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Le silence

Chut…

Le soleil n’est encore qu’une promesse par delà les montagnes. C’est peut-être pour cela que j’aime toujours autant les gravir. Tant qu’on ne voit pas l’autre côté, tout y est possible, n’est-ce pas ? L’espoir fait vivre, dit l’adage. Je crois qu’il fait surtout grimper toujours plus haut. Car enfin je n’ai rien à (me) prouver en atteignant tel ou tel sommet. Et je préfère les petits, d’ailleurs, depuis lesquels il est toujours plus commode d’admirer les grands. Mais quel que soit l’objectif géographique, mon élan s’incarne “vers le haut”. Le chemin importe plus que la destination, nous rappelle la sagesse. Pour ce que j’en dis, moi : tant qu’il monte, ça me va…

Une montée, c’est encore une promesse, d’un accomplissement, d’un autre point de vue, d’une ivresse qui se mêle, le croirait-on ? d’apaisement. Et d’une descente. Que je courre ou pédale, je monte toujours vers moi-même.

Et puis, ces sommets taquinés avant même les premières vraies rougeoyances diurnes, ces forêts que j’arpente décanillé de frais alors que tu dors encore, ont un autre bienfait à offrir.

Voilà une denrée rare en ce monde : le silence.

À la naissance, chaque oreille possède 15 000 cellules ciliées, déterminantes dans la compréhension du langage. Si elles sont détruites, elles ne se renouvellent pas. Or tous les bruits, à partir de 85 décibels (dB), peuvent les endommager. Selon l’Institut national de recherche et de sécurité, il faut huit heures d’exposition à 80 dB (soit une circulation automobile dense) pour détériorer l’audition, mais seulement une heure à 89 dB (tondeuse à gazon) et quelques minutes à 100 dB (marteau-piqueur). Le risque est très important pour les personnes qui écoutent de la musique au casque. Un bruit de 100 dB dans un bureau exerce une pression sur toute la pièce. Mais avec un casque, elle s’applique sur un centimètre cube ! Il ne faut donc pas pousser le volume d’un smartphone ou baladeur au-delà de 60 % de sa puissance (les appareils sont bridés à 100 dB).

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Le silence de l’aube, c’est une incitation impérieuse au recueillement. C’est une messe muette, c’est un hymne à la vie qui pulse en moi. La mélodie cardiaque et l’arborescence de mes pensées pour seules compagnes, j’avance, je crapahute, je roule, j’explore, la parenthèse n’appartient qu’à moi mais je la partage avec le monde entier. Et je suis fichtrement heureux.

Le silence est l’arme des puissants

Oui, le silence invite à la méditation, au respect des lieux traversés, qu’il soit topographiques ou intérieurs, à l’introspection donc et à la contemplation. De soi et du vivant. De soi vivant. Le silence est un univers qui renferme toutes les réponses. C’est la théorie de l’expansion muette. Quand on n’a rien besoin de dire, quand on peut se permettre le silence, cela n’est-il pas une évidence que l’on est accompli ?

Churchill, fin négociateur, connaissait le pouvoir du silence. En mai 1940, alors qu’Hitler vient d’envahir la France, la Belgique et les Pays-Bas, lord Chamberlain pense à lord Halifax pour le remplacer au poste de Premier ministre d’Angleterre. À l’évidence, les qualités de chef de guerre de Churchill le prédisposent plutôt, lui, à devenir chef du gouvernement. Pourtant, par devoir, il accepte d’intégrer seulement le cabinet d’Halifax. Au moment de confirmer officiellement son engagement, il observe un silence appuyé. Au bout de deux minutes de blanc, Halifax prend la parole : « Je crois que c’est Winston Churchill qui doit être Premier ministre. » Ces quelques minutes de silence ont donc changé le cours de l’Histoire. « Si on l’écoute, le silence nous parle et nous renseigne sur l’état des lieux et des êtres », confirme l’écrivain Marc de Smedt dans Éloge du silence (éd. Albin Michel).

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Quelle intrigue… Le silence n’existe pas, en vérité, à proprement parler, dans la nature. Tout y est bruissement secret, vibration feutrée, caresse auditive subtile. Ça chuinte et ça murmure.

Même dans les chambres sourdes, on entend les sons de son propre corps. Léger, triste, pesant… Le silence se décline et revêt des sens variés. Les Japonais, qui apprécient peu les bavards, estiment que, pour être agréable, une conversation doit comprendre une pause de quelques secondes à chaque changement de locuteur. Peut-être y décèlent-ils le sens profond de ce qui vient d’être dit ? « Dans ce pays, on apprend aussi aux enfants, dès leur plus jeune âge, à se retirer en eux-mêmes », précise le sociologue David Le Breton.

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Mais alors que j’atteins une crête déplumée et que s’alanguit sous mon regard la vallée, quand je couche mon vélo dans la poussière au pieds des fougères ou trempe mon corps échaudé dans le torrent saisissant, le vrombissement de la civilisation en contrebas m’interroge : pourquoi avoir créé une vie bruyante ? Le rire est le propre de l’homme, répète-t-on à l’envie. Le bruit serait-il le propre des humains ? Ou, si l’on verse dans les jeu de mots potache, le sale ? Je ne peux faire ainsi de généralité dégradante. Le silence est révéré dans bien des cultures.

Des pères du désert aux ermites bouddhistes, le silence est célébré dans tous les courants de sagesse humaine

« Dans les traditions premières, la mise à l’écart provisoire intervient dans le cadre du processus initiatique, quand l’enfant doit prendre conscience du fait qu’il devient un adulte […] : ce n’est pas au milieu du groupe qu’il pourra réfléchir et se fortifier intérieurement », note Frédéric Lenoir dans son Petit Traité de vie intérieure (éd. Pocket). De même, avant toute prise de décision importante, le chef de la tribu ou le chaman passent plusieurs jours seuls avec eux-mêmes ou en communication avec les forces surnaturelles. Ils acquièrent ainsi la lucidité nécessaire pour arbitrer.

« Le silence est indispensable à l’écoute de notre vie intérieure », écrit Christophe André dans la Vie intérieure (éd. L’iconoclaste). Pourtant, il est mal toléré en Occident. « La société nous pousse à agir, puisqu’elle a besoin de nous pour fonctionner. Elle culpabilise les temps d’inaction. Elle pousse aussi à consommer, et fait la chasse aux temps de non-consommation », explique-t-il. Nous donnons la priorité à l’urgent et délaissons ce qui est important. « L’urgent, c’est ce qui nous tire par la manche et nous vaudra une sanction — et beaucoup de bruit — si nous ne le prenons pas en compte, reprend Christophe André. Nous lui donnons donc la priorité. Du coup, nous n’avons plus de place pour l’important qui, souvent, demande du temps et du discernement : marcher dans la nature, rencontrer ceux qu’on aime, méditer… Nous passons ainsi à côté de l’essentiel. Parce que l’essentiel ne fait pas de bruit. »

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Lahcen, qui parle de silence et de lumière dans Partis au petit bonheur
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Je m’étais assis sur une souche. Il me fallait, simplement, accueillir cet instant. Cesser de faire. Être. Comme lors du tournage de La Marche Sans Faim, quand j’ai passé 3 jours seul au bord d’une rivière, à contempler et méditer. Et que dire du silence qui accompagna Florian Gomet au long de 360 kilomètres de marche introspective ?

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Les souvenirs sont gentiment rangés dans ma boîte à trésors, comme dirait une sage Maori, croisée en Nouvelle-Zélande. A loisir, je peux les convoquer dans le présent et les savourer comme des bonbons recyclables à l’infini. Là, sur ma souche.

J’ai goûté à un véritable moment de silence inactif. L’inaction… ce n’est pas mon fort. Doucement, j’apprends. Je vieillis, aussi. Sans doute que l’un et l’autre sont les deux ornières d’un même chemin. Depuis l’une on ne voit pas toujours l’autre mais avec un soupçon d’altitude, on comprend qu’elles nous mènent de concert vers une meilleure version de nous-même.

Voilà venu l’instant de la descente. Il me faut quitter les hauteurs muettes qui me berçaient. Replonger dans la cacophonie des humains et y prendre ma petite part. Là où, conformément à la célèbre phrase que Lavoisier n’a pas dite, “rien ne se crée, tout se transforme”. En bruit et en déchets.

Je m’armerai de musique.

“Le bavard est tel un vase vide.”, écrit Dominique Loreau dans L’art de la simplicité. Le silence révèle quelque chose de profond, de sobre et de riche sur le caractère de celui ou celle qui sait écouter.

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Je peux croire qu’elle est aussi le propre de l’homme et en tant que telle, la seule invention humaine digne de suivre un silence. Dans la musique, les silences sont appelés… pauses, ou encore : soupirs. N’est-ce pas révélateur ?

Initialement publié le / Originally posted on 26 août 2020 @ 6:02 pm

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