aucune convention signée, rien. Et ils ont empoché les 500 d’excédent de billetterie sans jamais revenir dessus.”

Il a petite mine, Nico, quand il me raconte l’anecdote. Entre la déprime inspirée par un tel comportement et la colère face à l’injustice, c’est comme s’il ne savait choisir.

Moi, je n’hésite pas. Je le confesse, une telle histoire m’enrage.

“Nico, il faut en parler ! ce sont des pratiques dégradantes et injustes. Une association qui ne fait que gérer la billetterie d’une soirée que tu organises, et qui est consacrée à un film que tu as réalisé et produit seul, ne peut pas se payer deux fois plus que toi, sur ton dos, en toute impunité. Je trouve ça scandaleux !”

Je préciserai ici que mon cachet normal de base est de 490 € par projection-débat. Cela revient à dire que Nico, organisateur, auteur, réalisateur et conférencier, a touché la moitié d’un cachet et la structure responsable de la seule billetterie un cachet complet. Grâce à lui. Et surtout, sans lui, pas de soirée, pas de cachet. Cherchez l’erreur.

_____

Rémunération en festivals

Car on l’oublie bien volontiers : nous, les réalisateurs, sommes les fondations de ces animations – cycle de conférences, festivals de films, etc. Il n’y a pas de manifestations culturelles sans organisateurs, sans petites mains, sans bénévoles aussi parfois (souvent), mais la matière première, d’où vient-elle ? de l’artiste. Pas de concert sans musiciens, et pourtant, si souvent sont-ils négligés. Pas de projections de films sans réalisateurs pour les faire. La matière première d’un festival, ce sont les Nico et les Damien de ce petit monde qui la fabriquent. La majorité d’entre eux, ces festivals, pratique une billetterie – ils font payer une entrée aux projections. Pourtant, quasiment aucun ne nous rémunère.

On trouve logique de payer les régisseurs, les traiteurs, les agences de communications, les hébergements – c’est un des arguments qui reviennent souvent, ça : “On paye déjà super cher les chambres d’hôtel…” ; mais je n’ai pas besoin d’une chambre d’hôtel ! j’ai besoin qu’on valorise mon travail, voilà tout. Or on attend de nous, les réalisateurs, les pourvoyeurs du carburant premier des festivals, qu’on le fournisse gracieusement. Qu’on me pardonne, mais depuis 10 ans que je fais cette activité, je n’ai toujours pas compris ce qui justifie pareil déséquilibre : qu’on m’explique ! Chiffres à l’appui, en toute transparence, je suis prêt à tout comprendre. Là, je ne comprends rien…

“Tu vois, Nico, dur de ne pas avoir les boules quand j’y pense : 10 ans que finalement je fais don de mes films à tous ces festivals. Qu’on me fait miroiter les débouchés, les retombées, la promotion, pour mieux masquer la réalité : il existe une industrie du festival du film qui créé de la valeur ajoutée et exerce une activité lucrative sur la base d’une matière première qu’elle ne paye pas – nos films…

– Tous les festivals ne sont pas lucratifs.

– Non, mais je parle de ceux qui le sont. Et ils sont nombreux. Comment justifier qu’un festival fasse 30 000 entrées par édition, croisse chaque année et salarie ses organisateurs, que les places s’y vendent autour de 8€ et que quand nos films remplissent une salle de 700 places pour une recette brute de 5600€ environ, nous réalisateurs nous touchons… zéro ?

– C’est vrai ! D’autant que pendant ce temps, les régisseurs sont payés, la salle est louée, tout le monde a son salaire sauf celui qui fournit le premier maillon de toute la chaîne.”

Mes films ont été sélectionnés et diffusés par des dizaines et des dizaines de festivals, en France, et en vérité partout dans le monde – du Népal à l’Arizona en passant par la Norvège, Ushuaïa, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne, l’Inde, l’Australie, la Pologne, la Slovaquie… et j’en oublie. C’est sans doute qu’ils sont de bonne facture, non ? On imaginerait mal que toutes ces organisations se soient donné le mot pour me rendre service et me faire plaisir, par altruisme. Si on a voulu mes films, c’est qu’ils sont bons. Point.

Mais à l’exigence de qualité – une exigence en croissance régulière, je l’ai observé pendant ma petite carrière : aujourd’hui la barre est mise très haut pour être sélectionné, et on attend pas moins qu’un professionnalisme sans conteste – à cette exigence de qualité, donc, n’est pas associée une exigence de rétribution. En effet, parmi tous ces festivals, en bientôt 10 ans, je peux dire que je compte sur les doigts de la main ceux qui m’ont rémunéré : Le Grand Bivouac, à Albertville – sans doute l’un des plus gros festivals d’aventure à ce jour – arrive en tête ; Partances, un superbe festival de voyage, à Toulouse ; Curieux Voyageurs, à Saint-Etienne, organisés par des auteurs-conférenciers eux-mêmes, qui connaissent les réalités débattues ici ; un petit festival de montagne à Ganac, dans l’Allier, qui ne se cache pas derrière l’excuse du bénévolat et dispose d’un petit budget pour les intervenants professionnels – alléluia… ; Exporimages, à Nice, également, ou encore le Salon du livre d’aventure de Vernon et ce petit événement chaleureux et bien ficelé autour du voyage à Pontarlier. Je cherche, je fouille ma mémoire, j’en oublie peut-être – j’espère en oublier… Qu’ils se manifestent, je les ajouterai, car la petitesse de cette liste est un peu désespérante !

Maintes fois, j’ai demandé des explications. Ce sont toujours les mêmes. “On est bénévole, on a pas de subvention, on a pas de budget, on a de petits moyens”. Que vous soyez bénévoles est tout à votre honneur, mes amis – je reconnais volontiers que je n’en aurai sans doute pas le courage ni l’abnégation dussé-je me mettre à votre place. Mais d’une part, ce n’est clairement pas le cas de tous, puisque de multiples festivals sont les créations, et les entreprises lucratives, d’agences de communication ou de compagnies privées, et que d’autres sont les initiatives d’institutions publiques, et à ce titre menées et gérées par des employés – c’est à dire, des personnes payées pour ce faire ; et d’autre part, être organisateur bénévole n’est le plan de carrière de personne : quand vous êtes bénévole, pour la grande majorité vous avez par ailleurs un travail rémunérateur. Moi, non. Pour vous proposer des films de qualité, je travaille sans cesse, avec plaisir, avec passion, je ne le répéterai jamais trop, mais avec un engagement qui va bien au-delà des 35 heures que je fournissais en tant que salarié.

C’est pourtant simple.

Si je donne mes films, mon activité meurt.

Je rumine en observant Nicolas qui savoure son kéfir. Et je crois que je suis en train de prendre la décision de ne plus candidater auprès de festivals, et de ne plus faire de bénévolat. À mon cœur défendant, j’admets petit à petit que j’ai donné beaucoup, peut-être trop, de moi, pendant de nombreuses années. J’ai longtemps carburé à la reconnaissance, modeste mais indéniable, glanée auprès de tous ses publics, carburé au partage de moments forts, doux, chauds, carburé à l’émerveillement et la joie et le rire savourés ensemble. J’ai pris énormément de plaisir à contribuer à de belles manifestations. Mais je porte une petite plaie en mon cœur et dans ma motivation, parce qu’en considérant mes films comme acquis, et ce à titre, gracieux, on n’a jamais acté formellement que je fournissais un travail de professionnel digne de rémunération.

En considérant mes films comme acquis, et ce à titre, disponibles gracieusement, on n’a jamais acté formellement que je fournissais un travail de professionnel digne de rémunération !

Il faudra que je médite là-dessus… c’est que toutes ces fêtes populaires et humanistes que sont, le plus souvent, les festivals, et toutes les belles âmes que j’y ai toujours rencontrées, me manqueraient ! Ce serait un déchirement. Mais je me dois de reconnaître, en moi, en mon âme et conscience, une lassitude que je ne veux pas laisser virer à l’amertume.

“Je compatis, tu sais. Après toutes ces années, mon plaisir à réaliser un film est intacte, mais je n’ai vraiment plus envie de guerroyer pour le vendre. Ou le financer. On y laisse trop de plumes, trop de vitalité. La vie c’est l’équilibre. Le déséquilibre, c’est la fuite en avant et la chute. Je ne veux pas des fortunes, je m’en fous, j’aspire juste à être honorablement payé pour  mon œuvre et à les financer plus facilement, ces tournages.

– Ah ! Parlons-en du financement. Trouver des subventions est un parcours du combattant, et puis c’est un métier à part entière ça, de monter des budgets. Moi je fais des films, pas des budgets…

– On est bien d’accord !”

_____

Droits d’auteur

Il rit. Ses yeux sont très rieurs, en fait, je m’en fais la réflexion. Qu’il soit triste ou agacé, c’est comme si son regard ne perdait pas sa pétillance.

“C’est fou quand même, que sur la base d’une bonne intention – organiser un festival ou une manifestation culturelle – il y ai tant de malversations…

– Je ne comprends pas non plus. C’est comme ce festival au Fontanil, mené par une association dont le nom m’échappe. Ils m’avaient démarché à mon dernier passage au Grand Bivouac. On avait échangé quelques temps sur base d’une participation d’un de mes films. J’avais fourni affiche, photos, résumé… et là, festival annulé par faute de budget. Bon. Plus de nouvelles. Et l’année suivante, un copain me dit qu’il a vu des affiches de 3 mètres pour un festival avec une photo à moi. Renseignement pris, la seconde année le festival avait bouclé son budget, ne m’invitait pas, mais utilisait, au mépris total du droit de l’image, une de mes photos pour leur affiche.

– Ah, punaise, je préfère en rire. Ça me fait penser aux antennes du CAF qui diffusaient à leur propre bénéfice et sans jamais consulter les auteurs, les films sélectionnés à un festival de montagne. Je le tiens de la directrice qui a du mettre le holà à cette pratique illégale.

– Dingue. Comme si j’empruntais à mon voisin les enregistrements de son groupe de jazz et que j’allais les faire écouter à des gens en leur faisant payer l’entrée pour mon unique bénéfice. Une fois, j’ai eu la demande d’un centre culturel pour une projection-débat. J’indique mon tarif de base, tout en précisant comme je le fais toujours que c’est ouvert à la discussion, dans une marge raisonnable. L’interlocuteur refuse et on abandonne. Deux jours plus tard je reçois une commande PayPal au nom du même organisme pour le DVD du même film. Ça m’intrigue, je recontacte le gars. Lequel m’explique avec une candeur flamboyante que oui, comme je suis trop cher, il va animer lui-même la projection-débat de mon film dans son centre culturel, à partir de mon DVD !

– Pas possible ?

– Si ! Je pense qu’il ignorait sincèrement, et totalement, le fonctionnement du droit d’auteur. Il a fallu que je lui explique que techniquement, ce qu’il s’apprêtait à faire était du vol artistique.

– On devrait écrire un bouquin…

– Et comment ! Et t’ai-je raconté l’histoire du restaurant universitaire ?

– Non…

– Un soir, je travaille pour le compte d’une université, dans le centre, je ne sais plus bien où. Saint-Flour, Aurillac, par là. Soit dit en passant, le trésorier m’avait âprement négocié la prestation : d’abord il avait fallu diviser mon cachet par deux, ensuite les frais de route étaient trop importants. À force de persévérance, j’arrive à trouver d’autres prestations alentour et à monter une petite tournée, et comme un imbécile j’accepte le job au rabais. Après la projection, les commanditaires, ceux-là mêmes qui avaient tiré mes prix au plus bas, me félicitent pour la qualité de la prestation.

– Ah, quand même !

– Attends…”

Oui, attends, cher Nicolas. Car mes clients, enthousiasmés par la soirée, m’avaient dit alors : “Venez, on vous invite au restaurant, c’est notre tradition d’emmener les conférenciers en ville pour un bon repas, c’est tout naturel et vous le méritez bien !”. Croyant contribuer à rétablir un lien plus humain, j’avais joué le jeu.

“Et alors ? le restaurant n’était pas bon ?

– Non, il était nul et je me suis forcé, quelle ironie. Parce qu’un mois plus tard, quand l’organisme a réglé la facture de mon intervention, ils avaient déduit le montant de mon addition au restaurant de leur versement et l’avait noté explicitement dans le bon de paiement.

– … !

– Moi aussi, ça m’a coupé la chique. Totalement.”

Un silence survient, s’étire comme un chat, et file dans la nuit.

_____

Rémunération sur mission de réalisation

“Tu sais ce qui m’est arrivé il y a quelques années ? J’ai fait le film d’un bon copain. Il avait monté un très chouette projet dans le Jura. Tout écrit, préparé, prises de contacts faites, bref un super boulot d’auteur. Moi, il me confie la réalisation. J’ai tout filmé, puis écrit le film et monté les images. Sauf qu’entre temps, un de ses ‘potes’ s’est approprié mes images – disons que, par respect pour mon ami qui me l’a demandé, j’ai laissé faire, surtout que j’avais trouvé le gars fort sympathique, très attachant, et source d’inspiration – un mec brillant avec beaucoup de réussite. Pourtant, malgré mes demande répétées, je n’ai jamais obtenu de lui qu’on signe un contrat d’exploitation de mes images par sa société, ce qui ne l’a pas empêché de vendre son montage de mes images sans que j’en vois la couleur.

– Que c’est moche.

– Je ne te le fais pas dire.

– L’as-tu confronté ?

– Oh ! Quantité de fois… Sa position se résume à deux arguments.

– Dis-moi.

– Premièrement, quand l’auteur du projet l’a sollicité, il ne lui a, paraît-il, jamais parlé de moi. Il en conclut que je n’ai pas voix au chapitre, ni droit aux recettes.

– Et il pense que les images tombent du ciel ? ont été trouvées sous le sabot d’un cheval ? C’est de la mauvaise foi pure…

– Mauvaise foi exponentielle : il nous a rejoint sur les 2 derniers jours de tournage, il me considérait alors comme le “réalisateur”, parlait de collaboration… peut-être m’a-t-il endormi pour partir avec les images.

– Tu lui as laissées ?

– Oui, par fidélité envers mon ami l’auteur qui me l’a demandé. Par naïveté.

– C’est n’importe quoi ! Tu es vraiment trop crédule. Mais attends, et le second argument ?

– C’est qu’il a “perdu déjà tellement d’argent sur ce projet” qu’il ne trouve pas nécessaire ni légitime de me reverser une part.

– Ça lui a coûté quoi ? Il a financé le tournage ?

– Pas du tout ; j’ai tout payé. Mais contrairement à mon souhait, il a embauché de son côté un monteur une semaine, je crois, pour faire un 26 minutes.

– Ça a du lui coûter autour de 1500 €. 2000 maximum. Mais ça, ça le regarde, il a décidé de faire faire ce montage. Et toi tu as fait le tien. Pourquoi avait-il impérativement besoin de le faire de son côté ? pourquoi ne pas collaborer avec toi jusqu’au bout ? Il a donc fait sa version du film dans ton dos, techniquement.

– Oui. Sous prétexte de quoi il exploite commercialement, lucrativement, mes images, sans m’avoir accordé de contrat ni me verser mes droits.

– En droit d’auteur, ça s’appelle du vol.

– Oui. Bon, je m’en sors bien tu sais : mon ami l’auteur m’a cédé l’exploitation intégrale de mes images. En d’autres termes, ma version du film, je la vends comme bon me semble et je ne partage avec personne. Ça compense. Voir c’est à mon avantage, sans doute, financièrement. Mais sur le principe, l’affaire m’a heurté.

– Tout est bien qui finit bien alors ?

– Mmmm presque, attends, ce n’est pas tout. Récemment j’ai appris qu’une chaîne de télé s’apprêtait à lui acheter le film qu’il a fait avec mes images, sans contrat de cession ou d’exploitation, donc techniquement, illégalement. J’ai prévenu la chaîne, j’ignore ce qui va se passer. Et dernier point sombre de cette affaire : alors que mon dossier de demande de subvention auprès du FODACIM était rejeté, j’apprenais que de son côté, pour ce même projet, ce producteur obtenait une aide financière de cet organisme.

– Non ?

– Si. C’est quand même formidable, non ? Je demande une subvention pour le film, qui m’est refusée, et lui en demande une en parallèle et on lui attribue ! Je n’ai jamais admis ça. Aujourd’hui encore, je me dis que j’ai du faire erreur, que j’ai mal compris quelque chose, qu’il y a un malentendu.

– Hey bin, toi aussi tu dois être sacrément en colère.”

Oui. Pas tant contre les personnes. Je ne demande qu’à pouvoir élucider tout ça, à jouer cartes sur table, à comprendre les raisons, à comprendre pourquoi ce qui aurait pu être une belle collaboration entre copains a viré de façon aussi obscure et injuste. Idem pour les organismes de subventions. Personne n’est infaillible, pas moi plus qu’un autre. Mais par pitié, qu’on dialogue ! Je n’ai échangé qu’avec leur secrétaire, une fille adorable qui semblait très embarrassée par le cas. Mais aucune information véritable n’a filtré et le dossier a été enterré.

Nico est perplexe. L’un comme l’autre, nous ne savons pas donner du sens au traitement qu’on nous réserve si souvent. Dialoguer tous les deux nous a replongé dans une spirale de mauvais souvenirs… mais cela fait du bien d’en parler, entre collègues. Nous nous comprenons.

“Et puis, quand on est censé être payé normalement, parfois, il faut supplier pour qu’on nous verse notre dû !

– C’est régulier. Réclamer le paiement d’une facture est devenu une routine. Le pire qui m’est arrivé, c’était avec une mairie de Haute-Savoie qui m’avait embauché pour un film complet vantant leur patrimoine touristique.

– Ils ne t’ont pas payé ?

– Si. Avec 5 mois de retard, et suite à mes harcèlements, ils ont fini par verser la moitié du montant stipulé par le contrat. L’autre moitié a attendu l’année suivante. Dans le même temps, j’ai appris qu’une agence de communication de Genève avait été rémunérée plus de la moitié de mon cachet juste pour passer quelques coups de fil et placer le film en télévision. Par exemple, sur Montagne TV, la chaîne spécialiste du vol de film.

– Ah, toi aussi tu avais eu affaire à eux ?

–  Oh ! que oui… Ils ont diffusé gratuitement plusieurs de mes films. Dans le même temps, ils ont systématiquement ignoré toutes mes demandes, comme d‘obtenir les calendriers de diffusion pour toucher de dérisoires droits d’auteur auprès de la SCAM. Quand j’ai fini par être ouvertement déplaisant dans mes messages, le directeur m’a répondu que c’était à moi d’être reconnaissant envers eux de bien vouloir diffuser mes films…

–  J’hallucine…”

Le silence se pose un instant dans le fourgon. Des réverbères pleut une lumière jaunâtre et doucereuse ; la portière est grande ouverte sur la vacuité de nos échanges, tous réconfortants qu’ils soient. A quoi bon ressasser ?

Pourtant, je me dis que le public doit savoir. Savoir que les petits artistes indépendants, cette petite tranche médiane que nous sommes, sont finalement l’objet d’un mépris qui ne dit pas son nom et perdure, protégé qu’il est pas le silence.

“Et au fait… Ce film sur un voilier pour lequel tu m’avais remplacé au dernier moment, en Croatie ? tu n’as jamais rien sorti ?

–  Ah la la… ne m’en parle pas.

–  Bin si. D’autant que je t’avais refilé le truc.

–  Tu n’y es pour rien, tu ne pouvais pas savoir ce qui arriverait ensuite.

–  Ça c’est si mal passé ?

–  Le voyage s’est déroulé à merveille. 15 jours de tournage non-stop. Une équipe adorable, de très belles personnes, et parcours magnifique, j’étais ravi et reconnaissant. Comme cela coïncidait avec l’effondrement de mon couple et le plus dur de ma séparation, au retour j’ai voulu déléguer.

–  Sage décision.

–  Ah-ah… Attends. J’ai demandé à un ami producteur sur Paris si on pouvait se partager le boulot : il faisait l’ours et je finalisais ensuite le film. On se partageait d’éventuelles recettes pour se payer de notre implication, et une partie revenait à l’association auteure du projet pour couvrir ses frais..

–  Très bonne idée.

– En théorie. En pratique, sa boîte a mis je ne sais plus combien de mois à me livrer une juxtaposition d’environ une moitié des images, sans mix audio.

–  C’est à dire ?

–  En fait le pauvre a voulu bien faire mais il ne pouvait pas assumer la charge de travail. Pour ne pas me décevoir il n’a rien dit, et on a attendu dans le flou pendant une éternité que l’ours soit fourni. Sauf que là il s’avérait, me l’a avoué sa monteuse, que la moitié du boulot était encore à faire, et que ce qu’on me livrait ne comportait ni dérushage, ni audio intelligible. J’ai dû tout reprendre.

–  Mais après ?

–  Après, entre l’inertie de communiquer à distance avec 8 membres d’équipage, ma vie personnelle mouvementée, la leur, on arrivait pas à sortir ce film. J’ai fait deux versions qui ne convenaient pas, c’était trop long mais ne racontait pas assez. Je leur ai demandé d’assumer leur position d’auteur et d’écrire le film pour avoir une ossature sur laquelle monter ; je proposais néanmoins de contribuer à l’écriture. Et là, gros clash avec une des membres.

–  Mais pourquoi diable ?”

Bonne question… Je l’ignore à vrai dire. J’avais pris en compte toutes les demandes, fait un montage exhaustif de tout ce que l’équipage avait vécu, procédé au mixage, à l’étalonnage, à la mise en musique, j’avais construit un film complet et abouti sans rémunération garantie – juste d’hypothétiques recettes dans un futur potentiel. Ça n’allait jamais. L’âme manquait au film car l’âme manquait au projet, et on m’en rendait coupable, en plus de me faire un procès pour tout le temps perdu au préalable.

Je cherchais des issues, pour compenser. Mais si j’écrivais moi-même le film, c’était mon égo qui débordait ; et si je leur demandais d’écrire leur aventure, c’était un scandale de leur faire faire mon boulot à ma place. Je n’étais pourtant que fabricant d’images dans cette affaire, pas auteur. L’impasse. Au passage, propos insultants, déconsidération complète de mon investissement et vérités arrangées à postériori, remarques toutes de fiel et agressivité sans retenue.

“Qu’as-tu fait ? Tu as tout envoyé paître ?
–  Non, je ne pouvais m’y résoudre. Je ne me voyais pas planter tout le groupe pour l’attitude péremptoire et violente d’une seule personne et la défection d’une autre. Et puis j’ai mes torts : accepter dans une période où je n’avais pas de place logistique et émotionnelle pour vraiment m’impliquer ; déléguer sans réellement connaître les aptitudes et disponibilités du collègue concerné ; me reposer sur mes acquis et sur les auteures pendant le tournage sans vraiment creuser le fond des choses…  J’ai donc encore travaillé pour leur fournir un support beaucoup plus court, un peu expéditif, avec une narration de mon crû, quitte à ce qu’on condamne mon ‘égo surdimensionné’ à nouveau mais bien sûr cette issue ne m’a pas laissé de latitude pour espérer me rémunérer, même un tout petit peu, à postériori.

– Évidemment, puisque tu leurs as fourni un court-métrage promotionnel. C’est invendable.”

Les verres de kéfir sont vides. Nico et moi sommes à nouveau muets. De multiples interrogations, toujours les mêmes, m’assaillent.

Pourquoi ce métier qui me fait vivre si intensément et me réjouit tant est-il également la source de telles iniquités et de telles peines ? Quelle est mon rôle là-dedans ? Pourquoi m’attiré-je ces injustices ? Quelles sont les réalités d’un producteur, d’un diffuseur ou d’une agence de communication que j’ignore et qui pourraient peut-être expliquer ces comportements ? comportements que je perçois comme blessants et injustes, mais qui peut-être, sous un autre éclairage, peuvent être analysés autrement ? Que puis-je faire pour améliorer tout cela ? Pour sortir de la spirale qui finira peut-être, un matin, par éteindre la flamme de ma motivation. Sais-tu me le dire, cher lecteur ? Si oui, écris-moi… 🙂

“Allons ! Ne perdons pas la foi.

– You must believe, disent les Indiens.

– En effet, il faut y croire.

– Et puis, je ne peux pas renier tous ces festivals, qui certes ne m’ont pas fait gagner ma vie, mais on contribué à faire de moi quelqu’un, un réalisateur, pour de vrai, et m’ont accueilli avec tant de chaleur. Ces festivals magnifiques qui ont cru en mes films différents, les ont soutenus, plébiscités : La Rochelle, Lons, ABM, Saint-Valery-en-Caux, La Réunion, La Bresse, et tant d’autres où je garde de bons amis.

– Certains, d’ailleurs, sont fort modestes et pourtant nous traite avec les honneurs !

– Oui. Comme quand on voyage, on observe que c’est souvent chez les plus démunis qu’on trouve la plus grande générosité.”

Un chat noir, peut-être celui qui s’étirait tout à l’heure, se faufile devant la portière ouverte du fourgon. On entend tressaillir le porte-bagages d’un vélo et le halo blafard d’une dynamo caresse le bitume là où il se tenait l’instant d’avant. Le ronronnement doux qui nous enveloppe n’est pas celui du félin. C’est la ville qui sommeille.

“Aux films !”

Nous trinquons, c’est symbolique, avec nos verres vides.

“Aux films ! Et à ceux qui les regardent !”

A ceux qui les regardent. Vous. Dans le ciel d’encre, je ne vois pas des étoiles mais de multiples points d’interrogations.

_____
Annexe

https://www.inpi.fr/fr/comprendre-la-propriete-intellectuelle/les-autres-modes-de-protection/le-droit-dauteur

Films d’aventure, l’envers du décor

Facebooktwitterlinkedinyoutubevimeoinstagram

21 thoughts on “Dures réalités de la vie d’auteur-réalisateur indépendant (bis)

  1. lu le debut d’article, je finirai plus tard. excellent chose que d’ecrire sur le sujet! a savoir que dans les festivals à l’etranger (Suisse, Allemagne) la remuneration est souvent automatique contre ceux de la france.

  2. Petite anecdote pour entretenir la réflexion…

    Voilà un an, deux festivals situés chacun à un bout de la France me sélectionnent un même week-end. J’accepte sous réserve que les programmations me permettent de faire le trajet de façon à peu près confortable. Par commodité, hasard ou négligence on ne tient pas compte de ma demande, ni d’un côté ni de l’autre – bon, tant pis, les deux sont organisés par des amis, je donnerai de moi à nouveau.

    Je me retrouve donc, en un week-end, à :
    – conduire 3h
    – assurer une projection-débat bénévolement le samedi soir d’un côté de la France
    – conduire de nuit 7h supplémentaire
    – assurer le dimanche matin une projection-débat bénévolement, puis un café-débat et assister à un cocktail avec des partenaires, sachant que chaque projection-débat c’est passer du temps en régie pour peaufiner la technique, présenter le film et échanger avec le public, répondre aux questions, etc.
    – conduire le retour complet les jours suivants, soit une 20aine d’heures de route en tout

    Donc quand on me dit “ah bon c’est payant ?” et autres commentaires dans la lignée des “on est bénévole on a pas d’argent” etc., sans parler des messages culpabilisant qui nous donnent l’impression qu’on doit remercier les structures de bien vouloir diffuser nos films gratuitement, je me demande qui bosserait gratos un week-end avec 20h de conduite et environ 5 ou 6h de présence+prestation à la clé. Celui qui fait ça, comme je l’ai fait des années durant, je veux bien qu’il m’écrive sur cette page un petit commentaire… 😉

  3. A ce sujet, je me permet de retranscrire l’essentiel d’un message reçu de la part d’un organisateur d’évenement (francais), après que j’ai finalement décliné la proposition de venir faire une prestation atelier bénévolement et où j’avais repéré qu’ils allaient en plus prendre une commission sur les ventes de mon livre : Notez bien le ton culpabilisant, si symptomatique de l’état d’esprit des evenements francais du type “attends, la chance que tu as de venir présenter ton truc chez nous!!!”. Voila:
    “[…]C’est dommage ! On parle d’une heure d’intervention, ce n’est pas comme s’il s’agissait de s’investir pour le salon (ce que font une vingtaine de bénévoles). Rien que le montage du coin animation nous coûte environ XXX euros hors location de l’espace : location projecteur, micro + ampli, installation électrique, tables et chaises… Pour juste offrir une lisibilité à des personnes qui ne participent pas à la location de l’espace…Oui, sur la librairie, nous demandons 15 % sur les ventes quand c’est entre 30 et 40 % dans une librairie classique.[…]”

  4. Je n’ai pas de réponse à t’apporter, désolé mais je veux juste te dire « tiens bon » car je suis admiratif de ton travail et moi j’ai accroché grâce à ton style dès « Le Grand Détour » , dès le début quoi!

  5. Bonjour, je viens de lire l’intégralité du message. C’est assez époustouflant de prendre connaissance de l’ envers du décor. Je compatis totalement à votre coup de gueule, il est vrai que lorsque l’on n’ est pas dans la mesure de se payer un service, un bien, ou une prestation, on n’a pas à la consommer gratuitement, cela est qualifiable d’incivilité, voire de vol. Je suis actuellement par contact internet la diffusion du film Grande Synthe la ville où tout se joue en suivant les publications de la réalisatrice Béatrice Calumat Jaud à travers la France depuis maintenant plusieurs semaines, peut être quelques mois. Son film est porteur d’un message fort, toutes les séances se font à guichet fermé. Je ne suis en aucun cas un professionnel de la création de films, mais je me demande si vous ne pourriez par entrer en contact pour savoir comment elle mène sa barque. C’est une personne très facile à contacter, et qui répond très volontiers aux sollicitations. En ce qui me concerne, je ne saurai vous conseiller à persévérer dans votre voie, vous faîtes du travail et des prestations de grande qualité. Vous avez tout à fait raison de pousser votre coup de gueule, cela fait du bien. Pour terminer, je citerai le maire de Grande Synthe qui dans une réponse donnée à une question disait ; ” il faut toujours espérer, ne jamais baisser les bras ” c’est ce que je vous souhaite au plus profond de ma considération et de mon estime pour ce que vous faîtes et entreprenez. Bravo à vous, tous mes voeux de santé et bonheur à vous et à celles et ceux qui vous sont chers. ( Si ce message peut contribuer à vous donner force et conviction tant mieux, il n’aura pas été vain )

  6. Bonjour,
    Autre message de soutien de la part d’un internaute qui suit tes réalisations depuis quelques années, et qui admire ton parcours !
    Je réagis aussi car il se trouve que j’ai travaillé dans le milieu de la production cinéma et audiovisuelle plusieurs années, et sur le volet financier. Cela ne va pas te rassurer malheureusement, mais juste pour te confirmer que oui, de manière générale c’est un monde très dur, et notamment pour les producteurs de manière générale. J’en ai croisé une multitude qui fourmillent d’idées, qui en vivent mais qui galèrent. Je crois que la raison est comme souvent une question d’offre et de demande. Nombreux sont ceux qui rêvent de vivre de leur passion par rapport à la demande qui existe, plus nombreux que ceux qui rêvent de devenir comptables !…
    D’ailleurs, ceux qui galèrent le moins sont ceux qui finissent par produire des œuvres très conformes aux souhaits des chaines TV, mais donc au final extrêmement formatées, sans âme.
    C’est donc un choix qu’il faut assumer, par passion, et un engagement qu’il faut renouveler chaque jour. De ce que j’en ai vu, c’est plus qu’un métier, c’est une vocation, qui déborde forcément sur d’autres aspects de vie. Mais si je me permets de te dire tout cela, c’est qu’il semble assez clair que malgré toutes les difficultés, ton engagement est choisi, cohérent dans ta vie en général, et te rend heureux. Et que par ailleurs, ton oeuvre est unique, originale dans les sujets abordés, et personnellement je n’en connais aucune de comparable. A la différence de bien d’autres métiers, elle est irremplaçable.
    Tout mon soutien donc, je souhaite à Planète D 10 prochaines années fructueuses !

    • Whooooo Alexis tes lignes me touchent profondément ! Tu serais là à côté je te ferais un câlin pour t’en remercier, sérieusement 🙂 Ça fait un bien fou de lire cela. Je me sens compris, légitimé, accueilli. Vraiment, c’est super chouette d’avoir pris le temps de me l’écrire – Longue et belle vie à toi, à bientôt sur la Toile.

  7. Salut Damien,
    J’ai tout lu evidemment, même si tu m’avais déjà raconté un peu tout ça…C’est sur que c’est un sujet qui nous (mon frangin et moi), car on aimerait bien “vivre” de notre film dans l’année à venir, en tout cas au moins revenir sur notre investissement financier…D’ailleurs on se pose la question de proposé des tee-shirt à vendre à la sortie du film…On sait bien que les DVD ne se vendent plus vraiment, alors ça peut éventuellement être une source de revenu en parallèle..à voir!
    Nous avons écouté cette émission qui réuni toutes les figures incontournables du “milieu, trés intéressante:
    https://www.franceinter.fr/emissions/le-nouveau-rendez-vous/le-nouveau-rendez-vous-07-novembre-2018?fbclid=IwAR28cCC8fnZf9RdywV9wZ-bV7jmrA5KrQkc7pMRRUm_kP9R1QBBG-7-NZPk
    Je pense comme eux que les films d’aventure on le vent en poupe comme on dit!Cette année, je n’ai plus les chiffres en tête, mais le What a Trip festival de Montpellier à eu un succés énorme. Je pense que les RDV à Lons cartonne aussi, Peut être le public commence à vraiment se tourner vers ce contenu, à éspèrer que la reconnaissance des réalisateurs évolue en suivant l’engouement du public!!!

    Ne lache rien Damien, on a encore beaucoup besoin de gens inspirant comme toi!!!! 😀

    J’aimerais bien avoir le témoignage des solidream, qui ont fait vivre leur premiers film tant de temps, à trois dessus, et continu avec leurs nouvelles productions.

    En tout cas, toutes ces histoires nous encouragent bien a aller jusqu’au bout de notre projet et à en assurer la production par nous même jusqu’au bout, au moins, on nous volera pas notre bébé!! ;D

    Un gros hug senseï, et à bientôt sur les festivals!! 😀

  8. Jean Philippe Cachera Damien Artero Ne rien changer à ce que tu es, bien au contraire tes vidéos transpirent la vérité et le bonheur, il ne faut surtout rien changer à cela, c’ est trop beau .

  9. Tout ça me rappelle un certain nombre de situations…

    La pire, c’était une commune de 110 000 habitants (ne me demandez pas où, je n’ai aujourd’hui plus le droit de prononcer le nom de cette ville portuaire)…

    Valérie était allée seule (déplacement à nos frais) à une 1ère réunion, qui avait été très positive mais sans que les conditions ne soient jamais abordées. Ils partaient sur une projection + une ambitieuse expo photo.

    J’ai accompagné Valérie à la 2e réunion (déplacement toujours à nos frais) dans cette ville pour finaliser le format de l’intervention et enfin aborder les conditions. Et là, les interlocuteurs habituels (et super motivés) avaient été évincés de la réunion. A place, il y avait une nouvelle responsable de service, qui se foutait totalement du thème du film et de l’expo. Elle nous a fait comprendre que la ville ne pourrait pas prendre seule en charge la location de la salle et du régisseur… bref si nous voulions avoir le privilège et l’honneur de passer le film dans leur belle ville, c’était à nous de payer la facture du cinéma (pourtant municipal) à… la municipalité. Cerise sur le gâteau, nous devions aussi gérer les invitations, et j’en passe…

    Nous leur avons quand même transmis un devis, qui bien sûr nous a été refusé. Depuis, Valérie et moi sommes à l’amende lorsque, par inadvertance, nous prononçons le nom de cette ville.

  10. Pfff, difficile aujourd’hui de croire qu’il y a d’autres alternatives à la moutonnerie (nouvelle version de l’esclavage qui te garantit néanmoins de toucher un peu d’osier, de blé, … à la fin du mois, mais au prix de combien de concessions) et l’indépendance (nouvelle version de la liberté qui te garantit presque à coup sûr d’être sur l’osier – enfin sur la paille quoi). Le jour où j’ai découvert le concept de “prix libre” je me suis dit “génial, les gens vont se mettre à penser, à réfléchir, à s’interroger sur la vraie valeur de ce qu’ils achètent !” ben non en fait, cette utopie ne se concrétise que pour une infime minorité, pour le reste un accès à “prix libre” c’est juste une aubaine, genre “cool, c’est gratos”… Coup de gueule partagé, mais tout en gardant à l’esprit que nos coups de gueule ne sont que de l’énergie dispersée, jetée, consumée à tord. “Quand on fait les choses avec le coeur, avec passion, quand on donne, quand on transmet du positif, il ne peut que nous arriver de belles choses” Humm, loi de l’attraction et autre guimauve pour ne pas voir le monde juste comme il est souvent : décevant ! Heureusement qu’il y a la nature, des gens chouettes qui la respectent, la parcourent et en font des super films, des récits captivants pour que d’autres puissent approcher, imaginer, s’inventer le goût de l’aventure qu’ils n’osent ou ne peuvent pas aller chercher par eux-mêmes… Bref, que dire ? Fixes toi-même tes conditions, augmentes tes tarifs, le talent et le travail ont une valeur, et que ceux qui souhaitent en bénéficier s’en donnent les moyens en te rétribuant au prix juste… Force et courage ! 😉

  11. artiste visuelle c’est difficile aussi : nous les expos il faut qu’on paie et les gens viennent se rincer l’oeil gratos… cherchez l’erreur. Ce que tu soulèves c’est un problème global. Je me heurte aussi beaucoup à ça. J’anime en tant que coach des soirées sur le féminin sacré et j’ai voulu tenter une participation consciente (en mettant quand même un minimum de 5 €↓). Le groupe se monte il n’y a pas beaucoup de monde. Eh bien tout le monde donne le minimum à chaque fois quasiment, même certaines personnes qui ont vraiment des moyens, alors que dans l’idée le minimum était là pour donner accès à l’activité à des personnes en difficulté. Résultat je vais pour le nouveau cycle qui arrive demander le même tarif que je vois ailleurs : 20 €. Et il n’y aura pas de tarif réduit je n’ai plus les moyens à force… Le truc est vraiment général, ce n’est pas qu’un problème d’éducation. Les gens vont au moins cher et ne réalisent pas que si ce n’est pas eux il faut bien que quelqu’un paie toujours le prix : les agriculteurs, les esclaves des pays sous-développé etc. Pour des cours de dessin on m’a même demandé pourquoi je voulais être payée et n’était pas bénévole comme dans mon asso… mais le bénévolat on le choisi… et il faut encore en avoir les moyens… s’il est imposé ça s’appelle de l’esclavage. J’ai bossé aussi dans le milieu musical problèmes identiques !! Il est illégal de jouer dans les cafés sans rémunération dudit café. donc même le chapeau est illégal puisque les recettes ce soir-là sont directement corrélées au fait de la présence de la prestation de l’artiste. Pourtant ces pratiques continuent ! Sans parler des répétitions où l’on n’est pas payé etc. etc. Personnellement je peine à sortir du quasi bénévolat tant je me heurte à tout ça. Il y a je pense aussi des croyances collectives concernant la place des artistes, de tous ceux qui travaillent la matière (en Europe, on ne trouve pas ça au Japon où c’est plus respecté) qui sont vraiment à changer. Du côté plus “économique” je crois qu’il serait bon de faire un peu plus de pédagogie et même au niveau entreprises de pousser à de bonnes pratiques de transparence : car au moins les gens ne pourraient plus nier la réalité. Car tout ça c’est du déni ça les arrange bien. J’ai souvent tendance à dire : le commerce équitable c’est aussi ici en France qu’il faut le pratiquer ! de Bon courage à toi.

  12. Exemple d’échange très typique, que j’ai eu quelques jours seulement après la parution de l’article avec un petit gars sympa comme tout, ancien membre de l’organisation d’un festival, et qui montre bien l’ignorance / le mépris dont nous sommes victimes ainsi que le fait qu’on considère notre travail comme un acquis gratuit :

    – Bonjour Damien, ma boîte d’événementiel organise un salon nature et sports outdoor, ça te dirait de participer ?
    [D] Pourquoi pas, dis m’en plus ?
    – Tu donnes des projections-débats et en échange tu peux vendre tes DVDs
    [D] Mais toi, tu es payé ? ta boîte organise l’événement et se rémunère sur les exposants qui payent leur stand ; elle te paye la boîte ?
    – Oui bien sûr ! Avant je faisais du bénévolat sur un festival mais ça nourrit pas…
    [D] (Je rêve, il me dit vraiment ça ?) Bin le bénévolat, si ça te nourrit pas, ça me nourrit pas non plus. Je suis auteur, réalisateur et conférencier professionnel. Je facture 500 € une conférence / projection-débat plus frais de route ; ce tarif ne ramène même pas un SMIC si je ne fais que des projections-débats. Vendre des DVDs et autres à la sortie rapporte de l’argent de poche, pas plus. Ta boîte gagne de l’argent, tu gagnes de l’argent, normal, vous faites votre taf. Et moi je suis censé venir faire mon taf bénévolement ?
    – Clairement on est bien d’accord ! Le fait est qu’à l’heure actuelle aucun budget n’est alloué aux conférenciers, j’aimerais que cela soit autrement mais pour l’heure ma direction l’a acté de la sorte. Je préférais être honnête avec toi mais quand même te proposer et vois si cela pouvait intéresser mais je comprends tout a fait ?
    [D] Bon bin ta direction, elle se paye la tête des gens comme moi. En gros le message qu’envoie ta direction c’est “Damien tu es réalisateur et conférencier, on a besoin de gens comme toi pour rendre notre salon attractif et qu’il y ai plein de visiteurs et donc qu’on utilise cet argument pour vendre nos stands aux exposants et gagner notre vie, mais toi par contre tu viens bénévolement mais comme on est super sympas on te laisse vendre tes dvds et te faire ton argent de poche dis nous merci maintenant”
    – Ah oui clairement !! ? et je partage ton opinion.

    Donc voilà un petit gars super honnête et sympa mais qui bosse pour une de ces innombrables boîtes qui exploitent outrageusement les gens de mon métier – et en plus faudrait les remercier…

Répondre à Thibaut Unchained Annuler la réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *