Zébrures ordinaires

Lorsque le public adresse le cas particulier des zèbres, des hauts-potentiels ou des neuro-atypiques, l’accent est souvent mis sur l’aspect cérébral. La dimension physique, pour ne pas dire sensuelle ou à tout le moins sensorielle, n’est pas tant considérée.

Je suis ce que les savants appellent un hyper-sensoriel. Le toucher est sans doute mon plus grand abîme de perdition. Marcher pieds nus est tour à tour une torture et une exquise expérience selon les supports que je foule – dans la forêt, je peux devenir extatique comme un nouveau-né à qui on administre son premier massage ; les moindres graviers me tirent des larmes de douleur. La plus petite caresse me provoque des gémissement de plaisir durs à réfréner – demandez à mon amoureuse sa mine effarée la première fois qu’elle m’a papouillé d’un doigt léger et gracile et que je me suis abondamment et langoureusement offert comme un chiot à ses attouchements en ronronnant de façon incontrôlable comme un vieil ordinateur. Le peigne du coiffeur me fait soupirer d’aise et je me retiens de haleter lorsque le médecin promène son stéthoscope sur mon poitrail. J’adore (non mais vraiment, j’adore) être nu et un courant d’air peut enivrer mes sens (autant que provoquer une érection massive).

A vélo, lorsque je tends la main pour indiquer un changement de direction, la simple sensation du vent entre mes doigts me fait sourire béatement. Il peut m’arriver des changer de tenue 4 fois dans la journée pour m’acclimater aux variations de température qui m’affectent plus que la norme – cela passe pour de la coquetterie quand c’est juste… de l’adaptation.

Toutes manifestations particulièrement commodes pour une vie sociale fluide et une intégration aisée parmi mes pairs…

Mais je n’en souffre pas, ou rarement, ce n’est pas cliniquement parlant de l’hypersensibilité sensorielle – c’est à dire un trouble, voire une pathologie qui me nuirait. C’est simplement que tout ce que je ressens, je le ressens de façon exacerbée. Une autre façon d’aborder l’épicurisme…

Alors que je viens de vivre l’accouchement à domicile de notre fille Joy, que mon amoureuse Sarah et moi avons tenue contre notre peau immédiatement à sa venue au monde, je mesure à nouveau l’importance fondamental du toucher.

“En 1973, la théorie de l’attachement proposée par le psychiatre britannique John Bowlby (1907-1990) expliquait qu’un enfant grandissait de façon « sécure » s’il était bien entouré et câliné ; plus tard, on associa l’ocytocine, une hormone cérébrale libérée par l’hypothalamus pendant et après la grossesse, à l’amour maternel puis à l’attachement au sens large. Mais ces théories, aussi marquantes qu’elles fussent, n’éclairaient pas le pouvoir émotionnel du toucher. Finalement, elles ne nous disaient pas ce qui se passait au fond de nos cellules quand nous frémissons au contact d’une caresse. Longtemps, les neuroscientifiques n’ont pas fait mieux : pour eux, le toucher était surtout remarquable par son pouvoir de discrimination, cette capacité à distinguer les textures (la peau d’un bébé, une surface de tissu) et les températures (bébé a-t-il de la fièvre ?). Ses aspects « émotionnels » étaient nécessairement secondaires, arrivant une fois que le cerveau avait traité la sensation de contact et son contexte…
Mais cette vision est en train de changer. Les scientifiques s’intéressent enfin au toucher affectif, émotionnel, et ils découvrent que cette capacité repose sur un système de fibres nerveuses spécialisées dans la perception des caresses. Ces neurones, sollicités initialement dans le rapport entre mère et enfant, aident ce dernier à construire son identité et ses relations aux autres, en lui transmettant des données de nature affective. « Le toucher affectif est une nouvelle façon de comprendre le développement du cerveau social normal », précise Francis McGlone, de l’université John Moores de Liverpool, un des spécialistes du domaine. « La qualité émotionnelle de la caresse véhicule un sentiment très important qui sous-tend de nombreuses interactions sociales. »

Lydia Denworth, journaliste scientifique
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7 commentaires sur “Zébrures ordinaires”

  1. Merci Damien, j’ai adoré ton article ! Je trouve vraiment génial ton approche descriptive, sans filtre, drôle. Mais du coup, je me pose plusieurs questions. Je me suis en partie reconnue dans la description (et quelque part, ça fait du bien), sauf que je me sens à l’opposé de toi dans ce que j’en fais. C’est-à-dire :
    – Je médite pour mieux contrôler ces pensées qui partent dans tous les sens
    – Je m’oblige à faire une chose à la fois, même si c’est dur (ref. Exemple atelier, je suis exactement pareil !) Mais je vais me “forcer” à traiter les choses dans l’ordre, même si c’est difficile.
    – Je cherche à rentrer dans le moule, à rentrer dans les codes.
    Du coup, quelle est la bonne solution ? Je dirai, celle qui ne nous fait pas souffrir 🙂
    Et là, je suis arrivée à un point où je ne supporte plus ces moules, ces carcans… Alors il faut oser être soi, et ça passe par retrouver qui on est. Pas facile !
    J’ai également une question : as-tu connu un moment”dépressif” dans ta vie, ou justement tous ces effets t’on submergés d’un point de vue négatif (injustice, problèmes de société, incompréhension de notre mode de vie en société qui paraît une aberration, perte de sens totale au travail…).
    En tout cas merci pour ton partage.

    1. Salut ! Merci pour ton retour 🙂
      Je te rejoins, la bonne solution est celle qui te fait du bien. Moi, je ne retire aucun bien à contraindre ma nature, donc je la laisse s’exprimer, plutôt en veillant à me procurer le repos et le ressourcement nécessaire – à ce titre, courir une heure dans la nature me fait autant de bien qu’une sieste ! Alors ce n’est que mon avis mais autant j’approuve la méditation (je médite – enfin c’est de l’état de conscience modifié – en courant longtemps car je ne tiens pas assez en place pour méditer assis sur un coussin) autant je me demande si te forcer à rentrer dans le moule te soit bénéfique… Quand j’ai accepté de ne plus le faire, je me suis révélé à moi-même et j’ai vraiment commencé à m’éclater dans la vie 🙂
      Je n’ai jamais connu de moment dépressif, je suis un éternel joyeux/content mais comme je le dis dans l’article, j’ai précisément conscience que le gouffre est toujours là tout près et je surveille ça ; par exemple en remplissant mon existence de pépites, d’expériences, de rencontres qui me mettent le coeur en joie et compensent largement ! Pour ne pas me sentir submergé je me recentre sur moi, j’assume d’être égoïste, de me donner la priorité, pour mieux et autant que faire se peut rayonner autour de moi 🙂
      Belle vie Amandine !

      1. Coucou
        Bien dit …. c’est à peu de choses près exactement ça. Je me retrouve dans presque tout mais en ne le vivant pas si facilement que toi. Syndrome de l’imposteur … les mots douance et haut potentiel
        me mettent mal à l’aise. Du coup, j’essaie de rentrer dans un moule qui ne me convient pas, et quand j’en sors, ça ne convient pas aux autres. Pfff … ça reste compliqué. J’ai découvert cette “bizarrerie” en cherchant sur le net pourquoi mes 5 sens m’en faisaient baver et bim ! J’ai pris une claque (comme toi quand tu as lu ce livre). Bref on va s’en accommoder hein ….
        Merci pour ce partage .

        1. Avec joie Marie, et puis que te dire : fais-toi confiance et respecte ta nature ! Elle revient au galop quand on la chasse, tu te souviens ? ça vaut pour les chevaux et les zèbres j’imagine 😉 Bon courage et bonne rencontre avec toi – comme dirait quelqu’un, “AiMe toi et le ciel t’aidera” ah ah. 🙂

  2. Bonjour Damien.
    Merci de ce joli site.
    Je prendrai plus de temps pour découvrir ces expériences, outils… cela fait du bien!
    Merci merci merci!!!
    Danièle

    1. Coucou Danièle, merci pour ce gentil mot. Faire du bien c’est ma vocation, à travers des films, des écrits, des publications, des images/photos – tout ce que je peux et sais bien faire. Alors ton retour fait mouche !Bon voyage sur la Planète.D et surtout fends toi d’autres retours j’en suis très friand 🙂 Belle journée.

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