Ingouvernable

Lors du tournage de Autarcies

Je suis ingouvernable.

Il ne s’agit pas d’être anti-social. Les règles de vie en communauté m’inspirent le plus grand respect et je n’entreprends aucune action sans avoir estimé l’impact sur autrui. Me garer en double-file me donnerait de la tachycardie (et j’emploie le conditionnel car je ne l’ai jamais fait).

Ce n’est pas non plus affaire d’être contre tout. Je ne prône ni le rejet catégorique ni l’anarchie. On m’a souvent attribué cette casquette de rebelle permanent car, m’a-t-on dit, “pour toutes les choses de la vie tu as une méthode alternative”.

C’est que les méthodes conventionnelles ne me sont pas satisfaisantes. Une fois établi que ma manière de faire n’est pas nuisible pour la société au sein de laquelle j’évolue – d’autant que j’ai l’outrecuidance de croire au contraire, que mes choix lui sont plutôt bénéfiques, si l’on veut bien abandonner la bien-pensance, les traditions, se moquer du qu’en-dira-t-on – je veux être gouverné exclusivement par le bon sens et les lois naturelles.

Dans une société qui bafoue le bon sens et néglige les lois naturelles, force est de le constater : je ne peux qu’être régulièrement en opposition et la gouvernance actuelle me hérisse le poil.

Mais est-ce de l’opposition ? Me voit-on lutter contre la norme ? la brocarder pour ses duperies, la moquer pour son ignorance, l’épingler pour ses manquements à mes propres valeurs ? manifester mon rejet de mes concitoyens au prétexte qu’ils suivent un mouvement qui ne m’anime pas et n’obtiendra jamais mon suffrage ?

Non.

Je ne suis pas un opposant.

Je suis un libre-penseur et un libre-acteur.

Indépendant, et foncièrement libre, oui. Autant que je parvienne à l’être puisque, je ne suis pas dupe, j’appartiens néanmoins à cette société, j’y puise une partie de mes ressources, j’y entretiens des interactions et j’aime mes congénères. Oui, toi aussi, qui lit ce manifeste en forme de nième coup de gueule, je t’aime.

Ce n’est pas un discours, ni même une posture. C’est un fait.

Obéir à des lois qui ne relèvent pas du bon sens, de l’intérêt général comme personnel (au sens humain du terme, et non pas au sens égoïste car je ne souhaite rien faire aux dépens de mes semblables), me plier à des habitudes dont le bien-fondé m’échappe, concilier sur des sujets qui me semblent cruciaux et accepter la tiédeur, le renoncement ou le déni quand il faut au contraire incarner son intégrité et prendre fait et acte pour un monde censé, sain et juste – tout cela m’est viscéralement impossible.

J’ai essayé. Autant mener une vie alternative sur la plupart des points m’est commode, autant investir mon énergie dans des pratiques qui ne font pas sens à mes yeux m’est insurmontable. Je ne *peux* pas. Je suis incapable de ne pas être fidèle à moi-même. Incapable de jouer la comédie. Si je fais semblant, ne serait-ce qu’un peu, je me fane, je me perds, je m’étiole.

Je suis comme un enfant. Brute et mal dégrossi. Vrai et sincère.

Cela fait de moi un être ingouvernable.

Plutôt que de me plier au non-sens, à l’iniquité, à l’absurde, je serai(s) prêt à prendre le large. Car sinon, je le sais, je mourrai. “Mourir pour des idées, oui, mais de mort lente” – disait le grand poète.

En toutes situations, jusque là, j’ai toujours louvoyé avec la norme, la règlementation, les bonnes manières. Je suis civique et citoyen par essence mais je navigue à bonne distance de la convention, que j’accepte et contemple, souvent avec circonspection.

Mon propre cheminement, du point de vue de la norme, c’est la divergence.

Mon propre cheminement, de mon point de vue, c’est la justesse et le bon-sens. Dans la joie et la flexibilité, certes, mais c’est un cap que je ne saurai(s) perdre – c’est ma boussole intuitive et absolue.

Et ça le restera tant que mes pairs opteront, dans leur majorité, pour des modes de vie, de consommation, d’alimentation, de pensées, de communication, qui ne trouvent aucun écho naturel, spontané, fondé en moi. Je ne les rejette ni ne les juge mais j’exige pour moi-même, qu’on se le dise, le droit d’en faire à ma guise.

Je suis ingouvernable, mais je ne suis pas le seul.

Si tu es ingouvernable, laisse-moi un petit mot plus bas 🙂

Parmi les choses que je fais à ma guise sans me soucier de la norme…

Réaliser des films :
– ma Filmographie (sur clé USB également)
– mon Manuel du réalisateur a³

Habiter :
habitat groupé
Tiny House

Manger ! J’en parle beaucoup dans ce film.

Guider et élever mes enfants

Courir 🙂

Etc. 😉

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6 thoughts on “Ingouvernable

  1. Merci Damien pour ce texte qui me fait espérer d’arriver à incarner moi-même cette ingouvernablilité 😊 C’est un chemin à part entière que de trouver comment louvoyer avec la norme et la regarder, en observateur plutôt que de fusionner avec les attentes des autres et ne jamais se sentir vraiment à sa place…
    De l’alimentation à la tenue vestimentaire, en passant par les choix de vie concernant l’habitation, la quantité d’objets que l’on possède ou pas, tout mérite d’être vécu en dehors des attentes proposées par la normalité !
    Bravo pour toute ce que tu /vous faites et incarnez !🙏😊

    • #gratitude Merci Elodie pour ce retour qui fait chaud au coeur. JE ne fais que bosser sur moi pour être toujours plus Vrai, toujours plus moi-même 🙂 Ton analyse est pertinente. Je te souhaite un magnifique cheminement vers Toi !

  2. Coucou Damien, j’ai eu la chance de te rencontrer à Paris en compagnie de Florian pour la projection de ton film “la marche sans faim”.Magnifique film…Depuis je te “suis ” sur fbook et chacun de tes ecrits me nourrit le coeur et l âme..je me retrouve complètement tes propos et bon sang ce que ça fait du bien en ces temps grisâtres…Je te/me/nous souhaite à tous de retrouver cette puissance de vie et cette intelligence du Coeur…J’y travaille depuis plus de 20 ans …l alimentation vivante m ‘a également beaucoup transformé intérieurement…Tu es une source d ‘inspiration pour moi et je souhaite sincèrement avoir l occasion de te recroiser prochainement. Prends soin de toi..Je te souhaite tout le meilleur ainsi qu à tes filles et Sarah. Love and Light. <3 <3 <3

    • Wahoo. Hey bé. Merci Carine pour ce retour qui me fait un bien fou et me donne le sourire ! (je l’avais déjà, mais c’est pour exprimer ma gratitude ;-)) Force et honneur, au plaisir, prends soin de toi !

  3. Coucou Damien, j ai eu l’occasion d ‘échanger avec toi brièvement lors de ton passage à Paris pour présenter” la marche sans faim. Superbe film..Florian était là..sacré bonhomme..
    J ‘étais moi même avec des amis (David et Stéphanie de Love me Cru..) Depuis je te “suis ” sur Fbook et chacun de tes écrits me nourrit l’âme et le coeur! 🙂 MERCI. Ca fait du bien de trouver des frangins sur cette pauvre planète malmenée..Alors , comme toi , je fais ma part et suis mon coeur autant que je peux..ingouvernable je suis également, même si cela devient de plus en plus difficile …Je voulais juste te dire que non, tu n es pas seul, nous sommes plein…J espere sincèrement avoir la JOIE de te recroiser bientôt sur le chemin de la VIE. je te souhaite le meilleur ,pour toi et Sarah..Love and light <3

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