Jouissance du corps

Le sage suggère de commencer doucement, d’appréhender la transition par la lenteur, de se donner le temps. C’est moi-même ce que je prône quand on m’interroge sur les changements alimentaires par lesquels je suis passé.

Je tâche de m’y astreindre, mais force est de constater que ces chaussures minimalistes donnent une furieuse envie de gambader comme un chevreuil. Et comme la transition se déroule (au propre comme au figuré) bien, il est d’autant plus délicat de freiner mes ardeurs.

Voilà donc où j’en suis :

  • une demi-douzaine de sorties, modestes : environ 10 à 12 km, sur routes et chemins, sans trop de dénivelé (un défi chez moi)
  • la barrière du quasi-claquage des mollets de la première sortie semble franchie, les courbatures et la fatigue musculaire sont spécifiques à la nouvelle foulée développée par les minimalistes mais la forme globale du coureur est bonne
  • je suis conscient que je continue à « talonner » par sections, suivant la fatigue ou la concentration, mais une nouvelle ère de course est en train de s’imposer

Le plus important à mes yeux étant la jouissance.

 

La Jouissance Du Corps

Courir en minimaliste réunit je crois le plaisir de l’enfant pieds nus, son insouciance et sa liberté de gavroche, avec une technique pointue qu’en ardent amateur je plébiscite. Oui, j’aime les sports techniques, j’aime ce rapport d’abord ténu, puis explosif, du cerveau à la machine, qui enfin s’estompe quand cette dernière parachève son apprentissage et que de guidage elle n’a plus besoin qu’inconsciemment.

Je m’amuse comme un gosse à courir dans le mauvais temps, à envelopper de la plante de mes pieds les poutres et les rondins sur lesquels je cours en équilibre, à éviter les arrêtes des cailloux par d’excitants placements dans les sections rapides, à remonter les petites rivières de mes collines en frémissant quand l’eau se glisse entre mes orteils. Mon esprit se reconnecte à mes pieds, dont j’ai toujours chanté les louanges pour leurs capacités inouïes sans vraiment, finalement, les révéler, ces capacités.

Oui, jusqu’à ce jour, j’avais une reconnaissance éternelle pour mes pieds, qui m’emmènent d’aventure en aventure depuis quelques années. Mais je les cachais à la face du monde et à mes propres yeux.

Car mes pieds sont laids.

 

 

La plupart le savent, mon corps est au reste irréprochable (sic !) mais hélas ! j’ai le pied biscornu.

Eh bien, il semblerait que ces chaussures minimalistes me réconcilient avec la difformité de mes appendices pédestres, tant la connexion cérébrale qui s’établit entre eux et moi par leur truchement est source d’amusement et de jouissance.

 

La Jouissance Du Corps

J’ai déjà utilisé ce titre, je sais. Mais je l’aime bien.

Car enfin oui, c’est là ma sensation à partir courir en minimalistes, et n’ayons pas peur de notre enthousiasme.

Un peu comme si la complétude s’était faite attendre tout ce temps : mon corps courrait fort bien auparavant, avec pour tampon entre lui et le monde des chaussures confortables qui en filtrait les sensations. Mes nouvelles chausses me laissent entrevoir la possibilité d’en faire tout autant dans un avenir proche, mais sans intermédiaire. Contrat direct. Frontal – que dis-je, plantaire. Après, j’irai courir à poil. Cqfd.

Mais revenons à mes considérations techniques.

Les Enjeux

Ce que je vois :

  • Les placements en descente : il m’est facile, élevé que je suis à courir dans les montagnes ardues de nos Alpes, de courir sur la pointe en montée, mais la descente est une autre paire de chaussettes. Le placement du pied devient crucial, car personne n’a envie de talonner sur un silex ou de jouer à la dégonfle de l’orteil avec une souche.
  • La durabilité : minimalisme sera-t-il synonyme d’usure rapide ? à 120 € la paire de souliers, il y a de quoi méditer… Mes trails Salomon, que j’avais pour coutume de défoncer jusqu’à la moelle, elles et leur amorti de canapé, me duraient 2 ans en général. Combien de temps vont me survivre les minimalistes ?
  • L’extension à d’autres pratiques sportives  : je pratique le vtt et le vélo trial. Pour l’heure, je rechigne un peu à chausser mes 5 Doigts pour ce faire. La peur du choc en est la principale raison, la seconde étant que j’ai jusque là développé des positions et des techniques qui – lumière en est faite – repose sur la rigidité de mes chaussures. L’apprentissage viendra, mais je ne vais peut-être pas tout cumuler. Si, en vérité, je le fais déjà, j’essaye juste de me faire passer pour un modéré. Un gars raisonnable. Ah ! J’ai lu sur un forum le commentaire amer d’un usager : « Je croyais avoir trouvé la chaussure de mes rêves et j’adorais mes minimalistes, jusqu’à ce que je heurte un rocher sur la plage et me fracture l’orteil. Plus jamais de minimalistes pour moi. » Si la mésaventure m’arrivait, je pense qu’après un chapelé de jurons, j’en tirerais surtout la conclusion que je me suis débrouillé comme un manche et qu’il me faut continuer mon (ré)apprentissage. Moralité : l’avenir nous dira si je fais du vtt et du trial en minimaliste…
  • Ce sera à confirmer mais je pressens que les difficultés d’adhérence seront réduites par les minimalistes une fois maîtrisé le placement en minimalistes. Je sens bien qu’en descente, terrain délicat, freinage, j’accroche mieux, ce qui est logique puisque la surface de contact est souple et s’adapte au terrain d’une part, et que d’autre part le minimalisme impose un appui sur la pointe à l’opposé d’une talonnade sur semelle rigide, laquelle a bien vite fait de vous propulser là où vous ne voulez pas ou encore vous faire perdre l’adhérence.

 

En attendant et pour l’heure, au-delà des sorties trail, je me surprends à me balader pieds nus sans cesse. Spontanément. Je recherche ce contact, cette sensation, si prégnante.

Bon, ce ne sont là que mes humbles conclusions personnelles qui d’abord n’engagent que moi et ensuite peuvent être amenées à être reconsidérées en tout ou en partie au fur et à mesure de mes expérimentations en la matière.

Bonne vie, et à la prochaine (je vous parlerai sans doute des la paire de Bikila Evo que mon nouveau partenaire 5Doigts2Pieds compte m’offrir ; non, je ne vous parle pas avec enthousiasme de la course minimaliste parce qu’un distributeur m’a acheté, mais c’est bel et bien l’inverse : je me suis procuré à mon compte une paire, qui suscite mon enthousiasme inconsidéré, et fort de cet élan je suis aller suggérer à un distributeur de me chausser gratuitement en échange d’une jolie vidéo un jour prochain…).

 

 

 

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