M.U.L. et vidéo ?

Réflexions d’un réalisateur indépendant en Laponie


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Il plaque une griffe duveteuse et froide sur ma bouche pour m’interdire de parler. Vrombissement continuel, stridence permanente, il s’infiltre dans ma tête, et m’empêche de penser.

Il ?

L’hiver.

L’hiver… en Laponie.

Sa griffe duveteuse, c’est la neige, la neige folle qui aguiche d’abord, les rares journées de temps clair et calme, puis cisaille sans ménagement quand revient la tempête. Le vent est son porte-voix, héraut invisible qui caresse parfois, assaille souvent.

L’hiver…

Et qui est cet autre personnage ? allongé là au milieu, en contrebas de la route noyée de glace, caparaçonné dans sa veste. Il tire d’une main un attelage saugrenu : d’abord, le vélo aux roues géantes que les rafales ont couché en bas du talus ; ensuite, une pulka renversée d’où émerge un trépied. L’étrange animal rampe doucement, agrippe d’une main gantée les menues aspérités du sol, se hisse laborieusement, il ahane et vitupère, mais rien ne peut couvrir les rugissements du vent qui galope à plus de cent kilomètres à l’heure.

Ce bonhomme, là, c’est moi.

Sous la glace, il y a donc une route. Elle mène au cap nord, et l’hiver colérique qui me malmène, c’est l’hiver norvégien. Quelque part au delà du blanc progresse une skieuse et sa pulka lourdement chargée. L’héroïne, c’est elle. Je ne suis que le réalisateur du film.

Oui.

Et en cet instant, tu me vois humilié par les bourrasques, réduit à l’état d’insecte insignifiant, tu te demandes « va-t-il parvenir à remonter sur la route ? » et puis peut-être aussi « mais à quoi pense-t-il ? ». Sans doute imagines-tu que j’aspire à une bonne douche chaude, un lit moelleux, un repas fumant ?

Non.

Si tu connais déjà mon foutu caractère, tu dois supputer que j’insulte le vent et grogne à son encontre.

Même pas.

Je suis sauvé de l’inconfort et de la lutte contre les éléments par la passion qui m’enflamme. Mon unique pensée, dans cet instant de corps-à-corps, le croiras-tu ? est la suivante : « Quelle caméra vais-je utiliser pour filmer ? ».

Comme je te le dis.

Il y a 8 ans de cela, j’ai commencé à voyager avec une petite caméra DV Sony qui tenait dans la poche et faisait des images plutôt médiocres. Avec les années et les voyages, je suis passé à du matériel plus sérieux – une entrée de gamme professionnelle, mais à peine plus grande, toujours chez Sony. Et puis en 2012, entre un périple à travers l’Islande et un autre par les montagnes du nord espagnol, dans les deux cas en famille et à tandem, et alors que je lançais une petite série de films consacrés à « l’exploration à domicile » appelée « France, terre d’aventure« , j’ai cassé la tirelire pour m’offrir un Reflex numérique, le Canon 5D mkii.

Et le dilemme, le sais-tu ? est toujours le même : où placer le curseur entre mobilité et légèreté d’une part, et qualité d’images d’une autre.

Je t’avoue humblement, je n’en sais rien. Autant le confesser tout de suite, cet article ne t’apportera pas de solution lumineuse, et trois pages plus loin tu n’auras pas assisté à un miracle journalistique. Mais il reste vrai que depuis que je suis réalisateur indépendant de films d’aventure, je me suis quand même bien décarcassé pour étudier la question.

Revenons à notre cap nord. Si tu as bien lu, j’ai dit plus haut « Quelle caméra vais-je utiliser ? ».

Oui. Souviens-toi, je suis là, rampant sous les rafales de neige, traînant derrière moi mon vélo et ma pulka. Et j’ai trois caméras sur moi.

Est-ce absurde ? formidable ? cocasse ? pertinent ? encore une fois, je n’affirme rien. J’ai décidé de partir en Laponie tourner le film sur l’aventure à ski de Nathalie Courtet et d’emmener mon Canon 5D et 2 deux caméras GoPro. J’aime les extrêmes et ne goûte guère les entre-deux. Cqfd.

Les GoPro sont de petits jouets d’un encombrement et d’une légèreté imbattables : 74 grammes pour un cube grand comme ma paume qui délivre des images en HD et plus. Mais dans mon expérience, elles ne sont ni fiables, ni précises, et les conditions délicates ou extrêmes leur font perdre la tête.

Le Canon 5D, on ne le présente plus : un capteur full-frame au rendu renversant, et pour peu qu’on y adjoigne les bons optiques, une luminosité et un piqué dont le cinéma s’est vite emparé. Cependant, la bête, rien qu’en mode minimaliste, affiche 2 à 3 kilos sur la balance (boîtier nu : 810 grammes, poids des optiques variable), et que dire des divers accessoires qui sont indispensables à sa bonne maîtrise, ou encore du trépied sans lequel un tournage au 5D n’a, je le crois, guère de sens ? Mon paquetage 5D total doit flirter avec les 6 kilos.

Que vais-je bien pouvoir t’apprendre, alors, sur ce thème controversé ? D’autant que, autant achever ma confession, je ne suis pas un mordu de technologie, je ne suis pas un geek, donc je ne te parlerai que du matériel que j’utilise et ne serai pas en mesure de passer en revue toute l’offre du marché – pour les tests au scalpel, mes camarades de la rédaction de « Carnets d’Aventures » sont les plus appropriés.

J’ai réussi à remonter sur la route. C’est fou comme l’association de la glace, du vent, et du manque de visibilité, peut transformer le parcours de quelques mètres en une épreuve de force. Et maintenant, il faut tant bien que mal se redresser, enfourcher le vélo, et repartir. Mais avant… où vais-je poser une caméra ? Forcément : quitte à en baver, autant l’immortaliser, non ? ça me fera un making-of intéressant.

Allongé le long de ma pulka pour m’en servir d’abri, j’ouvre précautionneusement une poche de mon sac à dos et en extrais une GoPro. Il me faut maintenant attraper à l’intérieur de ma doudoune une batterie : bien entendu, en plein hiver, en Laponie, je dois conserver toutes les batteries au chaud à l’intérieur. Clic, batterie en place. Même couché, le vélo tremble mais il semble calé contre un caillou. Je me redresse en veillant à ne pas exposer l’objectif de la GoPro aux bourrasques et je clopine jusqu’à l’autre côté de la route pour planter la petite caméra sur un talus de neige, toujours dos au vent. D’une glissade pas tout à fait volontaire, je rejoins le vélo.

Me redresse et l’enfourche.

Vite.

Pédale.

Frein.

Equilibre.

Une rafale de trois quarts arrière me propulse en avant, la pulka chasse et menace de basculer dans le bas-côté de nouveau, mais le vélo tient bon.

Nouveau dilemme : pédaler loin ? atteindre un abri relatif et quitter ce petit col que la tempête attaque rageusement ? ou ne faire que quelques mètres, au risque de me retrouver encore à terre ?

C’est qu’il ne faudrait pas oublier ma petite caméra sur son talus…

Dans notre esprit, légèreté rime souvent avec cherté : l’amateur de vtt, le skieur, le parapentiste savent tous bien que le matériel léger est plus onéreux. Dans notre cas de figure, celui du vidéaste, c’est plutôt l’inverse : la GoPro que j’annonçais plus haut à 74 grammes représente un budget d’environ 500 €, quand il faudra débourser environ 10 fois ce prix pour un Reflex numérique et tous ses accessoires. Encore une fois, le choix t’appartient. Chaque situation amène son dilemme propre. Je ne peux pas te désigner une matériel unique et te garantir qu’il te donnera satisfaction, je ne puis que partager avec toi mon analyse des objectifs que tels ou tels appareils permettent d’atteindre.

J’utilise ces deux ustensiles, la GoPro et le Reflex, de façon complémentaire, ce qui n’est pas sans causer des tracas : il est malaisé d’étalonner les images d’une caméra embarquée et d’un Reflex numérique pour qu’au final elles semblent sortir d’une unique machine et ainsi homogénéiser le film.

Je crois qu’on peut se contenter d’une GoPro ou équivalent, selon ses réels besoins, son bon sens et sa pratique. Pour faire de la vidéo, du clip, du film court plus axé sur la forme que le fond, ce petit jouet fait des merveilles, si on tolère ses fréquents bugs et son exigence en terme de lumière – il n’y a pas de secret, une caméra grande comme la paume est doté d’un capteur plus petit encore, et toute la lumière du monde ne peut pas tomber sur l’équivalent d’une pièce de monnaie…

Si l’on travaille à un documentaire, un long métrage écrit, comportant des interviews, de la captation sonore d’ambiance, avec le besoin de filmer des détails, d’isoler des parties de la scène… On dépasse vite, je crois, les limites de la GoPro ou d’une consoeur.

Mais pour autant, comment justifier l’achat d’un Reflex et de sa cohorte d’accessoires ? d’autant que, on l’a vu, ce n’est guère facile de dégainer avec. Si je n’avais eu que mon 5D, tout à l’heure, quand je bataillais dans la tempête, aurais-je pris la décision de filmer ? Oui, tu as raison : probablement. Tu commences à me connaître. Mais l’entreprise aurait été bien plus laborieuse : il aurait fallu sortir le trépied, le mettre en place, le lester par 100 km/h de vent… et puis positionner l’appareil ; mesurer rapidement la lumière et faire quelques réglages, préparer mon plan pour situer la mise au point – car là où la GoPro voit nette de 0 ou presque à l’infini, la profondeur de champ importante d’un Reflex rend floue une bonne partie de la scène, la plupart du temps – avant de sortir une batterie, la loger dans son compartiment, et filmer.

Et pourquoi se donner tant de mal ?

Pour l’image, camarade, pour l’image.

L’image délivrée par un Reflex manipulé correctement – ce qui, soit dit en passant, n’est pas encore totalement acquis pour moi ! – sera irréprochable même une fois projeté sur un écran de 8 mètres lors d’un festival. Et personnellement, quand je vois mes films projetés en festival, et c’est fréquent puisque c’est mon métier, je n’ai pas envie d’avoir le ventre qui se noue de gêne parce que ça dégouline. La résolution est la même sur la GoPro et le Reflex – 1920 par 1080 pixels, le format HD – mais la précision, la qualité, le piqué n’ont rien à voir. J’ai eu un jour la prétention ou l’audace, c’est selon, de vivre de mes films. Aussi dois-je assumer la-dite prétention et aborder le travail avec professionnalisme. A mes yeux, cela passe par investir dans du matériel de pointe et se former pour le manipuler avec réussite. Et comme le matériel ne fait pas tout, un autre pan de mon travail s’articule autour de l’écriture des projets et donc des films.

Tu me vois courbé sur mon fat-bike, m’éloignant de ma petite caméra, une ombre, un centaure vélocipède qui bientôt s’évanouit dans le blanc ? Je ne pense toujours pas à me mettre au chaud, tout au plus à la faim qui me tenaille, non je suis toujours accaparé par ma passion : je me demande où est passée mon aventurière et comment je vais mettre en scène son arrivée au cap nord pour être cohérent avec l’ensemble du film et intégrer ce passage avec bonheur dans la narration globale de son histoire. Oui, je fais partie de ces gens bizarres et énervants qui prononcent des phrases blasphématoires comme « J’écris tous mes films à l’avance » ou encore « Je pars autant faire un film qu’un voyage ». Si ce n’est pas plus.

Mais qu’est-ce donc qu’écrire un film, ou un projet ?

Ce n’est pas, rassure-toi, réduire la réalité à notre étroite pensée ; ce n’est pas basculer dans l’organisation germanique, avorter de la spontanéité, tuer l’aventure, non !

C’est se projeter.

C’est se donner une direction, un élan, une intention.

C’est visualiser l’objectif.

Ensuite, sur le terrain, il ne tient qu’à toi d’être réceptif à tous les vents contraires – et le contexte nordique de cet article en témoigne, je sais de quoi je parle… – pour sauter sur les opportunités, changer de trajet tout en maintenant le cap, bondir de déconvenue en surprise, réinventer ton film, pour finir, et le transcender peut-être.

L’écriture, c’est aussi l’accès à une meilleure efficacité au montage.

Une fois revenu de ton périple, tu peux trier tes images et prendre le meilleur pour l’assembler en un film ; je l’ai fait. Souvent, cela m’handicapait car comme je n’avais pas de propos défini, je n’arrivais pas à faire de sélection, je gardais un peu tout, et je ne montais pas un film mais un joyeux kaléidoscope de morceaux choisis. L’écriture me permet de ne pas perdre de vue ce que je veux raconter, et d’écarter sans regret ce qui ne sert pas mon propos. Je peux alors sans crainte me plonger dans mon logiciel favori. En ce moment je travaille avec Première Pro, que je teste avant de l’acheter si j’en suis satisfait. Auparavant j’oeuvrais sous Final Cut Pro. Les deux logiciels sont d’une puissance inouïe mais qui se paye le prix fort (licences aussi chères que la caméra ou abonnement conséquent) et demande un long temps d’apprentissage ainsi qu’un ordinateur très puissant. Moins gourmand, j’aurais sans doute pu m’amuser avec beaucoup de réussite sur des logiciels gratuits comme iMovie ou GoPro Studio, qui sont agréables, faciles à prendre en mains et peu exigeants – je ne ferai pas mention de Movie Maker pour ne pas verser dans la dégradation verbale. Il existe aussi toute la série Sony Vegas, déclinée selon les besoins et moyens des utilisateurs, de moins de 100 € à plusieurs centaines d’euros. Encore une fois, c’est le besoin qui doit dicter le choix de l’outil, tu seras d’accord.

Donc, avant de partir pour un périple, je l’écris. Que ce soit à l’autre bout du continent pour braver l’hiver lapon, ou dans les montagnes au bout de mon jardin pour courir hors sentiers, j’écris. J’écris dans un coin de ma tête – lire « un bout de disque dur » – mon film rêvé. Si je n’écris pas, je ramène un patchwork parfois joli mais souvent dénué de propos car je ne savais pas ce que j’allais chercher. Si j’écris mon film, la réalité se chargera de l’étoffer, de le rendre meilleur encore, et je reviendrai avec une histoire belle et forte à partager.

C’est ce que j’aime par dessus tout, te raconter une histoire belle et forte.

Un peu plus haut sur la colline, une arrête rocheuse offre un maigre abri. Et puis je le vois, à peine plus loin, tout près à vrai dire, mais la tempête est si violente que je n’en aperçois que des éclats intermittents : le panneau qui marque l’arrivée au cap nord. Un bleu terne mangé de givre qui jaillit entre deux brassées de flocons et justifie crânement tous les efforts du jour. Je dépose mon attirail, souffle et rebrousse chemin sur mes jambes chancelantes. Espérons que je remette la main sur ma petite caméra avant qu’Eole ne l’ensevelisse sous les flocons.

Pour m’éviter ces allers-retours compulsifs, je pourrais me contenter de fixer la caméra à mon vélo, mon casque ou ma pulka. Mais j’en ai déjà abusé ce matin et j’ai besoin de changement de valeurs de champs. Rien de tel qu’un beau cadre fixe battu par les vents et la neige, traversé par un vélo extra-terrestre lui-même chevauché par un « aventurier » hirsute (sous sa capuche) pour poser une ambiance.

Pour autant, c’est un des avantages incontestables de la petite caméra embarquée – comme son nom l’indique. On peut la glisser partout, la fixer en deux temps trois mouvements, et ainsi capturer des moments rock and roll : j’en parle dans le making-of de ce même film tournée en Laponie, un vieux bout de chambre à air permet d’attacher la GoPro où l’on veut : cadre du vélo, spatule du ski, bâton de marche, palme du plongeur… pour moi la recette est simple : toujours cadrer de façon à voir clairement un bout de ce sur quoi la caméra est fixée. Sinon, esthétique perdue et effet nauséeux garanti. Mais une demi-seconde de réflexion permet d’injecter dans un film des plans surprenants, audacieux et jolis : en Finlande, j’ai ainsi immergé ma GoPro, saucissonnée au bout d’un bâton, dans une rivière gelée, pour filmer mon héroïne puiser de l’eau en contre-plongée.

Si j’ai opté pour la GoPro tout à l’heure, c’est que ces images n’iront pas plus loin que le making-of. A d’autres moments de la journée, alors que je filmais  Nathalie, l’aventurière jurassienne qui est l’auteure et la protagoniste de ce projet et de mon film, j’ai sorti le 5D. Dans la tempête. J’ai pris jusqu’à 30 minutes pour une poignée d’images difficiles. C’est la beauté de la chose, quelque part, non ? Tant d’énergie, de temps, de travail pour un résultat bien maigre, mais qu’importe la maigreur si la beauté et le message sont là ?

On se console comme on peut.

Certes, j’aurais pu jeter mon Dévoluy, comme disent les habitants du Trièves, sur du matériel intermédiaire : on a l’embarras du choix ! Une petite caméra haut de gamme, un bridge ou un appareil compact peuvent fort bien délivrer un signal HD de bonne qualité, même si elles ne feront jamais le poids face au Reflex ou à la caméra pro. Ces outils grand public peuvent parfois, sans rougir, soutenir une projection sur grand écran, surtout si l’opérateur est habile et le monteur méticuleux. Peut-être est-ce là une solution idéale pour certains, et qui épargne de débourser plusieurs mois de salaire – je suis un gagne-petit – pour s’offrir son jouet.

Voilà Nathalie, elle me rejoint non loin du panneau tant attendu. Nous voilà au cap nord, bon sang ! Impossible de se parler, la tempête couvre tout. Nous communiquons par signes malaisés de nos moufles. Je voudrais filmer son arrivée, c’est une étape importante pour elle. Et pourquoi pas – on peut toujours rêver – recueillir ses impressions à chaud (façon de parler) si nous trouvons un abri. Cela implique de sortir le Reflex, le trépied, le micro filaire et sa rallonge, ou si je veux cadrer de loin, le micro sans fil, puis une batterie, bien sûr… et c’est de nouveau le branle-bas de combat.

On comprendra que je ne suis pas exactement en mode ultra léger.

Enfin… disons encore une fois que chacun met le curseur où ça lui convient : je traîne 40 kilos quand l’aventurière à ski que je filme en tracte 70. J’ai parcouru l’été dernier le massif des Dents Blanches, en Haute-Savoie, en courant et marchant, avec 12 kilos sur le dos : 6 kilos d’autonomie de randonnée, et 6 kilos de matériel image. Pour moi c’est performant : un 5D complet, en ordre de bataille, avec tous ses accessoires, et une GoPro, pour 6 kilos ? Je dis : pas mal. On peut se contenter de moins : troquer mon trépied onéreux (autour de 250 € en tout) avec rail (fait-maison, pour les travellings) de 2 kilos 500 contre un mini-trépied en plastique ou aluminium à quelques centaines de grammes et qui coûtera bien moins de 100 € ; n’utiliser qu’une petite caméra embarquée, comme on l’a vu. Si la recherche de la légèreté est un absolu qui doit l’emporter sur la qualité du travail cinématographique, pas besoin de s’embarrasser, on l’a dit : une GoPro, un bout de chambre à air et le tour est joué – on table sur les éléments de relief pour servir de trépied naturel. Avec moins de 100 grammes dans la poche, on ramène plein d’images. Et pour des plans aériens, on demande aux copains : sur mes derniers tournages en France, j’ai eu la chance que des camarades équipés de drones me rejoignent. Il va de soi que j’exclue moi-même toute velléité de vadrouiller en solitaire avec un drone : le plus petit que j’ai vu à l’oeuvre pour le moment coûte un peu moins de 2000 €, occupe une valise de plusieurs kilos grande comme un carton à dessins et épaisse comme une encyclopédie, et ses 3 batteries n’ont que 20 minutes d’autonomie. Je n’ai pas plus étudié la question, je t’avoue, mais j’en conclue que les drones sont réservés à des tournages spécifiques et inaptes à l’itinérance solitaire.

De mes doigts gourds, je fouille à l’intérieur de mes multiples couches de vêtements à la recherche d’une batterie. Je l’ai évoqué tout à l’heure, le grand froid m’impose de porter au contact du corps tout le matériel électronique. Si lors de nos périples en famille (tour du monde, Islande, etc) nous avons voyagé avec un panneau solaire, j’ai exclu l’idée en venant en Laponie, et j’ai eu raison : au coeur de l’hiver, il fait nuit presque tout le temps, et quand il fait jour… eh bien, pour te rafraîchir la mémoire, retourne au début de cet article. Mais sur un vélo, il est commode d’étaler un panneau solaire et de recharger ses batteries tout en roulant ou à l’occasion d’une pause. Un moyeu de roue dynamo est aussi un excellent moyen pour ce faire, et d’ailleurs mon fat-bike en est équipé. Mais il ne me sert pas à grand-chose car pour remplir son office il faut que je roule au-delà de 12 kilomètres à l’heure sur des périodes prolongées. Comme tu l’as vu, ces derniers temps j’ai plus rampé que pédalé…

Quant aux cartes mémoires, elles sont logées dans mon sac à dos, elles ne craignent pas le froid. J’en emporte toujours une vaste flopée – 8 cartes de 32 Go ici en Laponie. C’est que le matériel est devenu gourmand… et il serait dommage que tous ces efforts soient sapés par un problème de stockage.

C’est un rock, c’est un cap, que dis-je ? c’est une péninsule. Nous y voilà donc. Le septentrion de l’Europe politique. Devant nous, des vagues la rage aux dents et frigorifiées jusqu’au point de non-retour : le pôle. Nous nous tenons à un bout du continent.

Dans le tumulte mêlé de la mer arctique et de la tempête, je médite sur le quotidien de ces confins que Nathalie franchit les uns après les autres. Leur routine hivernale orchestrée par d’interminables nuits glaciales et de courtes journées frileuses, parfois éblouissantes. Au-delà de leur hostilité, comment ne pas s’amouracher de ces fjords glabres et charismatiques illuminés par des couleurs hors du spectre ? Comment ne pas exulter dans un rapport de force permanent et si sincère avec la Nature ?

Et pour un moment, oublier la caméra.

Vivre.

Ce texte a été écrit initialement pour le magasine « Carnets d’Aventures« , auquel Damien collabore parfois car il y est fort attaché ainsi qu’aux valeurs qu’on y trouve défendues (sobriété heureuse, déplacement doux, aventure sportive et respectueuse…). Une projection du film « 71° Solitude Nord » sera donnée à Grenoble jeudi 5 mars à La Bobine, à 20h30 – prix libre, entrée dans la limite des places disponibles.

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