DNews du grognement

Il y a les lendemains de fêtes. Leurs rues abandonnées aux effluves d’épices et de gâteaux, et les lumières tamisées qu’on voit filtrer par les persiennes, qui nous laissent deviner des foyers en paix. Comme une fin du monde douce et bienheureuse.

Et il y a d’autres lendemains. Des petits attroupements sur les trottoirs. Des regards jetés de biais. Des conciliabules tendus dans la vapeur des bouches. Elles peinent à se refermer, c’est qu’il faut exorciser, il faut verbaliser.

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Oui, mais que dire, qu’ajouter au chant désespéré collectif ? Rien, cette DNews ne fera pas dans l’originalité. Mais ce rien est essentiel.

Essentiel de se répéter, encore et encore et encore, toujours ! que nous sommes unis dans le choc, la tristesse sans fond, et l’incompréhension. Unis dans la foi en un monde de paix et de liberté. Unis au-delà des clivages et des étiquettes, parce que nous sommes tous semblables, putain ! Il faut ressasser nos discours, solidaires et pacificateurs, pour palper cet union, le rendre tangible, lui redonner son corps, sa chair, sa vigueur que l’espace d’un instant, l’événement a fait voler en éclat.

Ne pas oublier que nous sommes l’Humanité.

Oui.

Eux, non.

J’ai dit sur Facebook que l’événement Charlie Hebdo ébranlait ma confiance en l’humanité.

Je me reprends ici. Enfonçons des portes ouvertes : l’acte n’a rien d’humain. Il est décérébré, inqualifiable. Aussi, ne le qualifions pas. Ne lui accordons pas le retentissement qu’il recherche. Dressons-nous, comme par le passé, comme dans le futur, comme à chaque fois qu’une fraction de notre espèce fera parler les armes et la boucherie pour faire taire ceux qui font chanter le papier ou les ondes, l’esprit, le verbe et la virgule.

Mais dressons-nous silencieux. Résolus et muets. Oublions le jargon – terrorisme, attentat, massacre – et ne gardons de notre stupeur que l’énergie d’un murmure.

La rage sourde de celles et ceux qui l’aiment, la vie, qui l’aiment, la liberté, y compris celle des autres, fussent-ils d’un autre bord, d’une autre étiquette, d’une autre conviction ou orientation sexuelle, fussent-ils autres ! Envoyons ricocher ce grondement de part le monde, le monde qu’on rêve pour nos enfants, même s’il dissimule en ses replis des êtres aussi vils.

Entendons-nous bien, l’acte dont l’onde de choc nous fait trembler ce matin encore ne relève pas d’une liberté.

C’est une haine putride qui ne dit pas son nom. Et se cache derrière l’étendard de l’Islam. Quelle couardise…

Nous ne serons pas des couards. Wolinski et consort, s’ils pouvaient se redresser, se relever de la fusillade, le feraient, je veux l’imaginer, avec le majeur tendu vers les cieux, ceux-là même qui abritent prétendûment un dieu charognard pour lequel ces créatures tuent, et un rictus narquois. Fuck extremists.

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Mêlons notre rage de vivre et notre amour de toutes les libertés, murmurons ensemble, chantons sans paroles que la liberté ne s’assassine pas. Pour Charlie, pour tous les hérauts de nos temps modernes, ces temps qui n’ont pas encore circonscrit la bêtise. Pour nous et nos enfants.

Oui, dressons-nous silencieux. Résolus et muets. Oublions le jargon et ne gardons de notre stupeur que l’énergie d’un murmure. Je suis vivant. Tu es vivant. La liberté est vivante.

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« MMMMMMMMmmmmmmmmmmmmmmmm… »

Pendant ce temps là dans le Sarek

Sur un registre glacial également mais on ne peut guère plus réjouissant, des nouvelles de notre nouveau film « 71° Solitude Nord »; je n’avais prévu que de vous parler de ça ce matin. Mais je ne peux pas, je peux pas vous parler que de ça. Mais parlons-en quand même, même si c’est bref, et continuons la chaîne de la vie. Les minutes de silence ne ramènent pas les morts, elles font juste croire aux vivants qu’ils méritent de l’être.

Le film, donc, est disponible à la location en ligne pour quelques euros (lien sous la bande-annonce) : http://www.planeted.eu/films-videos/films-de-damien/71-solitude-nord-laponie-ski-hiver/

Planète.D assurera les premières projections publiques fin janvier dans le Grésivaudan (lire Alpes (lire France)) :

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Amenez vos moufles.

Damien

 

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